Juliette Binoche se glisse dans la peau d'une cinquantenaire qui se crée un faux profil sur les réseaux sociaux d'une femme de la moitié son âge.

Celle que vous croyez: Jouer avec le feu *** 1/2

CRITIQUE / Le jeu de la séduction se définit par les masques que l’on porte, puis qu’on laisse tomber. Dans «Celle que vous croyez», Claire, magnifiquement interprétée par Juliette Binoche, en repousse les limites. Jusqu’à se brûler. Un récit bouleversant qui offre beaucoup de matière à réflexion sur la peur de l’abandon, la passion, le désir et la possibilité de vivre une autre vie par procuration. Et, surtout, le refus de vieillir.

Safy Nebbou (L’autre Dumas) a trouvé une vértitable richesse thématique en adaptant librement le roman de Camille Laurens.

Claire est une universitaire qui souffre de sa séparation. Elle s’offre à Ludo (Guillaume Gouix), mais le jeune homme a peu d’égards pour la cinquantenaire. Dépitée, Claire se crée un faux profil d’ingénue sur les réseaux sociaux pour l’épier. Clara, son avatar, va se lier avec Alex (François Civil), le meilleur ami de son amant.

Ils vont, virtuellement, tomber follement amoureux. Prisonnière de son mensonge, et excitée par celui-ci, Claire retarde sans cesse leur première rencontre dans le «vrai monde»…

La construction de Celle qui vous croyez permet à Nebbou d’en dévoiler des bribes au fil des entretiens de la femme blessée avec sa psychologue (Nicole Garcia). Les échanges sont fascinants parce qu’ils nous laissent saisir la personnalité complexe de cette mère de deux enfants qui refuse de se conformer et de se soumettre aux normes sociales.

Cet esprit rebelle dissimule toutefois des cicatrices. Et une négation, un peu puérile, du vieillissement (et du rejet qui vient avec). Claire confie candidement sa dépendance à l’amour et au désir.

Évidemment, la perspective est ici renversée. L’histoire serait plus banale s’il s’agissait d’un homme qui vivait ce fantasme.

En traçant un parallèle avec Les liaisons dangereuses (1782) de Pierre Choderlos de Laclos au tout début, le réalisateur prévient le spectateur. Même s’il est complice de la manœuvre de Claire, le film jouera constamment sur le vrai et le faux, la réalité et la fiction — les deux côtés d’une même médaille, à l’image de cette femme dédoublée.

Safy Nebbou en profite pour proposer une mise en scène qui repose beaucoup sur les effets de miroir et de reflets, notamment dans les cadrages. On sent d’ailleurs une certaine jubilation dans l’utilisation de la caméra.

Celle que vous croyez réserve quelques surprises, dont la fin ouverte, mais il faut tout de même passer outre certaines astuces scénaristiques cousues de fil blanc.

Mais Juliette Binoche est tellement incarnée que le spectateur se retrouve totalement captivé par sa présence — la superbe actrice révèle la douce folie de Claire, mais aussi sa profonde détresse.

À l’ère du paraître, les réseaux sociaux sont une manipulation de notre image publique. Celle que vous croyez en fait une démonstration éclatante, avec une évidence, trop souvent reléguée aux oubliettes de notre conscience : ce qui se passe dans le virtuel finit toujours par avoir un impact dans le réel!

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Celle que vous croyez

Genre : Drame

Réalisateur : Safy Nebbou

Acteurs : Juliette Binoche, François Civil, Nicole Garcia

Classement : 13 ans +

Durée : 1h42

On aime : les nombreux thèmes abordés. L’abandon de Juliette Binoche. La complexité du personnage principal.

On n’aime pas : certains moments moins crédibles.