Chloé (Laurence Lebœuf) et Mathieu (Patrick Hivon) sont réfugiés dans leur maison de campagne lorsque d'étranges phénomènes surviennent.

Mont Foster: Perdus dans la montagne ** 1/2

CRITIQUE / On avait hâte de découvrir le couple formé par Laurence Lebœuf et Patrick Hivon, qui se faisaient face pour la première fois dans Mont Foster. Même si les acteurs sont à la hauteur des attentes, leurs intenses prestations ne réussissent pas à camoufler les raccourcis et les invraisemblances scénaristiques qui nous font décrocher de ce suspense psychologique.

Le long métrage s’amorce sur une note prometteuse. Aux images d’une fille galopant à travers la forêt qui entraperçoit une forme fantômatique (la mort?) se superposent des extraits d’animation en noir et blanc. Louis Godbout s’est très librement inspiré du poème Le roi des aulnes de Goethe — où la vision d’un fils et de son père diffère sur ce qu’ils perçoivent lors d’une randonnée.

Maintenant adulte, Chloé (Lebœuf) revient sur place en compagnie de son mari Mathieu (Hivon). Le couple en crise se remet péniblement d’une tragédie et de la culpabilité qui les étouffe. Ils espèrent que le séjour dans la maison de campagne isolée tout en haut du Mont Foster leur permettra de recoller les morceaux (la photographie des environs par l’expérimenté Jean-François Lord est superbe).

Rapidement, la jeune femme déprimée, une artiste à l’imagination débordante, est ébranlée par d’étranges manifestations dans la nature. Des phénomènes dont Mathieu n’a pas vraiment conscience. Procureur de la couronne cartésien et sportif, il profite de son séjour pour écrire un nouveau polar…

Mont Foster est construit de telle façon à laisser le spectateur se faire son opinion, grâce aux non-dits et les occurrences : Chloé est-elle victime d’hallucinations, fruits de son imagination, ou d’une forme de persécution? D’autant que tout ça devient de plus en plus concret lorsque son chat Toulouse meurt noyé dans la piscine…

Mont Foster évoque inévitablement le Mother! (2017) de Darren Aronofsky, sans l’aspect gore et extrême de l’œuvre (on pense aussi au Cygne noir du même réalisateur et à Jaloux (2011) de Patrick Demers). À la différence majeure qu’il n’y a pas d’étranges visiteurs qui viennent perturber leur relative tranquillité, mis à part le bref passage d’un couple d’amis (interprétés par Lucie Laurier et Émile Proulx-Cloutier).

Dans ce huis clos tendu, Louis Godbout essaie de se maintenir en équilibre sur le fil entre vérité et mensonge, réalité et fiction, mais de faux mouvements le font parfois chuter. Notamment un élément, plaqué, auquel on croit très peu, et qui est censé nous donner la clé d’interprétation pour le dénouement.

On aurait aimé que l’ensemble se tienne mieux, au vu des performances de Laurence Lebœuf et de Patrice Hivon.

La première réussit à rendre crédibles les délires de son personnage, et à ne pas sombrer dans le ridicule lorsqu’elle parcourt la forêt la nuit, légèrement vêtue.

Quant au second, il se révèle aussi solide et intense qu’à son habitude. Le spectateur se demande constamment si son Mathieu éprouve de la compassion ou bien s’il fait semblant.

Mont Foster respecte presque la règle des trois unités (de lieu, d’action et de temps) du drame classique, tout en multipliant les allusions aux arts (architecture, dessin, littérature, etc.). Un bel effort, mais Godbout aurait eu avantage à poursuivre son premier long métrage dans la même veine que son amorce.

Au générique

Cote : ** 1/2

Titre : Mont Foster

Genre : Suspense psychologique

Réalisateur : Louis Godbout

Acteurs : Laurence Lebœuf, Patrick Hivon

Classement : 13 ans +

Durée : 1h45

On aime : le duo d’acteurs. La direction photo.

On n’aime pas : les raccourcis et les invraisemblances scénaristiques. Le manque de cohérence.