Cécile de France se glisse dans la peau d'une ex-reine de beauté dans cette comédie noire qui rappelle les frères Coen.
Cécile de France se glisse dans la peau d'une ex-reine de beauté dans cette comédie noire qui rappelle les frères Coen.

«Rebelles»: Girl power ***

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
CRITIQUE / Allan Mauduit a réussi quelque chose d’assez rare avec «Rebelles». Alors que son film donne, au départ, l’illusion d’une comédie française un peu épaisse, elle bascule dans l’émancipation féminine avec un ton rock’n’roll et en empruntant aux codes du polar et du western. On pense tout de suite aux frères Coen (et à Stephen Frears), surtout avec la galerie de personnages singuliers, à commencer par nos trois perdantes — en apparence.

Le tout débute avec Sandra (truculente Cécile de France). L’ex-miss Nord-Pas-de-Calais revient chez sa mère après 15 ans de vie entretenue sur la Côte d’Azur. Sans emploi, l’ancienne coiffeuse accepte un poste à la conserverie de poissons La belle mer...

Celle qui n’a pas froid aux yeux tue accidentellement le contremaître en repoussant ses avances (on vous laisse la surprise du comment…). Arrivent sur l’entrefaite Nadine (Yolande Moreau), mère de famille bonne pâte, et Marilyn (Audrey Lamy), monoparentale un peu sur la galère. Lorsque les trois collègues découvrent un sac plein d’argent appartenant au harceleur, elles décident de se débarrasser du cadavre.

Mauvaise idée… On aura compris que le fric appartient à des mafieux qui veulent revoir sa couleur. Et que le tout signifie le début de leurs ennuis.

De gaffes en rebondissements, Mauduit réussit à maintenir le rythme. Mais aussi à dépasser les stéréotypes qui auraient sincèrement limité les personnages (et notre intérêt pour elles). Par contre, côté masculin, il n’a pas évité la caricature : tous plus cons que les autres (sauf le papa de Sandra, un peu moins).

Bref, Mauduit a inversé les codes du film noir. Une bonne idée, qui aurait mérité d’être poussée plus loin. Ce qui ne gâche pas le plaisir quasi jubilatoire que procure le long métrage.

D’autant que les actrices, dans une distribution totalement bluffante (comme diraient les Français), se donnent à fond. Pas de décalage, ici, que de la sincérité : il ne s’agit pas d’une satire. On a tout de même droit à quelques gags foireux.

L’intérêt est ailleurs. Dans le mélange de genres assez réussi, sa riche galerie de personnages secondaires, sa finale surprenante sur l’air de Je dois m’en aller de Niagara et, bien sûr, sur le message d’émancipation — un peu convenu mais sincère — qu’il convoie.

Ajoutez à ça que, sans rien casser, la réalisation solo de Maudit s’avère réussie (il a toujours coréalisé avec Jean-Patrick Benes).

Les divertissements qui ne sont ni vulgaires ni tonitruants sont assez rares pour vous recommander chaudement Rebelles. Il y a même quelques beaux moments d’émotion en prime!

Au générique

Cote : ***

Titre : Rebelles

Genre : Comédie noire

Réalisateur : Allan Mauduit

Acteurs : Cécile de France, Yolande Moreau, Audrey Lamy

Classement : Général

Durée : 1h28

On aime : l’originalité de la distribution. Les rebondissements. Le mélange de genres. Le message d’affirmation.

On n’aime pas : quelques gags foireux. Les personnages masculins stéréotypés.