Podz sur le plateau de «Mafia Inc.»

Podz: Suivre le crime à la trace

Podz s’est attelé à un gros défi avec «Mafia inc.» : réaliser un film de gangsters épique qui raconte l’ascension d’un jeune Québécois rebelle au sein de la Cosa Nostra de Montréal.

Avant même le début du tournage, alors qu’il patrouillait dans les rues de Saint-Léonard pour effectuer du repérage, le réalisateur de L’affaire Dumont en avait des sueurs froides. Un état qui n’a jamais cessé de l’habiter, malgré sa grande expérience et sa maîtrise exceptionnelle du médium.

«Ç’a été freakant jusqu’au montage, vu que c’est une fresque avec plusieurs personnages. C’était dur de diriger tout ça parce que, oui, il y a des personnages principaux, mais tu ne suis pas un personnage, tu suis le crime.»

Crime que le spectateur reçoit dans le visage dès le départ — on vous épargne les détails. Daniel Grou (de son vrai nom) a longtemps hésité avant d’amorcer son film ainsi. Parce que c’est très cru. «C’était un pari.»

Mais il trouvait que c’était une bonne façon de nous donner la pleine mesure de Vince Gamache (Marc-André Grondin), tout en illustrant la témérité de cet antihéros parfois cruel.

Or, le spectateur doit s’attacher à lui… «Si on l’haït en partant, ça ne marche pas. Ça me prenait un acteur charismatique, qui a une âme. On éprouve quand même un peu d’empathie [pour Vince].»

À l’ère des réseaux sociaux où on a l’insulte facile, «c’est le challenge de se mettre dans les souliers de l’autre» pour comprendre ce qu’il a vécu.

Le garçon mal-aimé est issu d’une famille modeste de tailleurs qui habille les Paternò depuis trois générations. Ambitieux, il profite de son amitié avec l’ainé des fils du parrain (Sergio Castellitto) pour grimper dans l’organisation. Sa sœur Sofie (Mylène Mackay) fréquente le cadet. Mais un crime odieux va déclencher une guerre fratricide qui n’épargnera personne.

Vince incarne l’enfant prodigue qui veut (métaphoriquement) tuer son vrai père… et son père adoptif. Le jeune gangster est habité de pulsions contradictoires. «C’est un personnage hypertorturé qui cherche l’amour d’une famille. Et même s’il le désire profondément, il veut le saboter en même temps.»

Vince et le parrain entretiennent une relation trouble qui froisse l’ainé des Paternò parce que son père a choisi le Québécois comme son «héritier». Mais «Vince veut faire sa place à lui et ne se rend pas compte jusqu’où il peut aller dans sa folie».

Mafia inc. est librement inspiré du livre éponyme sur la présence des Rizzuto au Québec, d’André Noël et André Cédilot (ce dernier a d’ailleurs agi comme consultant sur le plateau). «C’est une histoire complètement inventée, à partir de faits réels. On ne voulait pas d’un documentaire, mais que ce soit conséquent avec ce qui s’est passé.»

Podz croit qu’il a réussi à peindre un portrait assez réaliste de l’emprise tentaculaire de la mafia sur la société québécoise, notamment dans sa façon d’illustrer le blanchiment d’argent, investi dans toutes les sphères d’activité.

La complexité du récit a imposé son style, constate-t-il. «Il y avait un souci d’être plus accessible. Je me suis plus attaqué à l’ampleur du projet et à l’accumulation des scènes que d’aller chercher la shot trippante — même si j’en ai une couple. C’était aussi la balance de tonalité à donner entre les familles québécoise et sicilienne. Il fallait que ce soit cohérent.

«L’autre chose, c’est que contrairement aux autres films du genre, tu vois la corporation au complet, de la rue jusqu’aux gros bonnets. C’est comme un mix entre le Parrain et Goodfellas.»

EN PLEINE GUERRE DES MOTARDS

Dans un souci de véracité, Podz a d’ailleurs insisté pour embaucher des acteurs qui provenaient de la communauté italienne. «Y a du monde qui n’avait pas joué depuis longtemps, d’autres pour qui c’était une première. J’adore faire ça.»

L’action se déroule en pleine guerre des motards. Ce qui commande un certain degré de violence, que Podz a évité d’illustrer de façon frontale, même s’il ne fait évidemment pas dans la dentelle. «Il y a quelques scènes d’action over the top. En même temps, le film montre les conséquences des gestes posés. C’était important de montrer le coût humain, la raison de cette approche. Tu observes avec un peu de détachement ce qui se passe, c’est après que l’émotion est montrée.»

Mafia inc. se différencie aussi des canons du genre en mettant en scène des femmes fortes, qui agissent dans l’ombre. «C’était important de montrer leur pouvoir et leur influence, parce que ça fait partie de la culture [italienne], mais on ne le voit pas souvent.»

Parmi celles-ci, Sofie, la sœur de Vince, est celle «qui a le mieux compris comment tirer profit de tout ce qui se passe». Un personnage phare qui illumine tout le dernier acte.

Tellement que Podz envisage déjà une suite à Mafia inc. avec Sofie dans le rôle-titre. «C’est ça le plan dans ma tête.»

Mafia inc. prend l’affiche le 14 février.