Seth Rogen et Charlize Theron interprètent deux personnages aux antipodes réunis par le pouvoir de l’amour.

Le film de la semaine: Un bon coup ***

CRITIQUE / Quoi de mieux qu’une bonne vieille recette remise au goût du jour pour séduire les spectateurs! C’est le pari d’Un bon coup (Long Shot). La désopilante comédie doit sa réussite à la chimie, aussi improbable que saugrenue, entre Charlize Theron et Seth Rogen, dans le rôle de deux personnages aux antipodes réunis par le pouvoir de l’amour.

Le film scénarisé par Liz Hannah et Dan Sterling a retenu presque tous les ingrédients de la screwball comedy, genre caractéristique de l’âge d’or hollywoodien (1930-1940), sous la houlette des maîtres réalisateurs Frank Capra, Billy Wilder, George Cukor, Ernst Lubitsch, etc. Ce qui le rend d’ailleurs très prévisible.

En gros : personnage féminin fort; situation ridicule; vivacité des réparties; élément romantique et, surtout, différence de classes.

La femme en question est Charlotte Field (Theron). Indépendante, déterminée, bourreau de travail, la secrétaire d’État américaine décide de se présenter à l’élection présidentielle de 2020. Elle a désespérément besoin d’un rédacteur de discours pour paraître plus chaleureuse.

À une soirée, la candidate tombe sur Fred Flarsky (Rogen), dont elle fut la gardienne. L’énergumène vient tout juste de perdre son emploi de journaliste don quichottesque et anticonformiste. L’idéaliste est embauché, au grand désespoir des deux assistants de Charlotte qui vont, bien sûr, lui mettre des bâtons dans les roues — bien qu’il est capable de le faire lui-même.

Pas besoin d’être devin pour comprendre que les deux personnages que tout oppose vont tomber en amour. Et que l’épreuve du réel, surtout celle de la realpolitik, se dressera entre eux comme un mur presque infranchissable...

Jonathan Levine a longtemps travaillé en télévision avant de faire le saut au cinéma avec 50/50 en 2011, avec Seth Rogen, entre autres. Il en a gardé les tics de réalisation, notamment en ayant systématiquement recours au champ/contrechamp dans les dialogues. Un manque d’imagination et de la paresse, pour une mise en scène de routine.

Heureusement qu’il peut compter sur deux acteurs en contrôle total. Charlize Theron (Monster, Mad Max, Blonde atomique...) est l’incarnation ultime de l’élégance naturelle, mais elle a aussi une présence magnétique, presque diabolique. La Sud-Africaine peut tout jouer avec une aisance confondante. Quant à Seth Rogen (La veille, Les voisins...), le Canadien a été forcé d’élever son niveau de jeu. Il y a bien quelques petits dérapages outranciers, dans la nature du personnage, mais il l’incarne avec conviction.

En fait, il faut surtout souligner que le duo réussit, et c’est un tour de force, à nous faire croire à ce couple invraisemblable. Il faut les voir danser un slow sur It Must Have Been Love de Roxette (pas du tout dans le même contexte qu’Une jolie femme avec Julia Roberts et Richard Gere).

Ils réussissent aussi à faire en sorte qu’on passe par-dessus certains personnages caricaturaux (dont le méchant de service, un propriétaire de presse répugnant) et le manque de chair autour de l’os des assistants. Ce n’est pas le cas avec Lance (O’Shea Jackson Jr.), le meilleur ami de Fred et élément déclencheur d’une importante remise en question chez celui-ci.

Point positif, la présence d’Yves Bélanger à la direction photo. Le collaborateur habituel de Jean-Marc Vallée y apporte sa touche, notamment dans les superbes extérieurs.

Un bon coup (quel titre ringard) est un bon divertissement, qui ne néglige pas pour autant la nourriture pour l’esprit. Sa démonstration sur la superficialité de la politique moderne, où l’apparence prime sur le contenu, l’argent sur les convictions, n’a rien d’original, mais elle peut quand même faire réfléchir...

Au générique

Cote : ***

Titre : Un bon coup

Genre : Comédie

Réalisateur : Jonathan Levine

Acteurs : Charlize Theron, Seth Rogen, O’Shea Jackson Jr.

Classement : Général

Durée : 2h05

On aime : la chimie entre les acteurs. Plusieurs bons gags. Les vives réparties.

On n’aime pas : la finale inutile. Des longueurs.