Ciné-Parc Orford : 50 ans de vues à la belle étoile

C’est une année pivot pour le Ciné-Parc Orford. Non seulement il fête son demi-siècle, mais il amorce aussi sa saison sous la gouverne de nouveaux propriétaires. En pleine pandémie, qui plus est.

« Disons que c’est un baptême de feu! » résume François Pradella, qui est aux commandes du commerce estival avec son associé Yvan Fontaine. 

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Les deux hommes d’affaires ont acheté l’entreprise en décembre dernier. Juste avant l’arrivée du coronavirus. 

Pour eux, qui œuvraient déjà dans le milieu des bobines (le premier est propriétaire du Cinéma Magog, le deuxième dirige le Cinéma Quartier de Québec et le cinéma Princesse à Cowansville), la transaction venait maximiser leurs activités cinématographiques pendant l’été.  

« C’est une sphère complémentaire aux cinémas. Les films présentés en salles attirent le public lorsque le temps est à la pluie, mais lorsqu’il fait beau, les gens préfèrent les visionnements en plein air. Quand l’entreprise estrienne a été mise en vente l’automne dernier, on s’est dit que l’occasion était belle », raconte M. Pradella. 

Pour amorcer joliment sa jeune cinquantaine, l’institution de la rue Roméo-Lacroix a subi une petite cure de jouvence. 

Les murs ont été repeints, les toilettes ont été changées, les caisses enregistreuses ont été remplacées par des ordinateurs à écran tactile et de nouvelles machines à breuvages ont été ajoutées au décor.  

« Avec l’idée de mieux gérer le trafic au restaurant et à l’entrée, on a optimisé l’espace de la cantine et on veut élargir l’accès en ajoutant des guérites », souligne M. Pradella. 

Les travaux de rénovation ont permis de donner un look un peu plus moderne à l’endroit, qui a connu diverses vocations avant d’être converti en cinéma extérieur.  

« Le terrain a déjà été occupé par une ferme ainsi que le Sherbrooke Autodrome. Sur Google Earth, on voit d’ailleurs encore une partie de la piste de course », remarque François Pradella. 

Les lieux chargés d’histoire accueilleront éventuellement deux nouveaux écrans, achetés dans le coin de Drummondville. 

« Ils se trouvaient sur le site d’un ancien ciné-parc et n’étaient pas utilisés. On espère pouvoir en installer un des deux au cours de l’été », note M. Pradella. 

Les nouveaux proprios misent sur l’engouement des dernières années pour les projections extérieures, qui semble généralisé dans la province.

Les associés Yvan Fontaine et François Pradella ont racheté le Ciné-Parc Orford en décembre dernier. Ils ont lancé leur saison des projections en plein air vendredi.

Nouvel élan

André Monette a passé sa vie dans le monde des vues. Lui qui a tenu les rênes du Ciné-Parc Orford de 1992 jusqu’en 2014 est d’ailleurs toujours copropriétaire du Ciné-Parc Saint-Hilaire. Au fil des décennies, il y a eu des années fastes, des périodes creuses. 

« À une certaine époque, ça roulait tempête, il y avait plus d’une quarantaine de ciné-parcs au Québec. Plusieurs ont fermé leurs portes. Au fil du temps, des promoteurs ont racheté les terrains et ont construit des ensembles résidentiels sur ceux-ci », note-t-il. 

Après un cycle plus difficile, la popularité de la poignée de ciné-parcs toujours en service a gagné des galons. 

« Pour dire à quel point les choses vont bien, notre meilleure saison, à Saint-Hilaire, c’était l’an dernier », confirme André Monette. 

L’arrivée du numérique, il y a quelques années, et l’amélioration de la qualité de l’image qui a suivi a marqué un important tournant.  

La sortie est aussi devenue résolument familiale. 

« Il y a eu une époque où on projetait surtout des films d’action, mais maintenant, les programmations sont beaucoup pensées en fonction des familles. Une soirée à la belle étoile, c’est spécial pour les enfants, c’est quelque chose qui s’imprime dans leurs souvenirs. Le cinéma, c’est une passion, c’est ma vie, et de tout temps, c’est très motivant de vendre du rêve et du divertissement. »

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Repenser le ciné

Après avoir jonglé avec un début de saison incertain en raison de la COVID-19, les propriétaires du Ciné-Parc Orford ont enfin eu le go du gouvernement pour ouvrir les guérites ce week-end. À certaines conditions, il va de soi. 

« Au départ, il était question d’une ouverture le 19 juin seulement, alors on a dû vite s’organiser, installer des plexiglas, commander des visières pour les employés, ces trucs-là. Les derniers jours ont été un sprint pour tout préparer et aménager », résume M. Pradella.   

Parce que les voitures doivent être stationnées à deux mètres les unes des autres, le site pourra être rempli à environ 85 % de sa capacité. Les clients doivent évidemment respecter la même distance sécuritaire entre eux lorsqu’ils sortent de leur véhicule. 

Le plus complexe à gérer, c’est évidemment la cantine et les toilettes, endroits plus exigus où il fallait trouver une façon de respecter les mesures de distanciation sociale. 

« La livraison des collations à l’auto a été envisagée, mais avec la noirceur, et au nombre de voitures sur le terrain, c’était peu réaliste », remarque M. Pradella.

Bon an, mal an, le petit restaurant génère entre 30 % et 40 % du chiffre d’affaires. Le fermer pour l’été n’était pas une option.

« On a finalement tranché pour des commandes à emporter. » 

Les gens devront faire la file dehors, il y aura un nombre maximum de clients à la fois à l’intérieur et chacun devra se laver les mains avant d’entrer.

Même chose pour les salles de bain, qui seront désinfectées entre chaque projection. Toilettes portables et lavabo seront aussi installés sur le site. 

Ça, c’est l’aspect logistique. 

Les films à mettre au menu, c’est l’autre gros défi que doit relever l’administration ces semaines-ci. Pas évident de bâtir une programmation alors que la plupart des studios ont annoncé le report de leurs productions. 

« L’été est habituellement une importante saison cinématographique, mais les distributeurs ne veulent pas aller de l’avant avec leurs gros canons si les salles de cinéma sont fermées. Il y a des nouveautés annoncées à partir de la mi-juillet, on sait qu’on va donc pouvoir présenter Mulan, Wonder Woman 1984, Tenet, Bob L’éponge, Première mission et Connectés, par exemple. Mais d’ici là, c’est un petit casse-tête », confie M. Pradella, qui a choisi de lancer la saison avec des films récents qui ont peu vécu à l’écran parce qu’ils sont sortis juste avant le confinement, soit Bloodshoot, Mauvais garçons pour la vie, En avant et L’appel de la forêt.