Le pilote Ken Miles (Christian Bale) et le constructeur Carroll Shelby (Matt Damon) unissent leurs forces pour construire une auto qui va rivaliser avec les mythiques modèles Ferrari.

Le film de la semaine: Ford contre Ferrari ***

CRITIQUE / La rivalité de Ford et de Ferrari durant les 24 heures du Mans, dans les années 60, est emblématique d’une époque où les pilotes exceptionnels prédominaient dans la victoire. Ce qu’illustre avec un certain panache le drame biographique de James Mangold, trop conventionnel, toutefois, pour rivaliser avec sa réalité historique.

En 1959, Carroll Shelby devient le premier conducteur américain à triompher aux 24 heures du Mans (au volant d’une écurie britannique). Ce sera la seule victoire étrangère durant l’hégémonie de Ferrari, de 1958 à 1964.

En 1963, Ford tente d’acheter Ferrari. Mais le fondateur Enzo Ferrari va sèchement refuser. Humilié et piqué au vif, Henri Ford II développe une obsession : battre la Scuderia à la célèbre course française. Le typique orgueil masculin...

Il confiera la mission à Shelby (Matt Damon), devenu concepteur automobile. Il engage le talentueux Ken Miles (Christian Bale). L’Anglais offre une combinaison unique : pilote exceptionnel qui n’a pas froid aux yeux et ingénieur mécanique.

Le film à la testostérone dans le tapis propose un duo aux personnalités fortes — aussi obsessifs l’un que l’autre. Damon et Bale, deux acteurs magnétiques, font des flammèches. On a tenté de donner le plus d’épaisseur possible à leurs personnages afin d’offrir à ceux qui ne sont pas mordus des courses d’autos de la matière, en insistant sur la notion du travail d’équipe.

Un bel effort, mais ce drame biographique aux relents d’époque utilise une formule, dont l’efficacité ne se démode pas, mais qui ne prend ironiquement aucun risque — contrairement à Ken Miles.

Le volet familial, avec sa femme Mollie (Caitriona Balfe) et son fils Peter (Noah Jupe), nous offre le côté affectueux de Miles. Un peu plaqué, mais parfois attendrissant, surtout dans l’amour du père envers son garçon.

Évidemment, Ford contre Ferrari prend quelques libertés avec la réalité, mais ses principaux éléments sont véridiques. On a bien sûr poussé le souci jusqu’à reproduire l’époque avec un soin maniaque — dans l’esthétique aussi.

Mangold (Walk The Line, Logan...) a filmé avec le moins d’effets spéciaux possible afin que le spectateur ressente la forte décharge d’adrénaline liée à la vitesse. La caméra est, souvent, installée dans l’habitacle ou à l’extérieur de la voiture, à la hauteur des pneus. Ajouté à ça le vrombissement des moteurs : l’effet est saisissant et les courses, spectaculaires.

L’intérêt du long métrage réside également dans ses colorés personnages secondaires, notamment Leo Beebe (Josh Lucas), l’arriviste vice-président de Ford qui met constamment des bâtons dans les roues du duo Shelby-Miles. On aime le détester.

Les interprétations de Tracy Letts, en Henri Ford II, et de Jon Bernathal, en Lee Iacocca (directeur du marketing chez Ford qui deviendra président de Ford et de Chrysler) sont savoureuses.

Il y a des relents de patriotisme dans ce long métrage où on monte en épingle les succès des Américains contre les déconvenues des Italiens — succès bien minces, dans tous les cas. C’est Ferrari, comme le dit Iacocca dans le film, qui est entré dans la légende du sport automobile et non Ford. À la décharge de Mangold, la compagnie américaine n’a pas toujours le beau rôle.

Ford contre Ferrari assume totalement sa nostalgie. En salle, pendant la représentation, la magie du cinéma fonctionne à plein.

Vroum vroum.

Au générique

Cote : ***

Titre : Ford contre Ferrari

Genre : Drame biographique

Réalisateur : James Mangold

Acteurs : Christian Bale, Matt Damon, Jon Bernthal

Classement : Général

Durée : 2h32

On aime : la reconstitution d’époque. L’adrénaline des courses. La forte présence de Bale et Damon. La trame sonore.

On n’aime pas : la formule. Les relents patriotiques.