Christina Toth

Christina Toth : de Sherbrooke à New York

Christina Toth avait déjà participé à quelques-unes des productions théâtrales du Triolet de Sherbrooke, où elle a fait son secondaire. Mais c’est à Ham-Sud qu’elle a eu la véritable piqûre pour la scène. L’actrice, qui a grandi en Estrie, mais qui habite aujourd’hui New York et qu’on peut voir dans la populaire série de Netflix Orange is The New Black, a trouvé dans les ateliers théâtraux de Rita Lafontaine un élan pour se lancer dans le métier, l’été de ses 18 ans.

« C’est à partir de ce moment-là que j’ai su que c’était ma voie. Rita a été pour moi une précieuse mentore. Elle m’a aussi coachée quand j’ai fait le saut à Montréal. On était très proches, c’est une femme avec qui j’ai eu une connexion d’exception. »

Le genre de connexion qui ne se produit pas si souvent. 

« À la blague, elle disait souvent qu’on faisait de la télépathie, elle et moi, mais c’est vrai qu’on avait un lien particulier. C’est drôle parce qu’on partageait la même date d’anniversaire. Sa façon de travailler a beaucoup influencé la comédienne que je suis, je me reconnaissais dans son approche théâtrale. Lorsqu’elle est décédée, j’étais à Bruxelles, où je performais dans un projet coproduit par la compagnie montréalaise Les Deux Mondes. Je n’ai pas pu être là et son départ m’a vraiment affectée. Mais tout ce qu’elle m’a appris fait partie de qui je suis, ça m’accompagne encore, Rita est tout le temps avec moi, de cette façon. » 

L’importance de décoder le sous-texte est l’un des précieux enseignements que retient Christina.  

« Parfois, ce qui est écrit sur la page ne reflète pas nécessairement ce que le personnage veut dire. Il y a différentes couches d’émotions dans un texte. Par exemple, ‘‘Va acheter du pain’’ peut signifier : ‘‘je t’aime’’. Quand je découvrais mon personnage dans OINB, on recevait les épisodes un à la fois, au fur et à mesure qu’on tournait. Chaque nouvelle petite info venait nourrir ma vision et mon jeu. Rita imageait en disant : tu prends ça et tu l’ajoutes dans ton bouillon. C’est ce qui fait que les personnages gagnent en densité et en profondeur, parce qu’on leur greffe des dimensions. »

Dans Orange, l’Annalisa qu’elle incarne est souvent vue comme une méchante un peu tordue qui manigance par en-dessous pour parvenir à ses fins

« J’ai essayé de la comprendre, de saisir ses motivations et j’ai en fait beaucoup d’empathie pour elle. Je pense qu’elle n’agit pas sournoisement, elle fait seulement du mieux qu’elle peut dans le contexte. C’est une petite blonde qui ne pourrait pas s’imposer par la force physique dans le milieu carcéral. La prison, c’est un environnement dur, violent. Sa façon à elle de tirer son épingle du jeu, de survivre dans cette jungle, c’est de montrer qu’elle est capable d’être dangereuse autrement, en utilisant son intelligence. »

Pour donner du relief à son personnage, traduire ses manques et habiter ses travers, la comédienne a beaucoup travaillé sa posture et son maintien physique. 

« Le parcours que j’ai en danse me sert beaucoup. Le comportement corporel de quelqu’un, ses manies, sa forme physique, ça nous informe sur son état intérieur et sa personnalité. Annalisa est accroc à l’OxyContin. J’ai fait mes recherches pour voir comment cette drogue affectait le physique d’une personne qui en consomme ou qui est en manque. J’ai utilisé servie de ça pour construire mon personnage. Après, bien sûr, il y a tout ce qui se passe sur un plateau qui entre en ligne de compte. On est plusieurs acteurs, il y a les réactions des uns et des autres qui influencent notre jeu. Ça prend de l’écoute et de la flexibilité. » 

Dans la série Orange is the New Black, Christina Toth incarne l’inquiétante Annalisa.

Dernière saison

Lancée sur Netflix cet été, la septième saison d’Orange is the New Black est aussi la dernière de la populaire série. 

« Sur le plateau, il y avait beaucoup de tristesse parce que l’aventure prenait fin. De mon côté, j’ai fait partie des deux dernières saisons seulement, mais je ressens une grande fierté d’avoir été de ce projet. Avec Orange, Netflix a marqué un grand coup. C’était il y a six ans tout juste, mais ça a changé le visage de la télévision, parce que c’est la série qui a en quelque sorte pavé la voie à une nouvelle façon d’écouter des séries, avec un service en ligne », dit la Québécoise, qui est parfaitement bilingue et dont l’anglais ne laisse percevoir aucun accent franco. 

