Dans les prochaines semaines, Michel Rivard passera à Weedon, Eastman et Saint-Camille pour livrer ses Chansons au creux de l’oreille.

Chuchoter 40 ans de métier

Michel Rivard s’était dit qu’il consacrerait la présente année strictement à l’écriture. Mais on n’éloigne pas aussi facilement la scène de l’auteur-compositeur-interprète. Notant que 2017 marquerait les 40 ans de son premier disque solo, Méfiez-vous du grand amour, le musicien a trouvé le prétexte beau pour retourner voir son public seul, sans son Flybin Band, dans une atmosphère des plus intimes.

« J’ai donc changé de projet. Les 40 ans, c’est une excuse, dit-il en riant. J’ai eu très envie de renouer avec ma toute première motivation de folk singer, avant même Beau Dommage. J’avais déjà donné des spectacles en solo ponctuellement, mais jamais dans une tournée aussi étoffée. »

Les représentations des Chansons au creux de l’oreille ont donc commencé en juin par le réseau des salles de l’est du Québec (ROSEQ) et se poursuivent cet automne. En six mois, Michel Rivard aura donné une quarantaine de spectacles. Et il semble que le public avait aussi très hâte de le revoir : quatre de ses cinq haltes en Estrie sont à guichets fermés.

Le chanteur tenait vraiment à se produire dans de petites salles. « Jusqu’à maintenant, c’est un grand plaisir, celui de l’intimité, de me permettre d’être simplement assis devant les gens, avec une feuille de route qui va de mes balbutiements jusqu’à des trucs inédits, le tout avec de la poésie, de la jasette improvisée, des choses drôles. C’est une vraie rencontre. Je ne vois pas passer les soirées. »

Mais n’attendez pas une rétrospective de ses huit albums originaux. Michel Rivard a privilégié un tour de chant plus organique.

« Le choix des chansons, c’est toujours un casse-tête, mais pas désagréable. J’ai des espèces de catégories dans ma tête, qui me font dire : à ce moment-là, il me faudrait une pièce de tel type. Je me permets parfois des changements d’un soir à l’autre. J’essaie d’équilibrer les choses entre les chansons plus tragiques, les plus poétiques, celles qui font rire ou sourire. Mais je me rends compte que j’en ai beaucoup. »

Dépoussiérer les dormeuses

Quant au dépoussiérage de celles qui ont longtemps dormi, il s’avère plus simple. « Je n’ai pas besoin de me casser la tête pour réactualiser l’arrangement : je n’ai qu’à retourner à la forme de départ, guitare et voix. Mais dans certains cas, il a fallu que je me remémore les accords. En fait, ce spectacle me fait beaucoup retravailler ma guitare. Rick Haworth n’est pas là pour les solos. »

Les chansons qu’il a écrites pour Beau Dommage font partie du lot. « Je les considère comme les miennes au même titre que les autres. Il manque les harmonies de voix… mais parfois, le public les fait! »

Parmi les plus confidentielles, Michel Rivard en a retenu aussi bien de son premier opus, comme Le plus fou des deux, que de son plus récent, telles Dans l’bois et Ma sœur la lune.

« Mais ma chanson préférée, ce sera toujours la prochaine, car j’ai sans cesse le goût d’en écrire une meilleure. »

Quant au projet d’écriture, est-il enclenché? « Je ne veux pas trop en parler, parce que je suis trop dedans en ce moment et que je ne sais pas encore la forme que ça va prendre. Disons je me dirige vers un spectacle de chansons originales dans un an, un an et demi. Mais il y a dans Chansons au creux de l’oreille un début de deuxième partie qui donne une idée de la direction où je m’en vais. »

Les vrais trophées

Lors de la dernière émission de Tout le monde en parle, les téléspectateurs ont pu revoir Michel Rivard 35 ans plus tôt, sur la patinoire de la Ligue nationale d’improvisation, en train de déclarer : « Les jeunes, lâchez la drogue et improvisez! » Le comédien Claude Legault venait en effet de raconter à Guy A. Lepage que c’était cet appel qui l’avait convaincu de se lancer dans l’impro, ce qui l’avait sauvé de ses dérives d’adolescent.

« Claude m’en avait déjà parlé, confie Michel Rivard. Je trouve ça extraordinaire! Ça montre toute la force de l’impro, car c’est une phrase que j’ai improvisée sur le moment. Elle avait un ton humoristique, mais je la pensais vraiment. C’est un grand honneur d’apprendre que cette phrase a eu une telle résonance, pour Claude et pour d’autres. Les véritables trophées, ils ne sont pas à l’ADISQ ni aux Gémeaux : ce sont les gens qui nous disent qu’une de tes phrases ou de tes chansons est venue changer leur vie ou leur faire du bien. C’est encore le plus cadeau que je peux avoir. »

Vous voulez y aller:

Chansons au creux de l’oreille
Michel Rivard
Vendredi 3 novembre, 20 h
Centre culturel de Weedon
Entrée : 39 $

Discographie (albums originaux):

1977 - Méfiez-vous du grand amour
1979 - De Longueuil à Berlin
1983 - Sauvage
1987 - Un trou dans les nuages
1992 - Le goût de l’eau... et autres chansons naïves
1998 - Maudit bonheur
2006 - Confiance
2013 - Roi de rien