Louise Archambault garde un souvenir ému de ses dernières conversations avec la regrettée Andrée Lachapelle.

Louise Archambault: le doux souvenir d’Andrée Lachapelle

La sortie de «Merci pour tout» arrive à point nommé pour Louise Archambault après «Gabrielle» (2013) et «Il pleuvait des oiseaux» (2019), deux films intenses. La comédie vient un peu alléger le deuil de la réalisatrice même si elle chérit un doux souvenir d’Andrée Lachapelle.

Volonté du distributeur d’une sortie en septembre pour Il pleuvait des oiseaux — et tournage hâtif pour Merci pour tout —, les deux longs métrages sont arrivés en salle à quelques mois de distance.

Rien ne pressait pour le premier, mentionne la blonde cinéaste en entrevue. Mais, lui fait-on remarquer, Andrée Lachapelle n’aurait pas pu mesurer l’énorme succès de son chant du cygne. «Je suis tellement contente. J’aurais trouvé ça tellement difficile.»

Affaiblie par la maladie, la grande dame était retenue à la maison lors des premières projections en festival (San Sebastian, Toronto, Québec…) de ce film qu’elle désirait «faire plus que tout au monde». «Elle voulait être avec nous. Après les représentations, on l’appelait et lui racontait les réactions du public. Elle blaguait et était heureuse. Je lui disais : “tu sais Andrée, ton personnage fait du bien aux gens.”»

Quelques larmes sont versées, de part et d’autre. «C’est quelqu’un que j’ai vraiment beaucoup aimé, poursuit doucement l’affable Louise Archambault, émue. Au-delà de l’actrice, des gens comme ça sont rares. Elle avait 86, 87 ans, on tournait dans le bois, elle avait de la difficulté à marcher, et jamais elle ne s’est plainte. Du monde généreux comme elle, il en faut plus sur Terre.

«La seule chose que je peux faire, c’est d’arriver à la cheville de la bonté qu’elle incarnait.»

Merci pour tout

Après un (presque) huis clos automnal, Louise Archambault a enchaîné avec une comédie inscrite dans le mouvement, un road-movie hivernal qui flirte avec le film de gangsters un peu absurde. Les comparaisons avec certaines œuvres des frères Coen s’avèrent inévitables, notamment Fargo. «C’est sûr. […] Mais c’est tellement décalé...

«En même temps, n’est pas Coen qui veut. Moi, je ne le suis pas. J’ai cette histoire [d’Isabelle Langlois] que j’essaie de mettre en scène au meilleur de mes connaissances», souligne la cinéaste.

La femme de 49 ans a porté une attention particulière à la trame sonore et à la photographie, confiée à son ami Yves Bélanger, collaborateur de Jean-Marc Vallée et, plus récemment, de Clint Eastwood. Elle lui a notamment fait revoir Carol (2015) de Todd Haynes «pour les intérieurs de voiture et la façon dont les femmes sont filmées».

Reste que Merci pour tout se veut d’abord un long métrage sur la famille, croit-elle. Il met en scène deux sœurs, interprétées par Julie Perreault et Magalie Lépine-Blondeau, qui décident d’aller répandre les cendres de leur père magouilleur aux Îles-de-la-Madeleine après certaines déconvenues.

«Elles doivent accepter leur legs. Ce qui ne veut pas dire de poursuivre les effets néfastes de ce qu’on t’a légué», croit Louise Archambault.

Les deux femmes doivent vivre avec le souvenir de ce père qui les abandonnées à leur sort la plupart du temps. C’est compliqué : la paire ne se parle plus depuis un an. Et elles ont des caractères diamétralement opposés. Confinées dans la voiture de l’aînée, la suite de péripéties va les amener, peu à peu, à s’ouvrir l’une à l’autre.

«Il y a une vérité dans la comédie. J’espère que certains, après le film, vont faire la paix avec une partie de leur passé plutôt que de rester dans la rancune… Ça passe vite, la vie.»

En effet.