Margot (Julie Moulier) se lie d'amitié avec Jalil (Cédric Maruani) au cours de leur thérapie pour se libérer de leur dépendance.

Nos vies formidables: Thérapie collective ** 1/2

CRITIQUE / «Nos vies formidables» est le genre de fiction qui se rapproche le plus du documentaire, autant par la forme que le fond. Les intentions de Fabienne Godet sont bonnes, mais le résultat n’est pas à la hauteur. Hormis l’excellente prestation de son actrice principale, le drame psychologique échoue à surpasser les films qui ont déjà traité de cures fermées pour les toxicomanes.

Ils sont une vingtaine de gens ordinaires — jeunes, vieux, hommes, femmes — réunis pour une thérapie de dix semaines. Tout les sépare, sauf leur volonté de se reconstruire en se libérant de leur dépendance par la parole.

Pour coller le plus possible à la réalité, la cinéaste d’Une place sur la Terre (2013) a assisté à des réunions des Alcooliques et narcotiques anonymes pendant deux ans, puis réalisé des entrevues individuelles.

Chaque acteur a reçu une biographie de son personnage avant le tournage, qui s’est déroulé de façon chronologique, en laissant de l’espace pour l’improvisation.

Le scénario place toutefois Margot (Julie Moulier) au centre du récit. Elle est notre déléguée au sein de cette maison isolée. Les confessions des thérapies de groupe horripilant la jeune trentenaire, qui joue plutôt le rôle… de spectatrice (comme nous).

La toxicomane se livre en voix hors champ, sur le ton des confidences. Son mal de vivre, sa fragilité, sa honte, son sentiment de culpabilité… Mais il faudra beaucoup de temps avant que le spectateur puisse saisir ce qui ronge Margot. Trop. La fuite de Jalil (Cédric Maruani), avec qui elle s’est liée, agira enfin comme un élément déclencheur.

Issue du documentaire, Fabienne Godet a adopté une mise en scène qui s’en approche, tant dans la longueur des plans que dans la discrétion du dispositif. Cette volonté d’effacement et de ne pas porter de jugement vient avec une contrepartie : Nos vies formidables est très verbeux, et parfois redondant.

La démarche de réalisme à tout prix serait moins lourde s’y on s’attachait à ces êtres fragiles en manque d’amour. À l’exception de Margot, brillamment interprétée par Julie Moulier, sans jamais surjouer, les personnages ne suscitent guère d’intérêt — parfois même un brin d’exaspération.

Il aurait fallu un enjeu dramatique plus fort pour qu’on se détache de cette agaçante impression de déjà vu, surtout après le formidable La prière. Le long métrage de Cédric Kahn, qui a pris l’affiche ici il y a à peine neuf mois, explorait des thèmes semblables et optait pour le même traitement naturaliste.

Là où le cinéaste réussissait à nous captiver par la sensibilité de sa réalisation, ses images majestueuses de paysages, mais aussi une part de suspense, Nos vies formidables étouffe dans son presque huis clos (il y a des séquences à l’extérieur de la maison).

Reste tout de même plusieurs extraits de dialogues qui frappent par leur justesse, nous permettant de mieux comprendre et d’avoir de l’empathie pour ces gens qui souffrent, beaucoup trop souvent, en silence...

Au générique

Cote : ** 1/2

Titre : Nos vies formidables

Genre : Drame psychologique

Réalisatrice : Fabienne Godet

Acteurs : Julie Moulier, Cédric Maruani, Bruno Lochet

Classement : Général

Durée : 1h57

On aime : la très bonne incarnation de Julie Moulier. Le «réalisme» du récit.

On n’aime pas : un sujet rabâché. Le manque d’enjeu dramatique. Des personnages peu attachants.