Des manifestants, en majorité des femmes, criaient «Enfermez Polanski!» avant la cérémonie.

César: Polanski primé malgré les protestations 

PARIS — Le cinéaste Roman Polanski, visé par des accusations de viol, a été primé vendredi soir lors de la 45e cérémonie des César, équivalent français des Oscars, pour son film J’accuse, au grand dam de manifestants qui clamaient de l’«enfermer».

Ce film sur une affaire d’espionnage, qui donna lieu à un déferlement antisémite et une erreur judiciaire dans la France des années 1890, a obtenu le César de la meilleure réalisation.

Moins de deux heures avant le début de la cérémonie, des manifestants, en majorité des femmes, avec des fumigènes ont tenté d’approcher de la salle Pleyel à Paris, où se tenait la soirée, protégée par des policiers et des barrières métalliques en criant «Enfermez Polanski!». La police a repoussé ceux qui tentaient de renverser des barrières.

«On veut interpeller le milieu du cinéma qui peut soutenir [l’actrice française] Adèle Haenel, qui dénonce des faits d’agressions sexuelles et dans le même temps, avec une hypocrisie incroyable, soutient Roman Polanski», a expliqué Céline Piques, porte-parole du mouvement Osez le féminisme à une journaliste de l’AFP.

Les manifestantes lançaient des slogans hostiles au cinéaste comme «Polanski violeur, cinéma coupable, public complice».

L’actrice française Adèle Haenel, qui accuse d’agressions sexuelles un autre réalisateur, Christophe Ruggia, a quitté la salle en manifestant son dégoût après l’annonce du prix remis au cinéaste franco-polonais.

Dénonçant un «lynchage public», Roman Polanski avait décidé de ne pas se rendre à cette grand-messe annuelle du cinéma français, tout comme l’équipe de son film J’accuse, y compris l’acteur Jean Dujardin qui joue le rôle principal.

Thriller historique

Ce thriller historique sur un des grands scandales politiques de l’histoire de la France moderne suscitait déjà la polémique en étant largement représenté dans les nominations (12 au total), malgré des critiques mitigées. Ses rivaux étaient notamment le film de Ladj Ly sur les banlieues, Les Misérables (12 nominations aussi et César du meilleur film), et Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, qui en comptait 10, et repart avec zéro récompense.

La perspective d’une pluie de récompenses au cinéaste franco-polonais de 86 ans avait été jugée inacceptable par une partie de l’opinion publique et les féministes, en pleine ère post-MeToo.

Toujours poursuivi par la justice américaine dans le cadre d’une procédure pour détournement de mineure déclenchée en 1977, Roman Polanski est visé par une nouvelle accusation de viol.

La photographe française Valentine Monnier affirme avoir été frappée et violée par le cinéaste en 1975 en Suisse quand elle avait 18 ans. Son témoignage s’ajoute aux accusations de plusieurs femmes ces dernières années, pour des faits prescrits.

«Regrets» de Costa Gavras

Le réalisateur Costa Gavras a regretté pour sa part que «Roman Polanski et l’équipe du film ne soient pas là». «Les nominations pour le film ont été décidées démocratiquement», a-t-il estimé, ajoutant qu’«il faut distinguer l’homme et l’œuvre».

Adèle Haenel, qui avait créé un séisme dans le cinéma français à l’automne avec son témoignage, a estimé lundi dans une interview au New York Times que «distinguer Polanski, c’est cracher au visage de toutes les victimes».

La réalisatrice Céline Sciamma, très impliquée pour la parité dans le cinéma, était pressentie pour éventuellement devenir la deuxième femme à remporter le César de la meilleure réalisation, après Tonie Marshall pour Vénus Beauté (Institut), en 2000.