De gauche à droite, Daniel (Antoine L’Écuyer), Éric (Félix Antoine-Cantin), Nathalie (Sandrine Poirier-Allard) et Louis (Rémi Goulet)

Le film de la semaine: Vivre à 100 milles à l’heure ****

CRITIQUE / Seize ans après son film le plus connu, «Gaz Bar Blues», touchante chronique familiale autour d’une station-service de Limoilou tenue par son père, Louis Bélanger revisite ses souvenirs pour la comédie dramatique «Vivre à 100 milles à l’heure». Cette fois, le cinéaste remonte le temps pour raconter les 400 coups d’une jeunesse rock’n’roll où, bien souvent, il a failli se brûler les ailes à force de narguer les interdits.

Librement inspiré de son parcours – à chacun de départager le vrai du faux – le long-métrage presque entièrement tourné à Québec se décline sur trois époques distinctes, dans les années 70 et 80, alors que le jeune Louis fait l’apprentissage de la vie, de l’âge de 10 ans jusqu’au début de l’âge adulte, en compagnie de ses deux inséparables amis Éric et Daniel.

Aux moments naïfs de la pré adolescence — le jeu de la bouteille dans le sous-sol, les danses de partys d’école sur la chanson Get It On, le premier joint — succèderont des épisodes plus troubles, alors que le trio succombera à l’attrait de l’argent facile en se lançant dans le trafic de drogues.

Les affaires rouleront tellement bien qu’une partie de Charlesbourg et de la basse-ville tombera sous leur contrôle. «On dirait qu’on avait fait ça toute notre vie», souligne Louis (Rémi Goulet) qui assure la narration.

Les activités illicites des trois amis, passés de «petits bums à moyens délinquants», ne seront pas sans leur attirer des ennuis lorsque débarqueront les gros bras du crime organisé, soucieux de protéger leur marché de la concurrence.

Qu’à cela ne tienne, ils refuseront de s’avouer vaincus et, par association de malfaiteurs, feront preuve d’une plus grande témérité pour passer à la vente de cocaïne et de drogues chimiques. Jusqu’à ce que, «le nez plein de poudre et les poches pleines de cash», nos petits génies du crime (pour parodier le titre d’un autre film de Bélanger) voient arriver la fin de la récréation. Pour le meilleur et pour le pire.

À la différence de la trilogie de Ricardo Trogi (1981, 1987 et 1991), qui jouait à fond la carte autobiographique sur fond de comédie, Vivre à 100 milles à l’heure abandonne à mi-parcours la légèreté et l’insouciance pour un glissement plus dramatique (et salutaire), à mesure que les événements dérapent. En cela, au regard des conséquences, le film est loin de faire l’apologie de la consommation de drogues.

Les gens de la génération du cinéaste, dans la mi-cinquantaine , surtout ceux qui ont vécu en banlieue, se reconnaitront sans peine dans la reconstitution de ce Québec d’une autre époque, où la mode pour un jeune de la capitale était de partir voir un show rock au Forum, sur le pouce, une chemise à carreaux sur le dos. À cet égard, les départements de la direction artistique et des costumes ont abattu du gros boulot.

Comme dans Gaz Bar Blues, le film offre de forts jolis moment d’émotion en lien avec la famille Bélanger, représentée ici par le grand frère Guy (l’harmoniciste, cosignataire de la musique du film) qui joue le rôle de conscience morale auprès de son cadet. Ses conseils et sa passion pour la musique ont certainement contribué à éviter le pire au jeune Louis.

Le cinéaste a eu du flair au casting. Il a fait appel à une galerie d’une dizaine de jeunes comédiens, tous plus inspirés les uns que les autres, pour interpréter les trois rôles masculins, à différents âges, ainsi que la fille du groupe, plus effacée, dont la présence permet d’ajouter un cachet sentimental au récit.

Récompensé (avec raison) du Prix du public au Festival de cinéma de la Ville de Québec, Vivre à 100 milles à l’heure témoigne d’un cinéaste en pleine possession de ses moyens, d’une grande habileté à jouer de ses souvenirs personnels pour tendre vers l’universel.

AU GÉNÉRIQUE

Cote : ****

Titre : Vivre à 100 milles à l’heure

Genre : comédie dramatique

Réalisateur : Louis Bélanger

Acteurs : Rémi Goulet, Antoine L’Écuyer, Félix-Antoine Cantin, Elijah Patrice-Baudelot, Matt Hébert

Classement : général

Durée : 1h43

On aime : le dynamisme du scénario, le jeu inspiré des jeunes comédiens, la reconstitution d’époque, l’habile mélange entre comédie et drame

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