Jacques et Paul Rose
Jacques et Paul Rose

Les Rose: Un courageux documentaire personnel *** 1/2

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
CRITIQUE / Les Rose se révèle un documentaire important. Et pas seulement parce que son réalisateur Félix Rose est le fils de Paul et le neveu de Jacques, les deux felquistes condamnés pour la mort de Pierre Laporte lors de la crise d’Octobre 1970. Bien sûr, son statut lui procure un point de vue unique. Ce qui importe, toutefois, s’incarne dans sa volonté d’offrir un contexte, à la fois personnel et universel, avec un courage remarquable.

Il y a 50 ans, le Front de libération du Québec (FLQ) a posé, pour faire avancer sa cause, des gestes drastiques qui ont profondément marqué l’imaginaire, voire l’inconscient collectif, des Québécois. La vie de ceux et celles qui ont vécu, de près ou de loin, l’affront de la Loi sur les mesures de guerre a changé.

Mais pas autant que celle de la famille Rose. L’arrestation des deux frères a eu l’effet d’une bombe — les proches ignoraient leurs actions au sein du FLQ.

Le cinéaste réussit toutefois à démontrer, avec son film, que leur implication au sein de l’organisation terroriste n’a rien d’un coup de tête. Paul Rose, militant de toujours et de toutes les causes, s’indigne de la condition sociale des Québécois et veut les libérer du joug qui les empêche de vivre libre. 

Pour y arriver, Félix Rose a pu longuement discuter avec Jacques Rose, qui se confie publiquement pour la première fois. La présence du réalisateur à l’écran n’est pas gratuite : elle témoigne de sa volonté d’assumer son héritage et, surtout, de tracer un portrait familial.

De celui-ci émerge entre autres Rose Rose, la mère de Paul, Jacques et de trois autres enfants. Son engagement en faveur de la solidarité, de l’entraide et de l’empathie dans sa communauté a profondément façonné les deux frères. Ce sacré bout de femme incarne la force matriarcale souterraine qui a soutenu le Québec dans des moments où beaucoup avaient baissé les bras.

Les Rose révèle ainsi des pans peu connus du parcours des felquistes, avant la crise d’Octobre, mais aussi après. Le militantisme incessant de Paul, et de sa mère, a considérablement humanisé les conditions de détention dans les pénitenciers.

Ce documentaire n’est pas le premier film de Félix Rose et il a réalisé un solide travail de contexte et de vulgarisation. Certains moments se révèlent particulièrement éclairants sur l’époque.

Des images d’archives inédites ou peu vues, des enregistrements clandestins de son père en prison et des entrevues permettent un regard de l’intérieur grâce à un montage fluide, qui respecte la chronologie des événements, dans un but évident de clarté.

Il a évité le piège béant du film militant — Les Rose est moins engagé que le percutant Octobre (1994) de Pierre Falardeau. Mais il assume sa subjectivité avec courage et honnêteté.

Toutefois, Félix Rose laisse parfois son oncle s’en tirer à trop bon compte même s’il n’a pas peur de poser les questions incontournables, notamment sur la mort du ministre Laporte. «Accident ou meurtre ? Ça appartient au FLQ», s’avère une parade trop facile…

Les Rose a surtout le grand mérite d’apporter un point de vue différent sur la crise d’Octobre. Son visionnement, pour les plus vieux, risque fortement d’être teinté d’a priori ou de biais, dans un sens ou dans l’autre. 

Il s’agit d’un documentaire vital, avec une perspective forte, afin de mieux comprendre pas seulement la crise d’Octobre, mais comment deux hommes pleins de bonne volonté en arrivent à mettre la main dans un engrenage qui a happé une partie de leur vie. Et, malheureusement, causé du tort à des gens qui méritaient mieux.

Au générique

Cote : *** 1/2
Titre : Les Rose
Genre : Documentaire
Réalisateur : Félix Rose
Durée : 2h08