Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques (à droite) incarne dans «Les Barbares de La Malbaie» un hockeyeur déchu. Son jeune cousin Jean-Philippe (Justin Leyrolles-Bouchard) est son plus grand admirateur.

Les Barbares de La Malbaie: demain un homme *** 1/2

CRITIQUE / Oubliez «Les Boys» et «Lance et compte». La trame de fond de la comédie dramatique «Les Barbares de La Malbaie» a beau se dérouler dans les coulisses du hockey, le film de Vincent Biron n’est qu’un prétexte pour aborder de brillante façon la relation entre deux individus dépareillés, unis par leur amour de notre sport national. Au jeu des comparaisons, pensez plutôt à l’excellente télésérie «Demain des hommes.

Chaque vestiaire sportif compte son joueur bourré de talent, mais paresseux comme c’est pas permis. Le genre de type qui se croit plus important que l’équipe. Yves Tanguay (Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques) est de cette désagréable mouture. Ancienne gloire du hockey junior repêchée par les Panthers de la Floride, le type a ruiné sa carrière en accumulant les frasques à l’extérieur de la patinoire.

À La Malbaie, où il évolue dans un circuit senior, il ne reste personne pour croire en lui. Sauf son jeune cousin Jean-Philippe (Justin Leyrolles-Bouchard), un maniaque de hockey (et de statistiques) qui rêve de devenir agent de joueurs. L’adolescent le défend bec et ongles à la moindre accusation. Il est en pâmoison devant son héros, «le seul de la famille qui a réussi». C’est du moins ce qu’il croit.

L’idolâtrie aveugle tire à sa fin. À la faveur d’un voyage en voiture jusqu’à Thunder Bay, où se déroule un important tournoi, l’adolescent de 16 ans découvrira à son grand désarroi la vraie nature de ce cousin manipulateur et irresponsable qui le mène au doigt et à l’œil. Le mythe dégonflé, JiPi apprendra qu’il vaut mieux vivre ses rêves que de rêver sa vie.

Ce n’est pas tant la «game» qui intéressait le cinéaste Biron – les scènes sur la glace sont réduites à leur strict minimum – que l’exploration de deux facettes antinomiques de la psyché masculine, à savoir celle rustre et bête de Tanguay, et l’autre, douce, timorée et mature de l’adolescent. En prenant prétexte du road-movie, auquel se greffe à mi-parcours un personnage féminin qui manque un peu de substance (Erin Marguerite-Carter), le scénario réussit à nous faire compatir au destin des deux personnages.

À son premier grand rôle au cinéma, l’humoriste Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques ne déçoit pas. Une vingtaine de kilos supplémentaires sur la charpente, barbe et crinière fournies, il épouse à la perfection, loin de l’humour absurde de l’émission Like moi!, la personnalité de ce hockeyeur déchu, qui devient de plus en plus antipathique au gré du dévoilement de ses secrets.

Le duo qu’il forme avec le jeune Leyrolles-Bouchard, la révélation du film, s’avère d’une redoutable efficacité. Ce dernier, jeune interprète du jeune Félix Leclerc de Pieds nus dans l’aube, est d’un naturel confondant. Jamais a-t-on l’impression de le voir jouer. Touchant, vulnérable à souhait, maladroit avec les femmes (surtout lorsqu’il baragouine l’anglais...), son personnage offre de multiples visages que le film expose de succulentes façons.

Tant le fan de hockey que le néophyte sportif trouveront de quoi s’étonner, rire et s’émouvoir avec ce film de belle tenue, l’une des belles surprises de l’automne cinématographique québécois.

Au générique

Cote: *** 1/2

Titre : Les Barbares de La Malbaie

Genre : Comédie dramatique

Réalisateur : Vincent Biron

Acteurs : Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques, Justin Leyrolles-Bouchard, Erin Marguerite-Carter

Classement : Général

Durée : 1h55

On aime : le scénario qui évite les clichés et codes sportifs, l’authenticité des dialogues et des situation, le jeu d’un naturel confondant du jeune Leyrolles-Bouchard,

On n’aime pas : de légers flottements à mi-parcours