Jahkor (Ashton Sanders) est conduit en prison, où il retrouve son père J.D. (Jeffrey Right), un homme à qui il a toujours voulu éviter de ressembler.
Jahkor (Ashton Sanders) est conduit en prison, où il retrouve son père J.D. (Jeffrey Right), un homme à qui il a toujours voulu éviter de ressembler.

De l’aube au crépuscule: Dans la peau d’un meurtrier *** 1/2

CRITIQUE / Roma (Alfonso Cuarón) a démontré qu’il était possible d’arriver sur Netflix avec une véritable proposition cinématographique. D’autres ont suivi. Le dernier en liste : Joe Robert Cole. Le fascinant De l’aube au crépuscule (All Day and a Night) demande au spectateur une réelle disponibilité. Parce qu’il offre un angle inédit sur ce qui amène un jeune homme à assassiner froidement un couple sous les yeux de leur fille de 10 ans…

La scène-choc qui ouvre ce drame sans explication mène Jahkor (Ashton Sanders) en prison, où il retrouve son père J.D. (Jeffrey Right), un homme à qui il a toujours voulu éviter de ressembler. Il va donc narrer les évènements qui l’ont conduit à commettre l’irréparable.

Une belle façon de revenir en arrière sur l’enfance de Jahkor à Oakland et son amitié avec TQ (Isaiah John) et Lanmark (Christopher Meyer). Des rencontres qui vont définir son parcours autant que sa relation trouble avec son père, un cocaïnomane agressif et désespéré.

Joe Robert Cole a construit ces aller-retour entre le passé et le présent en prison de façon à ce que, peu à peu, le spectateur comprenne les motivations de Jahkor. Sans prendre parti : le long métrage endosse le point de vue de ce dernier.

Mais le réalisateur-scénariste campe le décor dans lequel Jahkor a grandi : le sexe (un peu), la drogue (beaucoup) et les armes à feu (à profusion). Et où il se retrouve : une prison soumise à la loi de la jungle.

La thèse de Cole : dans ce ghetto de pauvreté endémique, d’abus et de violence, ces fils (et filles, dans une moindre mesure) sont condamnés à répéter les mêmes erreurs. Avec des conséquences tragiques.

Les fils (et filles, dans une moindre mesure) du ghetto sont condamnés à répéter les mêmes erreurs. Avec des conséquences tragiques.

Cole a écrit deux épisodes d’American Crime Story : The People v. O.J. Simpson et co-écrit La panthère noire avant de réaliser ce deuxième long métrage. Le drame ne se distingue pas par son originalité, mais par sa structure et son angle d’attaque.

De l’aube au crépuscule propose une méditation sur la vie de gangsta, sans la gloriole et le bling-bling habituel. La gratification n’est pas immédiate, mais le film finit par se glisser sous la peau. Pour essayer de comprendre Jahkor, un personnage pas particulièrement sympathique au premier abord.

Mais Ashton Sanders laisse voir sa vulnérabilité sous l’armure. Remarqué dans le rôle de Chiron dans le magnifique Moonlight, le jeune interprète se révèle totalement convaincant. Il se devait de l’être face à Jeffrey Wright (le Felix Leiter des James Bond), surtout dans leurs face-à-face compliqués en prison...

Il faut évidemment souligner le superbe travail à la direction photo de Jessica Lee Gagné. Originaire de Québec, la jeune femme, qui a collaboré avec Denis Côté et étudié avec Chloé Robichaud au cégep Garneau, commence à se forger une réputation enviable aux États-Unis. Ce film annonce d’autres belles choses pour elle.

«L’esclavage a appris aux noirs à survivre, mais pas à vivre», souligne Jahkor au début et à la fin du long métrage. Un triste constat, mais qui invite à la réflexion. Et à l’empathie. Parce que beaucoup vivent en prison dès leur naissance. Les murs ne sont virtuels que pour un temps...

De l’aube au crépuscule est disponible sur Netflix

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : De l’aube au crépuscule

Genre : Drame

Réalisateur : Joe Robert Cole

Acteurs : Ashton Sanders, Isaiah John, Jeffrey Right

Durée : 2h00