Stéphane quitte le Pays basque où il est restaurateur pour la Corée du Sud.
Stéphane quitte le Pays basque où il est restaurateur pour la Corée du Sud.

#jesuislà: L’amour au temps des médias sociaux ** 1/2

CRITIQUE / Il y a 238 ans, Pierre Choderlos de Laclos a publié le célèbre roman Les liaisons dangereuses, composé de 175 lettres. Autre temps, autres mœurs : dans #jesuislà, Stéphane entretient une correspondance avec une Sud-Coréenne par Instagram. Mais le récit relève du même genre d’illusion, celle d’un amour fantasmé…

Le Stéphane en question, joué par Alain Chabat, est un restaurateur sans histoire, qui a hérité de son père d’un établissement au Pays basque. Sa vie se déroule comme un long fleuve tranquille, avec ses deux fils adultes. Jusqu’à ce qu’il se mette à chercher un frisson sur les réseaux sociaux.

Celui-ci prendra la forme de Soo (Doona Bae), une jeune peintre qui incarne l’exotisme et l’aventure. Stéphane décide sur un coup de tête de s’envoler pour Séoul afin de la rencontrer. #jesuislà, écrit-il à son arrivée. Mais la belle lui a fait faux bond…

Par désœuvrement, mais aussi avec le fol espoir qu’elle apparaîtra, il publie des photos de lui «campant» dans l’aéroport pendant… 11 jours !

Éric Lartigau (La famille Bélier) a beau faire preuve d’imagination dans sa mise en scène et Chabat s’en donner à cœur joie, ce deuxième acte s’enfonce rapidement dans la redite. Sa réflexion sur l’interférence des réseaux sociaux avec nos vies demeure superficielle. Tout le monde sait bien qu’on peut être n’importe qui en ligne, s’inventer un avatar plus ou moins éloigné de la réalité.

Cette comédie douce-amère prendra toutefois un nouveau souffle dans le troisième acte lorsque notre quinquagénaire, tout crédule inoffensif qu’il soit, décide enfin de sortir de l’aéroport. Une action qui lui permet de commencer à se réinventer et amène le récit sur autre territoire, celui des relations père-fils, dans un registre plutôt convenu.

Malheureusement, le film s’enfonce aussi dans les clichés lorsqu’il explore la Corée du Sud. Poser son regard sur une autre culture — loin de la sienne — demeure toujours un exercice délicat et difficile. On se serait attendu à mieux d’un scénario auquel a collaboré le talentueux Thomas Bidegain. Surtout qu’il a prouvé plus d’une fois sa sensibilité à la question (Un prophète, Dheepan, Les cowboys).

Soo (Doona Bae) n'est pas celle qu'espérait Stéphane...

En soi, #jesuislà se veut un divertissement sympathique, porté par un Alain Chabat crédible en amoureux transi. Le long métrage repose beaucoup sur ses épaules et il a parfois tendance à beurrer un peu épais. C’est léger, pas transcendant et quand même abracadabrant.

Reste qu’il a le mérite de nous proposer un véritable dépaysement. C’est rêver et voyager à peu de frais...

Au générique

Cote : ** 1/2

Titre : #jesuislà

Genre : Comédie dramatique

Réalisateur : Éric Lartigau

Acteurs : Alain Chabat, Doona Bae

Durée : 1h38