Léane Labrèche-Dor a vécu son premier grand rôle au cinéma devant la caméra du réalisateur Martin Laroche PHOTO LA PRESSE

Léane Labrèche-Dor: un rôle formateur

Léane Labrèche-Dor avoue avoir «beaucoup appris» sur le plateau du «Rire», du réalisateur Martin Laroche, où elle tient son second rôle principal en carrière au grand écran après «Oscillations», il y a deux ans. «Je ne dirais pas que c’est mon rôle le plus difficile, mais peut-être le plus 'fullfilling' - désolée, je le dis en anglais - celui qui m’a le plus remplie. C’était un beau défi en soi», indique-t-elle au sujet de son personnage, une jeune femme affligée du syndrome du survivant et qui doit composer avec la perte de son amoureux.

Les fantômes de cette tragédie, survenue dans une guerre fictive dont on saura peu, hantent la préposée aux bénéficiaires dans un CHSLD. Une septuagénaire cynique et allumée (Micheline Lanctôt) deviendra sa confidente, au gré d’un scénario déstabilisant. Car, malgré son titre annonciateur de quelque chose de joyeux, le long-métrage s’aventure plus souvent qu’autrement dans des zones troublantes, voire anxiogènes, particulièrement lors des apparitions de la directrice de l’institution (Sylvie Drapeau).

«Plutôt que déstabilisant, je dirais que le film nous laisse une grande liberté comme spectateur. Il nous laisse comprendre ce qu’on a envie de comprendre. C’est un plaidoyer pour le rire comme arme dans le drame», explique Léane Labrèche-Dor entrevue téléphonique.

Pour la scène d’ouverture, illustration frappante du drame vécu, la comédienne s’est mise à nu dans le vrai sens du terme. Une armée de figurants, eux aussi en costumes d’Adam et Ève, se retrouvent empilés dans une fosse commune, des soldats prêts à les exécuter. «Le tournage de cette scène a demandé énormément de bienveillance de la part de l’équipe. Il fallait avoir envie de la faire.»

Léane Labrèche-Dor sur le plateau de tournage du Rire.

Personnages féminins forts

«C’est un film où je me suis permis beaucoup de choses en terme d’exploration. J’ai décidé de faire une histoire moins conventionnelle, qui explore les contrastes, dans une plus grande liberté. C’est une réflexion sur le place que prend l’humour dans nos vies. Le rire est encore plus beau quand il est en réaction à quelque chose de dramatique», poursuit Martin Laroche, révélé par Les manèges humains (2013) et Tadoussac (2017).

Le cinéaste en convient, Le rire est une oeuvre qui ne donne pas tout cuit dans le bec. «J’aime les films qui réussissent à laisser les choses en suspens, les films qui nous hantent et nous restent en tête.

Fidèle à ses habitudes, le réalisateur originaire de Victoriaville a de nouveau fait le choix d’une femme comme personnage principal. Camille Mongeau et Marie-Évelyne Lessard avaient été les protagonistes de ses deux films précédents. «Au cinéma, ses femmes sont souvent définies en fonction du gars. Elles sont souvent muses, amantes ou mères. Ça m’énerve parce que ça ne représente pas les femmes que je côtoie dans ma vie. J’essaie humblement de contribuer à changer la donne.»

Le choix de Léane Labrèche-Dor s’est avéré un coup de foudre artistique lorsqu’elle s’est présentée en audition. «J’ai aimé l’intelligence de son jeu et sa compréhension phénoménale du texte. Elle a fait les scènes avec un petit sourire en coin, comme si elle essayait de retenir l’émotion. Léane a cette complexité dans sa façon de jouer. Est-ce qu’on doit rire ou pleurer, on ne sait trop.»

Le rire prend l’affiche le 31 janvier.