Des cinéastes inquiets du 2e mandat accordé au président de l’ONF

TORONTO — Claude Joli-Coeur a été reconduit dans ses fonctions de commissaire du gouvernement à la cinématographie et de président de l’Office national du film du Canada, malgré un différend avec un regroupement de réalisateurs au sujet de ses choix budgétaires.

Le ministre fédéral du Patrimoine canadien, Pablo Rodriguez, a annoncé jeudi le renouvellement du mandat de M. Joli-Coeur pour trois autres années, poussant plus de 250 cinéastes indépendants réunis sous la bannière du groupe NFB/ONF Création à partager leurs préoccupations.

«L’Office national du film est en crise», a déclaré le réalisateur Chris Landreth, lauréat d’un Oscar, dans un communiqué du groupe.

«Seule une petite partie de l’allocation gouvernementale de l’ONF est maintenant consacrée à la production de films, ce qui se traduit par moins d’oeuvres produites et moins d’opportunités pour les artistes et les cinéastes», a-t-il ajouté.

NFB/ONF Création affirme que le financement dédié à la production de films a connu un déclin de 56 %  au cours des 16 dernières années, tandis que les dépenses consacrées à l’administration, au marketing et aux salaires des dirigeants ont «régulièrement augmenté».

Dans une entrevue téléphonique, vendredi, M. Joli-Coeur a contesté l’affirmation selon laquelle moins d’oeuvres ont été produites.

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Claude Joli-Coeur a relevé que l’ONF a subi deux fortes compressions budgétaires depuis le milieu des années 1990. Il a également reconnu l’allocation d’«une somme considérable à la distribution», ce qui est selon lui essentiel pour aider les films à atteindre un public.

L’ONF déclarera 88 productions pour 2018-2019 lors de son prochain rapport annuel, a-t-il indiqué, comparativement à 72 productions en 2017-2018. Les deux années précédentes comptaient respectivement 67 et 43 projets.

M. Joli-Coeur a relevé que l’ONF a subi deux fortes compressions budgétaires depuis le milieu des années 1990. Il a également reconnu l’allocation d’«une somme considérable à la distribution», ce qui est selon lui essentiel pour aider les films à atteindre un public.

M. Joli-Coeur a également cité le rapport annuel 2017-2018 de l’ONF, qui a été examiné par le vérificateur général du Canada.

Selon ce document, la moitié du budget d’environ 72 millions $ a alors été consacré à la production. Encore une fois cette année, sur un budget de 67 millions $, près de la moitié des fonds sont allés à la production, a avancé M. Jolicoeur.

«C’est malheureusement le plus grand malentendu entre ce groupe et nous. Ils ont écrit à notre conseil d’administration, ils ont rencontré le bureau du ministre, revenant sans cesse avec ces chiffres. Et que pouvons-nous leur dire? Les chiffres que nous utilisons sont les chiffres officiels», a-t-il fait valoir.

Dans un courriel adressé à La Presse canadienne, le cinéaste David Fine, nommé aux Oscars pour son court-métrage d’animation «Animal Behavior», a expliqué que les données du groupe «proviennent de sources internes de l’ONF qui savent avec certitude que les vrais budgets ont été réduits».

Après le dévoilement du plan stratégique de l’ONF à l’automne, M. Joli-Coeur compte résoudre cette affaire en allant à la rencontre des créateurs de l’ONF à travers le pays, ainsi que d’organismes tels que Documentaristes du Canada, la Guilde canadienne des réalisateurs et l’Association des réalisateurs et réalisatrices du Québec.

M. Joli-Coeur a d’abord été nommé commissaire du gouvernement à la cinématographie et président de l’ONF en décembre 2014, pour un mandat de cinq ans, après la démission de Tom Perlmutter.