Roy Dupuis sur le tournage des «Fleurs oubliées» d'André Forcier.

Roy Dupuis : fidèle à ses convictions

André Forcier a offert un rôle taillé sur mesure à Roy Dupuis dans «Les fleurs oubliées», proche de ses convictions écologiques et personnelles. «Il y a un peu de moi là-dedans», convient-il en entrevue téléphonique pendant la pause repas du tournage de la série «Toute la vie».

Albert Payette a la protection de l’environnement à cœur, mais «je ne suis pas aussi enragé», dit le cofondateur de la Fondation rivières en 2002. «J’ai pris du recul un peu. […] Je ne crois pas qu’on est une espèce assez intelligente pour décider de notre devenir. Ça va avec les dernières découvertes en neurologie qui soutiennent que le libre arbitre n’existe pas : la grande majorité de nos décisions sont inconscientes. On suit un mouvement qui est plus grand que nous — l’évolution. Même si c’est difficile à accepter.

«[…] Cela dit, je reste quand même activiste. Mais avec le recul qui vient du fait que je pense que [la race humaine] est exactement là où elle doit être.» Il faut tout de même, croit-il, «être en accord avec ses convictions, le plus possible. Et apprendre.»

Dans Les fleurs oubliées, son personnage est un ex-agronome révolté par l’épandage de pesticides dans les champs. Roy Dupuis cultive son jardin l’été et essaie d’acheter fruits et légumes bio, sans en faire une religion. «L’agriculture “industrielle” est une des problématiques environnementales importantes dans le monde.»

Il est néanmoins plus préoccupé par la perte de biodiversité, en particulier les espèces animales. «Les changements climatiques sont moins importants, en fait, que la disparition de la biodiversité, causée par l’empiètement humain. Bien sûr, tout est lié. Mais ça m’a vraiment rentré dedans cette année. Je crois qu’on doit tenir compte du bien-être, j’irais même jusqu’à dire du bonheur des autres espèces animales. C’est de plus en plus important pour moi.»

Malgré tout, ce qui les caractérise le plus loge dans leur amour pour la navigation. «C’est l’une de mes activités préférées.» Une passion, constate-t-on, l’acteur devenant soudainement très loquace.

Son personnage demeure sur un voilier, Roy Dupuis non, même s’il en caresse le rêve, en quelque sorte. Navigateur depuis 15 ans, il planifie toujours son voyage au tour du monde, «de quatre, cinq ans», sur son embarcation. «En même temps, ça peut s’étirer...»

Lui qui a bourlingué sur le Saint-Laurent et dans les Caraïbes, entre autres, n’a jamais navigué au long cours. La perspective ne l’effraie pas. «Pour le savoir, il faut que tu y ailles. J’ai un bon bateau, équipé pour ça. Il appartenait à [l’explorateur-aventurier] Mike Horn pour son expédition Arktos [un tour du cercle polaire à pied, en 2004].» Contraint d’abandonner son voilier endommagé à Québec, il est récupéré et retapé par Dupuis.

Fidèle à Forcier

Depuis Les États-Unis d’Albert (2005), Roy Dupuis a toujours été fidèle à André Forcier, même s’il jouait des personnages secondaires. «Essaie de trouver un acteur qui va lui refuser un rôle… T’en trouveras pas. Même un petit rôle, c’est un poème. C’est l’un des seuls réalisateurs que je connais que tu traites son texte comme un dramaturge. Tu ne changes pas un mot comme tu veux. Il a sa manière d’écrire, et c’est quelque chose qui me rejoint, comme beaucoup d’acteurs, je crois.

«Je suis juste chanceux qu’il me choisisse. Chaque fois, c’est comme un cadeau qu’il me fait. Cette fois un peu plus, parce qu’il tenait à ce que le personnage soit en partie inspiré de moi dans la vraie vie. C’est ce que André fait. Il déterre la petite histoire pour en faire une grande», souligne l’acteur qui a remporté les prix Jutra et Génie pour Mémoires affectives (2004, Francis Leclerc) et Maurice Richard (2005, Charles Binamé).

Le talent et le magnétisme naturel de Dupuis lui ont permis de mener sa carrière comme il l’entendait. Pour nourrir ses passions et convictions. Mais l’homme de 56 ans est inquiet. La crise des médias, entre autres, le préoccupe.

«On entre dans une ère où il va être de plus en plus difficile de démêler le vrai du faux. Et c’est pour ça que les vrais journalistes sont si importants.»