Le président du Festival des films du monde, Serge Losique, en 2000. L’organisation a annoncé lundi qu’elle reporte ses activités à 2020.

Pas de Festival des films du monde de Montréal en 2019

Le président fondateur du Festival des films du monde (FFM), Serge Losique, a annoncé lundi qu’il n’y aurait pas d’édition du festival montréalais en 2019.

Par communiqué, le festival précise que la pause servira à «mieux préparer l’édition 2020».

Aucun film n’avait été sélectionné pour l’édition de cette année.

Le communiqué indique par ailleurs que M. Losique n’accordera pas d’entrevue à ce sujet «à cause de la fatigue extrême et sur l’ordre de ses médecins».

Le festival, fondé et dirigé par M. Losique, a vécu des difficultés financières ces dernières années, ayant notamment perdu du financement gouvernemental et des commanditaires. En 2016, plusieurs employés avaient quitté le navire, déplorant le leadership déficient de M. Losique.

«Acheter du temps»

Martin Bilodeau, rédacteur en chef de Médiafilm, estime que M. Losique ne fait qu’acheter du temps.

«Je ne suis pas surpris de la nature du communiqué, dans la mesure où ce n’est pas Serge Losique qui va reconnaître qu’il baisse les armes. Il va simplement acheter du temps, et c’est ce qu’il fait ici», a affirmé M. Bilodeau en entrevue.

«Stratégiquement, ce n’est pas une mauvaise idée. Ça nous laisse en suspens, mais je ne crois pas que le Festival des films du monde va revenir», a-t-il ajouté.

En août 2017, Québecor avait racheté la «lourde dette hypothécaire» du prestigieux cinéma Impérial, propriété d’un organisme sans but lucratif présidé par Serge Losique. Famous Players avait offert l’Impérial au FFM en 1995, mais ce joyau montréalais, utilisé notamment par les festivals et pour les premières «tapis rouge», était aux prises avec de graves difficultés financières et menacé de décrépitude.

Moribond depuis 10 ans

Puis, l’an dernier, le FFM avait réussi de justesse à présenter sa 42e édition après avoir eu des difficultés avec Revenu Québec, qui avait déposé une requête en cour demandant une injonction pour empêcher la tenue de l’événement quelques semaines avant l’ouverture prévue.

Serge Losique avait finalement répondu à l’exigence de Revenu Québec, qui lui demandait de payer une «sûreté» de 32 800 $ s’il voulait demeurer inscrit au fichier de la taxe de vente du Québec (TVQ).

Selon M. Bilodeau, le FFM est moribond depuis plus de dix ans, et n’a plus aucune pertinence sur la scène nationale et internationale.

«Mais Serge Losique est dans une espèce de bras de fer avec les médias, qui lui disent ça, qui lui envoient ce message depuis des années­. Il est dans ce bras de fer avec même, je dirais, la raison, parce que la raison lui donne tort», a-t-il laissé tomber, parlant de «problèmes logistiques pratiquement insurmontables».

Comme d’autres observateurs, M. Bilodeau estime que le fondateur du FFM à la fin des années 70 n’aura pas su se retirer à temps.

«C’est un homme qui a été important, mais qui est malmené par son orgueil. Ce qui se passe, c’est qu’il refuse de reconnaître que ce festival-là n’est plus pertinent. [...] Il aurait pu dire, je suis allé au bout de quelque chose, j’ai voulu, je me suis obstiné, je me suis battu. Il aurait raison de dire ça, et on l’applaudirait d’une certaine façon, mais là, c’est de refuser l’inévitable», a-t-il dit croire.

L’absence du FFM ne va pas «créer un trou dans le calendrier ou créer un manque», à part peut-être auprès de quelques «partenaires privilégiés», qui n’ont plus de toute façon le rayonnement dont ils bénéficiaient auparavant avec le festival, selon M. Bilodeau.