Avec Absolue de mémoire, son exposition de textes et photos présentée du 10 septembre au 19 octobre à la Galerie d’art du Centre culturel de l’UdeS, l’écrivaine et professeure Christiane Lahaie ajoute les arts visuels à sa palette.

Christiane Lahaie, femme de lettres et d’images

On connaît déjà le talent d’auteure de Christiane Lahaie. On découvrira bientôt son savoir-faire photographique : l’écrivaine et professeure de création littéraire et de cinéma expose ses images pour une première fois.

« C’est une première, mais en fait, ça fait 30 ans que j’attends ce moment », dit celle qui est aussi directrice du département des arts, langues et littératures de l’Université de Sherbrooke. 

C’est Suzanne Pressé, coordonnatrice des expositions et de l’animation à la Galerie d’art du Centre culturel, qui a proposé l’espace Découverte à l’enseignante.

« J’ai réfléchi deux nanosecondes avant de dire oui », dit celle qui s’adonne à la photographie depuis de très nombreuses années, suffisamment pour avoir déjà développé ses clichés en chambre noire. 

« Je suis très visuelle. J’ai même déjà fait un film de fiction en format 16mm, lorsque j’avais 17 ans. Les arts occupent une grande place dans ma vie depuis longtemps. Je raconte des histoires avec les mots, mais j’aime aussi utiliser les images. C’est une démarche différente, un langage autre qui permet d’aller ailleurs. »

Dix-huit photographies tissent le parcours que l’artiste a imaginé. Certaines ont été un peu retouchées, d’autres pas. Toutes sont imprimées sur papier glacé et collées sur des panneaux de bois peints en blanc. 

« Je voulais que ça ressemble à de vieilles photographies qu’on aurait retirées d’un album. C’est un projet unifié de l’ordre du fragment, pour lequel j’ai fait le choix du noir et blanc. Certaines photos ont été prises ces dernières années, mais j’ai réalisé la plupart des clichés au cours de l’été. »

Le thème de la mémoire a été un précieux fil d’Ariane, le lien entre toutes les images. 

« La mémoire, c’est une étrange mécanique. On ne se souvient pas d’une chose en particulier, mais plutôt d’un rappel. Une odeur ou une chanson va nous catapulter, de façon tout à fait inattendue, dans le souvenir d’un moment passé. J’ai donc voulu créer des images évocatrices mais imprécises en même temps. On ne sait pas toujours ce qui figure sur la photo et c’est voulu. » 

Parce que la mémoire s’effrite et se détricote au fil du temps. Elle nous joue des tours, aussi, et nous surprend par la beauté qu’elle réveille autant que par le flou dont elle est souvent nimbée.

Des mots et des lettres

Les mises en scène que Christiane Lahaie a immortalisées mettent souvent des objets en exergue. Des trucs qui témoignent d’un hier plus ou moins lointain.  

« Ce que j’ai fait est presque de l’ordre de la nature morte. Mes chats apparaissent sur certaines œuvres et on voit aussi quelques silhouettes, mais j’ai surtout joué avec les objets. Mon but, ce n’était pas de faire de belles images. Je souhaitais avant tout réaliser des photos évocatrices, intrigantes. »

Pour compléter son chapelet de cadres, la femme de lettres a naturellement voulu coucher des mots sur papier. 

« Au départ, j’ai essayé d’écrire en fonction des œuvres et je n’arrivais à rien de concluant. Je n’accouchais que de maximes débiles, de phrases qui me semblaient creuses et qui me donnaient l’impression de faire la leçon. »

Et s’il y avait une chose qu’elle ne voulait pas, c’était tomber dans le prêchi-prêcha. 

Un soir, une image s’est imposée : celle d’une femme vieillissante qui composait avec l’insomnie en se rendant dans son grenier poussiéreux rempli de souvenirs. 

« J’avais besoin d’un filon. À partir du moment où je l’ai trouvé, tout s’est imbriqué. Je me suis mise à écrire des textes sans penser aux photos, en me laissant porter par l’histoire que j’imaginais autour de cette femme. »

Vingt-cinq courts textes sont nés dans la foulée. 

« Quand j’ai été satisfaite de ce qu’il y avait dans mon petit carnet d’écriture, j’ai fait de l’agencement en mariant mots et images. Le lien entre les deux est parfois direct, d’autres fois non, mais il est toujours présent. J’aime beaucoup cette formule. Le texte permet de relancer la lecture de la photo, d’y voir autre chose. Et vice versa », exprime la créatrice, qui savoure la portée de cette neuve aventure.

« Lorsque j’étais jeune, je voulais être une artiste visuelle, mais je me suis tellement fait dire que j’allais crever de faim... J’ai une belle carrière, je travaille en création, mais cet élan artistique que je ressens depuis l’enfance, c’était l’irréalisé dans ma vie. J’ignore s’il y aura d’autres expos. Ça n’a pas d’importance. Personnellement, ça m’ouvre une perspective autre, ça vient légitimer quelque chose. »

Christiane Lahaie se savait déjà auteure. Elle peut maintenant aussi se dire artiste.

+ AUTRES EXPOSITIONS D’OBJECTIF PHOTO CANTONS-DE-L’EST


DÉJÀ INSTALLÉES

Mémoires sherbrookoises

Musée d’histoire de Sherbrooke

Jusqu’en avril 2027


Massawippi — Rêves et merveilles, de Karl F. Ehrlich

Centre culturel et du patrimoine Uplands, Sherbrooke

Jusqu’en mai 2020


Rencontre avec le passé

Maison de la culture de Racine

Jusqu’au 20 octobre


Grand angle, exposition collective

Centre culturel Pierre-Gobeil, Sherbrooke

Jusqu’au 30 septembre


À VENIR

Décharges, de Jonathan Miron-Roy

Galerie Arts Sutton

Vernissage le 8 septembre


Apparences, par Luc Pallegoix, Catherine Rondeau et Chloé Beaulac

Centre culturel Yvonne L. Bombardier, Valcourt

Vernissage le 15 septembre


Singuliers pluriels, par le Collectif 135

Maison des arts et de la culture de Brompton

Vernissage le 22 septembre


Traverser les rivières

Musée Colby-Curtis, Stanstead

Vernissage le 4 octobre


Entropie, de Patrick Dezothez

Centre culturel Françoise-Dunn, Sherbrooke

Vernissage le 25 octobre