Joaquin Phoenix dans le rôle du Joker

Le film de la semaine: Joker ****

CRITIQUE / Le Lion d’or remporté par Joker à la récente Mostra de Venise a mis la barre bien haut. Le long métrage de Todd Philipps la survole de manière éclatante. À la fois drame social et psychologique, cette très libre adaptation de l’univers de DC Comics s’avère l’antithèse des films de superhéros dont on nous gave depuis plus de 10 ans. Il s’agit d’un véritable long métrage punk porté par une magistrale performance de Joaquin Phoenix.

Il serait étonnant que Phoenix décroche l’Oscar du meilleur acteur qui lui a échappé jusqu’à maintenant. Même s’il le mérite amplement, habitant physiquement — il est complètement décharné — et mentalement son personnage. Son rire dément, déclenché par le stress et généré par un trauma passé, donne des frissons dans le dos. Parce qu’il contient toute la douleur du monde.

Mais en retournant les codes du genre pour que Joker devienne une œuvre anti-establishment, plusieurs vont y penser deux fois avant de lui accorder leur vote…

Le récit est explicite : c’est la brutalité de la société qui fait basculer Arthur Fleck, un clown triste persécuté, dans la folie psychotique du Joker. 

Cet homme mal dans sa peau, aux prises avec la maladie mentale, vit dans un immeuble sinistre avec sa mère dérangée (Frances Conroy). De déconvenues en déboires, Arthur s’enfonce sans que personne ne lui tende la main. Jusqu’à ce qu’il atteigne un point de bascule meurtrier...

La décision de confier à Robert De Niro un rôle d’animateur sans cœur n’est pas innocente. Le destin de Fleck ressemble à celui de Travis Bickle dans Taxi Driver (1976). Le drame emprunte aussi beaucoup à une autre œuvre de Scorsese : King of Comedy (La valse des pantins, 1983). Deux films où De Niro joue le rôle principal.

On pourrait également effectuer des rapprochements avec L’orange mécanique (1971) de Kubrick.

La chose s’avère d’autant plus remarquable que la carrière de Todd Philipps est surtout composée de comédies de potaches (la trilogie des Lendemain de veille). War Dogs (2016) marquait déjà un virage vers un cinéma plus substantiel. Là, c’est du sérieux.

Le plus habile de la mise en scène consiste à filmer l’action du point de vue d’Arthur en jouant sur la réalité et ses illusions. Le tout accompagné d’une musique dissonante qui contribue au climat anxiogène.

Philipps mise sur un découpage classique, mais très efficace. L’esthétique glauque, dans un Gotham des années 1980, renforce le trouble du spectateur sans pour autant le repousser. On notera aussi que même en se tenant à distance de l’univers de DC Comics, Philipps et son coscénariste Scott Silver ont eu l’habileté de faire jouer un court, mais déterminant rôle à Thomas Wayne (Brett Cullen), le père du petit Bruce.

Joker est une œuvre troublante (mais pertinente). Violente? Aussi, mais pas où on pense. Il faut attendre la dernière demi-heure avant que le Joker explose. Mais pendant une heure et demie, la violence psychologique subie par Arthur devient pratiquement intolérable.

C’est bien là toute la force de ce long métrage transformant une victime en monstre qui canalisera la colère et le ressentiment du peuple. Sa métamorphose se nourrit des inégalités sociales, de l’arrogance, du mépris et de la condescendance des 1 % envers le reste de la population.

S’il y a un film qui peut faire trembler les riches et les puissants actuels, c’est bien celui-là...

Au générique

Cote : ****

Titre : Joker

Genre : Drame

Réalisateur : Todd Philipps

Acteurs : Joaquin Phoenix, Zazie Beetz, Robert De Niro 

Classement : 13 ans +

Durée : 2h02

On aime : l’esthétique punk. La magistrale performance de Phoenix. Le propos social. Le climat ravageur. Etc.

On n’aime pas : —