« J’ai été élevée dans les deux langues, j’écoutais des films et je lisais des livres en anglais, mais comme je n’ai pas grandi aux États-Unis, j’avais quand même un accent. J’ai travaillé fort pour le gommer, parce que ç’aurait pu être un frein à l’obtention de rôles. Mais j’adore les langues. C’est pour moi une grande source de fascination. Je parle aussi italien. J’ai étudié cette langue à l’Université de Sherbrooke, c’est là que j’ai obtenu une bourse pour aller me perfectionner pendant un été en Italie. Après ça, je devais faire un cours intensif d’été pendant six semaines à New York et revenir à la maison. Mais après deux semaines, j’ai appelé ma mère pour lui dire que je m’y installais. » 

Il y a aussi que la Neighborhood Playhouse School of the Theatre lui ouvrait ses portes en grand. C’était il y a neuf ans. Elle n’a jamais quitté l’endroit depuis. 

« Je le sentais à l’intérieur, je savais que j’avais trouvé ma place. C’est très difficile de percer le marché new yorkais, mais c’est aussi un milieu très stimulant. Ça n’a pas été facile, au début. Mais j’ai choisi de transformer les obstacles en sources de motivation. »

Cette attitude de championne lui a sans doute permis de mieux traverser la froide saison, alors qu’elle a été très, très malade.  

« On a dû m’opérer aux poumons en raison d’une sévère pneumonie qui mettait ma vie en danger. C’était en février, j’étais en train de tourner Orange. Il me restait deux épisodes. Tout le monde sur le plateau a été d’un grand support, comme une vraie famille. Après l’opération, on m’a dit que mon poumon était rempli d’eau à 80 %. Une journée de plus, et je ne serais probablement pas là, aujourd’hui... Quand ce genre de choses arrivent, c’est un wake-up call. Je regarde l’avenir avec un nouveau bagage. Une force différente. » 

Sa participation dans la série de Netflix lui a donné une nouvelle visibilité. En Amérique et ailleurs.

« Il faut toujours que j’auditionne pour les projets, bien sûr, mais pour la première fois de ma carrière, des gens de partout dans le monde m’écrivent des courriels. Des fans d’Australie, du Brésil, du Japon, de Londres. C’est quand même assez fantastique », dit celle qui ne dirait pas non à un projet québécois. 

« Je suis intéressée par les beaux projets, qui sont portés par des personnes qui ont une vision. J’ai le goût de faire de la scène autant que de la télé et du cinéma. J’espère que les portes vont s’ouvrir dans cette voie, peu importe où. Et s’il y a des offres au Québec, je vais toujours les considérer. »

Christina Toth

Des racines sherbrookoises

Si elle aime sa vie new yorkaise, Christina Toth apprécie aussi les moments où elle « revient à la maison », dans le décor montagneux du Sherbrooke où elle a grandi. 

« J’ai eu une enfance très heureuse, une enfance pendant laquelle j’ai pu explorer toutes sortes de disciplines sportives et artistiques. J’ai fait de la natation, de la danse, beaucoup d’activités extérieures. Ma mère m’a élevée en me laissant beaucoup de liberté pour que je trouve ma voie, elle a su créer un environnement propice pour me permettre d’exploiter mon plein potentiel. Lorsque je viens passer quelques jours dans le coin, je savoure le calme, je fais des activités en plein air, je vais marcher dans les sous-bois ou bien autour du lac des Nations avec ma mère, je vais déjeuner avec la famille et les amis dans les chouettes petits cafés de la ville. Je fais des choses simples, finalement, mais qui me font beaucoup de bien. »

Des mots d’ici aux États-Unis

C’est un peu (beaucoup!) grâce à Christina Toth si les mots de l’auteur québécois Guillaume Corbeil rayonneront jusque dans la Grosse Pomme. 

« J’ai rencontré Guillaume alors que j’étais à Bruxelles, il y a trois ans, lors de la lecture publique d’un de ses textes. Je lui ai demandé s’il avait une version anglophone parce que je voyais que ça pouvait trouver un bel écho à New-York. »

L’auteur (qui a notamment cosigné avec Yan Giroux le scénario du film sur le poète estrien Yves Boisvert, À tous ceux qui ne me lisent pas) lui a envoyé le texte dans sa mouture anglophone. 

 « Je suis artiste en résidence dans une compagnie, ici. J’ai remis le texte à mon directeur artistique. Il a aimé : on est en répétition actuellement. » 

La pièce See You sera présentée en septembre, au théatre The New Ohio, à New York. 

« En tant que Canadienne française, amener une œuvre québécoise à New York, ça me ravit. Le style du texte fait très Beckett et Shakespeare, mais le sujet est vraiment contemporain. Ça parle des médias sociaux. Moi, ça m’affecte beaucoup la tendance qu’on a à s’isoler à travers les médias sociaux. Ils permettent de nouer ou de maintenir des liens, soit, et ça, c’est formidable, mais ils créent aussi des distorsions, de la solitude. La pièce illustre ça. C’est vraiment une peinture de ce qui peut arriver, pour le meilleur comme pour le pire. On est cinq acteurs à porter le texte. Ensemble, on fait entendre une voix sur le sujet, une proposition, en quelque sorte. Après ça, c’est aux gens dans la salle à se forger leur propre idée. »