Le professeur de philosophie (Sylvio Arriola) dans Le coupable sert de pivot pour nourir les réflexions des personnages.

Onur Karaman: les grandes questions d’un cinéaste

D’aussi loin qu’il se souvienne, Onur Karaman s’est toujours posé de grandes questions existentielles et morales. Avec le temps, l’introspection est devenue une habitude. «Comme Jung l’a déjà dit, il faut voir la noirceur à l’intérieur de soi pour savoir qui on est vraiment. C’est ce que j’essaie de faire. C’est une sorte de thérapie pour moi.»

Il allait de soi que l’auteur de Là où Attila passe (2016) et de La ferme des humains (2013) en vienne un jour à soulever au grand écran les grands concepts philosophiques qui le taraudent depuis si longtemps, comme le bien et le mal, le poids de la culpabilité ou l’éveil de la conscience. Son troisième long-métrage, Le coupable, s’engage à plein dans cette avenue.

Ce drame psychologique «noir et énigmatique» entrelace plusieurs histoires pour mieux étayer sa thèse. Une adolescente (Camille Massicotte) est attirée dans un réseau de prostitution juvénile par un proxénète (Solo Fugère), au grand désarroi de sa mère monoparentale (Isabelle Guérard), en ménage depuis peu avec un nouveau conjoint (Francis Martineau). Un professeur de philosophie au cégep (Sylvio Arriola) se prendra d’affection pour cette femme, concierge à son école, dont l’existence finira par prendre une tournure tragique.

Le réalisateur Onur Karaman

Un fait divers a servi de déclic au scénario. Le cinéaste d’origine turque avait réagi très fortement à la lecture d’un article sur une agression de deux hommes contre un pitbull, battu à coups de bâton. Le sang de ce grand amoureux des bêtes n’avait fait qu’un tour. La révolte a fait place à une grande tristesse et un vide intérieur. «J’ai réagi de façon très organique. Je ne sais trop ce qui s’est passé dans mon subconscient. Je n’avais pas juste pitié pour le chien, mais aussi pour les deux gars. Ils n’avaient vraiment rien compris de la vie.»

Cette indignation a nourri la réflexion du jeune réalisateur pour aboutir à une allégorie multipliant les cas de conscience à travers plusieurs personnages, dont le professeur de philosophie s’avère le pivot. L’enseignant tente d’inculquer quelques notions d’éthique et de sagesse à une classe désabusée. Les réflexions de Pascal sur la fragilité de l’homme, la différence entre légalité et légitimité, un peu de Kant sur le devoir et la morale, autant d’éléments qui trouvent écho chez un seul étudiant, et encore.

«Le point de départ pour améliorer notre sort sur cette planète, c’est de juger nos actions de tous les jours, même les gestes les plus simples comme aller chez Dollarama ou acheter local. Fait-on toujours le bon choix par rapport à nos actes? On fait tous partie de l’équation d’une manière ou d’une autre.»

Frédéric (Sylvio Arriola) devant sa classe de cégepiens.

Le jeune cinéaste, arrivé au Canada à l’âge de 8 ans, se souvient de ses premiers cours de philosophie au cégep. «Wow! C’est comme ça qu’on forme des adultes?», se souvient-il d’avoir réagi à l’époque. Encore faut-il que la matière soit livrée par des enseignants «charismatiques» qui ont à coeur d’amener les étudiants plus loin, insiste-t-il, ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas. «Si peux amener quelques adolescents à se poser les bonnes questions, le film aura déjà fait sa marque.»

Onur Karaman n’a pas fait appel aux bailleurs de fonds gouvernementaux pour tourner Le coupable. C’est avec un budget minimaliste de 40 000$ qu’il s’est lancé dans l’aventure. «Il n’était pas question d’attendre. Je ne veux pas prendre six ou sept ans pour faire un film. De toute façon, je me doutais que je n’allais pas recevoir d’amour (de la Sodec et Téléfilm Canada) en raison de la nature du sujet. J’ai demandé une aide en post-production, mais elle m’a été refusée.»

Le coupable prend l’affiche le 30 août.