James Norton dans le rôle de Gareth Jones.
James Norton dans le rôle de Gareth Jones.

Mr Jones : le crime contre l’humanité de Staline *** 1/2

CRITIQUE / En 1933, Gareth Jones avait déjà coché le nom d’Hitler sur sa liste. Le prochain ? Staline ! Le jeune journaliste ambitieux débarque à Moscou en mission, mais il va découvrir, en Ukraine, un crime contre l’humanité. Agnieszka Holland a décidé de raconter son histoire, avec une profonde résonance contemporaine. Parce que les fausses nouvelles à des fins de propagande ne datent pas d’hier.

Au début de Mr Jones, l’Union soviétique prospère à la fin de son premier plan quinquennal. Tous les pays se retrouvent sur la paille en raison de la crise économique mondiale. Gareth Jones (James Norton) trouve la situation étrange, mais comme plusieurs intellectuels de l’époque, il croit à la cause d’une société égalitaire.

Son arrivée à Moscou, où les journalistes occidentaux sont confinés, commence à lui ouvrir les yeux. Son contact et ami sur place vient d’être assassiné. Sa rencontre avec le sulfureux Walter Duranty (Peter Sarsgaard), reporter du New York Times détenteur d’un Pulitzer, plus intéressé aux partouzes qu’aux faits, convainc l’Anglais de délaisser son entrevue avec Staline et de pousser son enquête en Ukraine.

À Moscou, Gareth Jones va rencontrer le sulfureux Walter Duranty (Peter Sarsgaard), reporter du <em>NY Times</em> détenteur d’un Pulitzer, plus intéressé aux partouzes qu’aux faits

Ada Brooks (Vanessa Kirby), l’assistante et scribe fantôme de Duranty, lui déconseille fortement. Le donquichottesque Gareth Jones n’a pas froid aux yeux et parle la langue — sa mère est du pays… Il n’en fait qu’à sa tête.

Cinéaste aguerrie, Agnieszka Holland tourne son récit avec beaucoup de créativité, utilisant de magnifiques mouvements de caméra (un long travelling accompagnant une course fiévreuse de Jones dans la forêt), voire des accélérés lorsque l’homme hallucine, rongé par la faim.

Elle aurait toutefois dû mettre un peu plus à sa main le scénario d’Andrea Chaloupa, son premier. Le récit s’empêtre parfois dans son déroulement et emprunte certains raccourcis qui diminuent sa crédibilité.

Heureusement, le tout s’estompe et s’améliore beaucoup lorsque le jeune reporter réussit à fausser compagnie à son apparatchik désigné et prendre la poudre d’escampette dans la campagne ukrainienne.

Jones soupçonne des malversations, mais il n’était pas prêt à découvrir ce qui l’attendait : des villages vidés de leurs habitants, des cadavres abandonnés dans les rues, l’indigence extrême, du cannibalisme… Les enfants sont laissés à eux-mêmes. Certains vont même le détrousser du peu de nourriture qui lui reste… Ventre affamé n’a pas d’oreilles !

Ada Brooks (Vanessa Kirby) tente de convaincre Jones de ne pas aller en Ukraine.

Certaines scènes sont à peine soutenables malgré qu’Holland ne tombe jamais dans le voyeurisme. Au contraire. Le film décrit l’Holdomor, qui a fait des millions de victimes et que certains n’hésitent pas à qualifier de génocide. De nos jours, en Ukraine, le trauma demeure profond et presque tabou.

Mr Jones met aussi en lumière la puissante machine de propagande de Staline, les pressions diplomatiques que s’exercent sur Gareth Jones à son retour lorsqu’il publie son reportage afin de déformer la réalité.

Le long métrage prend certaines libertés fictives. Le film s’ouvre et se conclut avec George Orwell rédigeant La ferme des animaux. L’auteur de 1984 aurait été inspiré par le récit de Gareth Jones, qu’il connaissait.

Est-ce vrai ? Peu importe. Ce qui l’est, ce sont les faits, publiés par Gareth Jones, qui expose la famine qui a fauché tout un peuple. Et lui aussi : le journaliste aurait été assassiné par le NKVD (l’ancêtre du KGB) la veille de ses 30 ans...

Mr Jones est disponible sur iTunes et la boutique de Cineplex Odeon ; en vidéo sur demande dès le 3 juillet.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Mr Jones

Genre : Drame biographique

Réalisatrice : Agnieszka Holland

Acteurs : James Norton, Vanessa Kirby, Peter Sarsgaard

Durée : 1h58