Dhanush est fabuleux dans le film de Ken Scott.

L’extraordinaire voyage du fakir: Les fabuleuses tribulations d’Ajat ***

CRITIQUE / «L’extraordinaire voyage du fakir» a tous les éléments requis de la comédie estivale pour passer un moment agréable dans une salle climatisée : un personnage attachant, du rythme, des couleurs éclatantes, un humour bon enfant et des tribulations rocambolesques. Ken Scott sait décidément concocter des feel good movie qui, sous le couvert du rire, cherchent aussi à faire réfléchir.

Après l’immense succès de Starbuck (2011), le réalisateur québécois a fait un détour de deux films aux États-Unis. Un producteur français lui a ensuite proposé l’adaptation du roman de Romain Puertolas (2003). Du bonbon pour Scott.

D’autant que les aventures fantaisistes d’Ajat (Dhanush) sont incroyables. Le cinéaste dit s’être inspiré des personnages Being There d’Hal Ashby (1979) et d’After Hours de Scorsese (1985), à qui tout arrive. En effet.

Petit arnaqueur de Bombay, Ajat décide quitter l’Inde à la mort de sa mère pour découvrir l’identité de son père inconnu à Paris — et faire fortune. Sur place, il rencontre plutôt l’amour en la personne de Marie (Erin Moriarty ), une jeune Américaine.

Comble de malheur, il se retrouve malencontreusement à bord d’un camion à destination de l’Angleterre en compagnie de migrants somaliens, est ensuite expulsé en Italie où il se lie d’amitié avec Nelly Marnay (Bérénice Bejo), une actrice célèbre , puis aboutit en montgolfière à naviguer au-dessus de la Méditerranée.

Autant de déplacements prétextes à des scènes extravagantes, dont la plus réussie est celle où Ajat et Nelly effectuent une superbe chorégraphie sur une piste de danse de Rome.

Un hommage époustouflant aux comédies musicales de Bollywood, que Dhanush maîtrise à fond. Avec une trentaine de longs métrages au compteur, cette vedette indienne est une révélation. Il porte d’ailleurs le récit sur ces épaules — il est de presque tous les plans — avec un charme et un charisme remarquables.

Sans Dhanush, ce récit initiatique convenu, avec une quête qui mène à l’illumination puis à la «rédemption», aurait pu sombrer corps et âme dans une mer de bons sentiments.

On peut comprendre le réalisateur d’avoir voulu éviter le film politique à thèse, reste qu’il aborde les questions des réfugiés, de la pauvreté, des différences et des préjugés avec un peu trop de légèreté à notre goût (en particulier la scène dans le camp de migrants, à la fin). N’est pas Chaplin qui veut.

Pour un film de commande, Scott a su mettre le récit à sa main. Il a, en partie, évité l’écueil de la distribution cosmopolite. Mais Erin Moriarty (Une vie fantastique) y apparaît bien éteinte et peu convaincante, surtout face à la performance électrique de Dhanush.

Il est aussi agaçant de voir tous les personnages, qui proviennent de pays forts différents, parler en anglais. La fluidité des dialogues en est affectée, sans parler des accents, parfois insupportables...

Évidemment, tout dépend de ce qu’on cherche. L’extraordinaire voyage du fakir se révèle un divertissement intelligent, extrêmement bien réalisé et exécuté sur le plan technique qui procure une bonne dose d’évasion mentale.

Ken Scott y fait le pari d’opposer la pauvreté matérielle à la richesse du cœur, l’optimisme aux préconçus de la condition humaine. Ça mérite notre respect.

Au générique

Cote : ***

Titre : L’extraordinaire voyage du fakir

Genre : Comédie

Réalisateur : Ken Scott

Acteurs : Dhanush, Bérénice Bejo, Erin Moriarty

Classement : Général

Durée : 1h36

On aime : l’esthétique colorée. Le rythme. Le talent de Dhanush. La sincérité du propos.

On n’aime pas : le ton un peu trop léger. Le récit convenu.