Pour la première fois, la comédienne de 21 ans a à chanter et à danser sur scène.

Sous le soleil de Mamma Mia! la folle année de Romane Denis

Romane Denis a beau avoir passé la moitié de sa vie à jouer devant les caméras, le métier de comédienne n’a pas fini de la surprendre. La jeune femme monte sur les planches pour la première fois pour «Mamma Mia!» et tient un premier rôle en anglais dans le film d’horreur «Slaxx», dont la sortie est prévue cet automne.

«C’est l’année où je fais plein d’affaires que je n’avais jamais essayées», constate-t-elle. Souriante et posée malgré la canicule estivale, Romane Denis entrevoyait avec bonheur ses vacances d’une dizaine de jours entre la présentation de Mamma Mia! à Montréal et à Québec. Elle prévoyait sagement se reposer, en cuisinant un peu, tout au plus, afin d’être en pleine forme au moment de reprendre le rôle de Sophie pour 24 représentations.

Dans l’intrigue, qui se déroule en deux jours, son personnage tente de retrouver son père en invitant à son mariage trois hommes qui auraient croisé la route de sa mère 20 ans auparavant. «Sophie est la fille de sa mère, commente Romane Denis. Donna, qui est jouée par Joëlle Lanctôt, est une femme forte qui tient son auberge et élève son enfant toute seule sur une île grecque. On ne voulait pas que ce soit une fille nunuche. Lorsqu’elle se pose des questions, elle s’arrange pour aller trouver les réponses.»

Pour la première fois, la comédienne de 21 ans a à chanter et à danser sur scène. «C’est deux heures de cardio par jour, je n’ai jamais été aussi en forme de ma vie!», lance-t-elle. «Je chante depuis toute petite, mais j’ai dû apprendre à prendre soin de ma voix. De mon corps aussi, en m’échauffant et en m’étirant, parce que je ne suis pas du tout une danseuse. J’ai fait du ballet plus petite, d’ailleurs je me suis fait dire plusieurs fois de me slacker un peu, parce que j’étais trop droite», raconte-t-elle.

L’intrigue de la comédie musicale se passe sur une île grecque, dans laquelle Romane incarne Sophie, une future mariée.

Après l’avoir vue en future mariée au milieu des chansons du groupe ABBA, des chorégraphies et des costumes colorés, on pourra la voir jouer dans un tout autre contexte. Elle incarne «l’héroïne au cœur pur» de Slaxx, le troisième long-métrage d’Elza Kephart. «Ça raconte l’histoire d’une ligne de jeans haute couture hantés par l’esprit d’une ouvrière indienne morte dans des conditions de travail atroces», résume Romane Denis. «C’est un slasher [un film où sévit un tueur psychopathe] écrit, réalisé et produit par des femmes, qui se veut aussi une critique de la mode rapide et de ses conséquences.»

Sous l’égide de Kephart, que l’actrice présente comme une féministe sensible aux enjeux environnementaux, Romane Denis a joué en anglais, tout en repoussant ses limites physiques. «C’était intensif. On a tourné deux semaines de jour et deux semaines de nuit. Il y avait beaucoup de cascades, que j’ai beaucoup fait moi-même parce qu’on voit mon visage. Je me fais frapper, étrangler, tout!» raconte-t-elle.

Ces derniers mois, Romane Denis a ainsi ajouté des lignes à son CV déjà bien garni. Après avoir fait ses premières armes dans l’émission jeunesse Sam Chicotte à Télé-Québec, elle a enchaîné Destinées, Pour Sarah, Subito texto, Les pays d’en haut, entre autres. Au cinéma, elle a joué dans Charlotte a du fun, de Sophie Lorrain, et dans Les salopes ou le sucre naturel de la peau, de Renée Beaulieu.

Elle a su tôt qu’elle serait comédienne dans la vie. «J’ai beaucoup aimé joué Mélanie dans Subito texto, parce que c’est un personnage complètement éclaté, qui était à la base la bitch de service, mais qui est devenue attachante et drôle, avec le sens du timing», dit-elle lorsqu’on lui demande quel rôle l’a marquée.

«Pâquerette dans Les pays d’en haut [dont elle tourne la 5e saison cet été] me touche énormément, parce qu’elle est une représentation de femme qui existait à l’époque, qui est lesbienne, mais qui n’a pas le droit de l’être, qui se cachait et était courageuse parce qu’elle voulait quant même être amoureuse», expose-t-elle. Même chose pour Sam, dans Nomades, sur Tou.tv, ouvertement bisexuelle, sans que cette caractéristique soit au cœur de toutes ses actions.

«J’aime jouer des personnages différents dans lesquels les gens peuvent se reconnaître et qui ne sont pas représentés d’habitude. Leur donner un visage et faire connaître certaines réalités, je trouve que c’est un des plus beaux aspects de mon métier. Ça m’apprend beaucoup, à moi aussi», constate l’actrice.

Au-delà de la portée sociale du métier, Romane Denis aime aussi qu’il lui permette d’explorer plusieurs versions d’elle-même. «Ça m’a toujours fascinée qu’avec le même corps, on puisse incarner des gens de plusieurs époques et de plusieurs cultures», note-t-elle.

La jeune femme est nommée trois fois aux Gémeaux cette année. «Juste le processus de nomination, être sélectionnée par des gens qui ont pris la peine de tout regarder, ça me touche beaucoup, souligne-t-elle. Je ne fais pas mon métier pour gagner des prix, mais c’est le fun que mon travail soit reconnu. Que les personnages soient reconnus aussi.»

Même avec une comédie musicale et un film d’horreur au compteur, Romane Denis n’a pas encore comblé toutes ses envies de dépaysement. «J’aimerais jouer au théâtre, dans une grande pièce classique, glisse-t-elle, les yeux brillants. Les projets historiques me plaisent beaucoup. J’aimerais jouer autant en anglais qu’en français. Je dévore tout ce qui me passe entre les doigts. Je suis tombée sur de bons rôles à de bons moments, donc je vais confiance à la vie.»

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EN RAFALE

Que lis-tu?

«Les correspondances entre Albert Camus et Maria Casarès et des entretiens de Simone de Beauvoir.»

Quel type de films écoutes-tu?

«Des films français, surtout des comédies. J’aime bien réécouter Le dîner de cons, même si ça fait 10 fois que je le vois.»

As-tu un passe-temps?

«Lire des livres de cuisine de partout dans le monde et essayer des recettes. J’aime bien la cuisine anglaise l’hiver, la cuisine japonaise et la cuisine de différents pays d’Afrique.»

Un voyage marquant?

«Je suis allée en Chine quand j’avais 13 ans, on avait visité des villes et la campagne. J’aime aussi retourner en France, puisque c’est là que je suis née. Ma mère vient du Québec, mais mon père était Français. Ils se sont rencontrés quand ils étudiaient à la Sorbonne.»

Quelqu’un qui t’inspire?

«Meryl Streep, parce qu’elle réussit à se transformer et à s’effacer derrière ses personnages. Cate Blanchett aussi. Ce sont des femmes assurées, grandes, fortes. Toutes les femmes derrière les caméras, qui ne l’ont pas toujours facile, sont aussi très inspirantes.»