Yánis Varoufákis (fascinant Christos Loulis) en discussion avec le premier ministre Alexis Tsipras (Alexandros Bourdoumis).
Yánis Varoufákis (fascinant Christos Loulis) en discussion avec le premier ministre Alexis Tsipras (Alexandros Bourdoumis).

Conversation entre adultes : La vraie tragédie grecque *** 1/2

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
CRITIQUE / Costa-Gavras a atteint un âge — 87 ans — où beaucoup de cinéastes ont rangé leur caméra ou sombrent dans la redite et la caricature. Pas lui. Après un Capital (2012) à moitié réussi, il revient en force avec Conversation entre adultes, docudrame engagé mené tambour battant qui démonte les rouages de la vraie tragédie où s’est empêtrée la Grèce en raison de sa dette publique.

Le long métrage débute en 2015, lorsque la gauche obtient le pouvoir dans un pays en lambeaux. La crise sévit depuis déjà sept ans et la Grèce est au bord du gouffre. Alexis Tsipras (Alexandros Bourdoumis), le nouveau premier ministre, confie les finances à l’anticonformiste Yánis Varoufákis (fascinant Christos Loulis) — veste de cuir, chemises colorées, cheveux rasés, à l’antipode du politicien type.

Varoufákis, porté par le mandat du peuple, doit renégocier les termes de l’aide à son pays endetté. David affronte le Goliath que forme la troïka (la Commission européenne, le Fonds monétaire international et la Banque centrale européenne). Ses représentants sont intransigeants, en particulier le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble (Ulrich Tukuer).

Mais ils ne s’attendaient pas à trouver sur leur chemin un homme aussi déterminé que Varoufákis, bien décidé à restructurer la dette pour mettre fin à l’austérité qui étouffe les pauvres et la classe moyenne.

Pour son film, Costa-Gavras s’est inspiré du livre de Varoufákis, Conversations entre adultes. Dans les coulisses secrètes de l’Europe (2017) et, surtout, des enregistrements réalisés par ce dernier. Les discussions y sont surréalistes, les manœuvres grossières et le capitalisme effréné mène le bal (la troïka veut surtout sauver les banques et l’euro; la détresse des Grecs leur passe 1000 mètres par-dessus la tête).

Les technocrates et politiciens disent des choses en privé et une autre en public. Ce qui inspirera à Christine Lagarde, la DG du FMI, cette tirade appropriée : «il nous faut des adultes dans cette pièce»…

L’anticonformiste Yánis Varoufákis (fascinant Christos Loulis) devant la Commission européenne.

Costa-Gavras devait éviter un piège particulier : il est de notoriété publique que Yánis Varoufákis a démissionné sous les pressions de la troïka après que son PM l’eut largué. Le film débute donc sur ce départ et revient en arrière de cinq mois, après l’élection.

Le réalisateur réussit à nous présenter cet envers du décor comme un suspense, porté par le jeu frondeur de Christos Loulis. Mais le sujet reste très complexe. Et dans son effort de vulgarisation, Conversation entre adultes n’évite pas redites et longueurs.

De plus, on voit peu les effets réels de cette crise sur le peuple, la pauvreté endémique, les pensions de retraite envolée, les salaires faméliques… Mais un travelling, au début, qui montre tous les commerces fermés, alors que Varoufakis traverse l’artère en taxi, a une force d’impact suffisante pour que le spectateur s’imagine la situation des gens.

Car, justement, le réalisateur de Z et L’aveu démontre qu’il manie toujours aussi bien la caméra, diversifiant le cadrage et les mouvements. Il évite ainsi une forme de redondance.

Nous reste à saluer le courage politique de Costa-Gavras. Le cinéaste franco-grec continue à tenir haut le flambeau des valeurs fondamentales des droits de l’homme.

On peut le visionner Conversation entre adultes sur la plateforme du cinéma du Parc à partir du 22 mai ; sur les autres sites de vidéo sur demande à compter du 2 juin.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Conversation entre adultes

Genre : Docudrame

Réalisateur : Costa-Gavras

Acteurs : Christos Loulis, Alexandros Bourdoumis, Ulrich Tukuer

Durée : 2h04