Petrunya (Zorica Nusheva) va récupérer dans la rivière la croix lancée par le prêtre, ce qui va déclencher un scandale.

«Dieu existe, son nom est Petrunya»: Chemin de croix ***

CRITIQUE / Avec un titre comme «Dieu existe, son nom est Petrunya», on se doute bien que le long métrage va jouer (un peu) la carte de la provocation. Satire sociale douce-amère, le film présenté en compétition à Berlin 2019 dénonce avec beaucoup d’à propos le traditionalisme et la misogynie d’une société patriarcale. La réalisatrice a toutefois la main plus lourde dans la deuxième moitié, surtout vers la fin.

La Petrunya (Zorica Nusheva) du titre est tout un numéro. À 32 ans, diplômée en histoire et éternelle chômeuse, elle tente de s’extirper de l’emprise de ses parents — surtout celle de sa mère surprotectrice. Mais il y a peu de place pour des femmes comme elle en Macédoine…

Après une énième entrevue d’embauche ratée, Petrunya aboutit le long de la rivière qui traverse Stip. Chaque janvier, le prête du coin y lance une croix de bois. Des dizaines d’hommes s’affrontent pour la saisir, un gage de chance et de bonheur pour l’année.

Sans réfléchir, la jeune femme plonge à l’eau et retrouve l’objet sacré. Elle s’y accroche : le scandale. Dans cette ville de machos finis, il s’avère impensable qu’une représentante du sexe faible puisse être placée sur un pied d’égalité. Ils l’invectivent, l’intimident, la menacent…

La police s’en mêle et conduit l’impudente au poste. Les représentants de l’ordre et le prêtre font pression. Petrunya semble, par moments, dépassée par les évènements. Ne sous-estimons pas son intelligence : même la coercition ne vient pas à bout de sa détermination.

Bref, tout le monde grimpe sur son dos, mais Petrunya refuse de lâcher prise. Sa seule alliée : une journaliste, scandalisée par le traitement que lui réservent les hommes. Mais Slavica (Labina Mitevska, la sœur de la réalisatrice) joue sur deux tableaux : la reporter cherche à utiliser la cause pour grimper des échelons...

Pour son quatrième long métrage, Teona Strugar Mitevska poursuit dans la veine du cinéma engagé qui dénonce, parfois subtilement, parfois de façon plus frontale, le machisme et le manque d’égalité dans son pays. Ce portrait de la Macédoine évoque un Québec pas si lointain — ça permet de mesurer le progrès, tout en ressentant un sentiment d’indignation.

On rit, jaune la plupart du temps. L’humour, bien acéré et jamais facile, s’avère une arme efficace. D’autant que Zorica Nusheva, actrice de théâtre qui joue souvent dans des comédies, incarne avec beaucoup d’aplomb Petrunya.

Heureusement parce que le scénario perd de son élan dans la deuxième partie, un huis clos au poste de police. Il y a quelques solides plans-séquences, mais il manque l’effervescence de la première moitié.

Et la finale entre un peu, pas mal en contradiction avec la volonté d’indépendance affichée par Petrunya. Ce qui ne gâche en rien l’agréable dépaysement offert par Dieu existe, son nom est Petrunya.

Au générique

Cote : ***

Titre : Dieu existe, son nom est Petrunya

Genre : Comédie dramatique

Réalisatrice : Teona Strugar Mitevska

Acteurs : Zorica Nusheva, Labina Mitevska, Simeon Moni Damevski

Classement : Général

Durée : 1h40

On aime : les thèmes évoqués. La satire sociale. La forte présence de Zorica Nusheva.

On n’aime pas : l’essoufflement vers la fin.