Amazon expédie annuellement cinq milliards de colis à travers le monde.

«Le monde selon Amazon: péril en la demeure» ***1/2

Comme Dieu, Amazon est partout. Enfin presque. Non seulement la compagnie de Jeff Bezos est-elle le numéro un mondial du commerce en ligne - 5 milliards de colis expédiés chaque année - mais elle donne aussi dans l’alimentation, la vidéo sur demande, la musique en continu, les assurances, les médicaments... Sans oublier, attention danger, le stockage de données.

Faut-il avoir peur de l’ogre Amazon? Assurément, surtout après avoir vu le documentaire Le monde selon Amazon, qui brosse un inquiétant portrait de cette firme au chiffre d’affaires de 178 milliards$. Petit à petit, la firme étend son empire sur le monde, non sans conséquences.

Les réalisateurs Adrien Pinon et Thomas Lafarge se sont rendus à Seattle, lieu du siège social de la compagnie, mais aussi en Allemagne, en Inde et à Washington pour mesurer l’ampleur des dégâts du géant du web sur le commerce local. Pour un emploi créé par Amazon, deux disparaissent dans des entreprises existantes.

Au plan des méthodes de travail, rien de bien joyeux non plus. Pour un bas salaire, les employés sont soumis à une cadence digne des Temps modernes de Chaplin, en plus d’avoir à utiliser en permanence un scanner qui les guide pas à pas, à travers les allées. Travailler comme des machines et être dirigés par des machines, pas trop reposant...

Le plus inquiétant est gardé pour la seconde partie, alors que le film lève le voile sur la présence grandissante d’Amazon dans le stockage de données, le fameux cloud (infonuagique), grand consommateur d’électricité. À Varennes, près de Montréal, un immeuble anonyme sert à cette fin. Sauf que contrairement à ce qu'affirme le film, a tenu à souligner Hydro-Québec au Soleil, la compagnie ne bénéficie pas de tarif préférentiel et confidentiel. L'entente est soumise à la Régie de l'Énergie.

Environ 70% de l’Internet mondial passe chaque jour dans un immeuble Amazon basé en Virginie. Comme une intervenante le démontre, il faut déployer des trésors d’ingéniosité pour arriver à en trouver l’emplacement. De toute évidence, la firme aime opérer à l’abri des regards indiscrets.

Le film, dont la narration est assurée par Richard Desjardins, fait état d’une mystérieuse entente signée entre Amazon et le Pentagone. Difficile pour les auteurs d’avoir l’heure juste, mais si elle s’avère, la compagnie hébergera «les données les plus sensibles du gouvernement le plus puissant du monde».

Amazon se débrouille pour n’avoir personne sur son chemin, surtout pas ceux qui cherchent à réguler ses activités. Le conseil municipal de Seattle l’a appris à ses dépens lorsque la compagnie a réussi à renverser une décision visant à lui imposer de nouvelles taxes. Lorsqu’une entreprise privée de ce gabarit s’ingère ainsi dans les affaires de l’État, il y a lieu de s’inquiéter pour la démocratie.

Seul bémol : au regard des millions de colis livrés chaque jour, il aurait été intéressant de connaître l’impact environnemental d’Amazon. Et si elle prend des moyens pour la diminuer. Sauf que la compagnie n’a jamais donné suite aux demandes d’entrevues des réalisateurs.

Jeff Bezos rêve de conquérir les étoiles avec les fusées de son pharaonesque projet Blue Origin. Pourquoi ne pas commencer à construire un monde meilleur sur Terre?

Au générique 

Titre : Le monde selon Amazon

Cote : ***1/2

Genre : documentaire

Réalisateur : Adrien Pinon et Thomas Lafarge

Acteurs : -

Classement : Général

Durée : 1h17

On aime : la mise à jour d’informations méconnues, la qualité des intervenants, la volonté d’alerter le public

On n’aime pas : le silence sur l’impact environnemental de la firme