Les soupçons de meurtre se portent peu à peu sur Marie (Sara Forestier) et sur Claude (Léa Seydoux), deux jeunes femmes marginales qui habitent dans un taudis à proximité de la victime.

Roubaix, une lumière: Le crime était imparfait *** 1/2

Avec Roubaix, une lumière, Arnaud Desplechin se retrouvait en sélection officielle à Cannes pour une huitième fois. La Palme d’or lui a encore échappé, mais il a su marquer les esprits en changeant totalement de registre. Le cinéaste de Trois souvenirs de ma jeunesse (2014) signe un film noir saisissant, entre drame social et long métrage d’enquête, porté par trois interprètes transcendants — Roschdy Zem, impérial, vient d’ailleurs de remporter le César du meilleur acteur.

Le réalisateur français s’est inspiré d’un fait divers — «victime et coupables ont existé» — s’étant déroulé dans la ville où il est né, a grandi et tourné trois longs métrages. Sauf que, cette fois, Desplechin, un cinéaste cérébral, change de registre avec ce drame policier.

Il évoque le triste sort d’une dame de 83 ans retrouvée assassinée dans son lit. Les soupçons se portent peu à peu sur Claude (Léa Seydoux) et sur Marie (Sara Forestier), deux jeunes femmes marginales qui habitent dans un taudis à proximité de la victime.

Il y a une enquête, évidemment. Menée par le commissaire Daoud (Roschdy Zem) et un petit nouveau, Louis Coterelle (Antoine Reinartz), qui agit comme narrateur, en voix hors champ. Les policiers doivent composer avec le couple de suspectes, hébétées et dépassées. Ce duo est aussi dépareillé que celui des flics. Desplechin fait évoluer leur histoire respective en parallèle. Il livre des parcelles de leur identité — on sait Coterelle croyant, peut-être homosexuel alors que Daoud entretient une passion pour les chevaux. Une façon habile d’évoquer le fait qu’il y a un homme sous l’uniforme.

En toile de fond, le cinéaste s’attarde au déclin d’une ville industrielle jadis prospère dont près de la moitié de la population, dont une forte immigration, vit sous le seuil de la pauvreté. Avec tout ce qui vient avec : inégalités, exclusion, solitude, dépendance, violence…

Roubaix, située près de la frontière belge, est miséreuse et se remet tant bien que mal du souvenir de son glorieux passé. Parce que Desplechin aime sa ville, de toute évidence, il a quand même choisi de lui de l’éclairer de belle façon. Le crime est glauque, pas son décor (enfin, pas tout le temps).

Il s’agit donc d’un drame réel. Même si sa facture esthétique, elle, n’a rien de naturaliste. Nous ne sommes pas chez les Dardenne ou chez Loach.

N’empêche. Ce film noir vaut d’abord pour ses interprètes (même si la réalisation s’avère sans défaut). Roschdy Zem (Chocolat), un acteur exceptionnel, mérite son César avec sa composition du suave et calme commissaire.

Léa Seydoux (Juste la fin du monde), méconnaissable en poquée de la vie, et Sara Forestier (Suzanne), en dépendante affective un peu niaise, forment un solide duo.

Le jeu des interprètes est à ce point fascinant qu’on en oublie que ce n’est pas toujours convaincant (Desplechin s’égare parfois) et qu’on sait comment ça se termine…

En fait, le réalisateur français déploie dans ce film toute la magie du récit cinématographique. Le spectateur finit par être totalement captivé, surtout vers la fin alors qu’est recréé le meurtre avec ses principaux acteurs.

À ce moment, Daoud, pour emprunter l’image à Desplechin, joue au metteur en scène avec Claude et Marie. La chose n’en est que plus troublante alors que s’embrouillent puis se confondent les lignes entre réalité et fiction.

Du grand cinéma.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Roubaix, une lumière

Genre : Drame social

Réalisateur : Arnaud Desplechin

Acteurs : Roschdy Zem, Léa Seydoux, Sara Forestier

Classement : Général

Durée : 1h42

On aime : l’esthétique. Les acteurs formidables. L’humanisme du propos. La maîtrise de la réalisation.

On n’aime pas : certains moments plus laborieux.