Les années se suivent et, d’une certaine façon, se ressemblent toujours un peu pour Christian Bégin : bon an, mal an, l’animateur et comédien affiche un agenda rempli au bouchon de projets variés.

Christian Bégin, curieux de nature

Les années se suivent et, d’une certaine façon, se ressemblent toujours un peu pour Christian Bégin : bon an, mal an, l’animateur et comédien affiche un agenda rempli au bouchon de projets variés.

Les mois qui viennent ne feront pas exception. Non seulement son émission Y’a du monde à messe profite d’une saison allongée jusqu’en décembre, mais il sera aussi de la distribution de trois pièces de théâtre.  

« Et il y a d’autres projets dont je ne peux pas parler, qui concernent davantage le comédien que l’animateur et qui seront annoncés plus tard. La vie est pour moi d’une générosité incroyable, professionnellement. Je m’étais dit que je ralentirais la cadence, mais c’est quelque chose que je n’arrive manifestement pas à faire. Le truc, c’est qu’on me propose d’heureuses aventures singulières, ou bien des choses auxquelles je rêve depuis longtemps. »

Comme jouer sous la direction de René-Richard Cyr. 

« Je souhaitais travailler avec lui depuis un bail. Je disais qu’il pouvait même me faire jouer une poignée de porte. Je serai dans Les 3 Sœurs de Tchekhov, qu’il va mettre en scène au TNM en 2020. Bizarrement, mon année sera assez tchékhovienne : je vais aussi faire partie d’une espèce de pastiche de l’auteur russe, un show piloté par Marc St-Martin au Rideau Vert. Et je serai dans un projet que m’a proposé Félix-Antoine Boutin, un jeune metteur en scène brillantissime. Sa création sera présentée à l’Espace Libre. J’ai dit oui sans avoir lu le texte parce que c’est un gars dont j’admire le travail. »  

À travers les répétitions plurielles, l’infatigable créateur planche également sur la conception d’un projet télévisé dont on sait peu de choses, sinon « qu’il s’adresse aux téléspectateurs adultes » et qu’il intéresse une station de télévision où Bégin a ses entrées. Vite comme ça, on en déduit que la production est dans la mire de Télé-Québec, où l’animateur jase bonne bouffe depuis plus de 10 ans, en plus d’être à la barre de l’hebdomadaire rendez-vous Y’a du monde à messe.

Christian Bégin lors d’un enregistrement de Y’a du monde à la messe de Noël.

Hors du cadre

Au fil de la conversation, l’acteur raconte son appétit pour les projets tous azimuts. 

« Je suis choyé de pouvoir me déployer sur différents terrains de jeu. En 33 ans de métier, j’ai toujours travaillé pour ne pas me laisser enfermer dans une case où j’aurais été confiné à une seule chose. Quand j’ai commencé Curieux Bégin, tout le monde me disait de faire attention, que j’allais devenir uniquement animateur. Ce qui n’aurait pas été un mal en soi. Parce que l’idée, c’est de gagner sa vie, de travailler, de faire des choses qu’on aime. Mais bon, j’ai une compagnie de théâtre, j’ai écrit quatre pièces, j’ai fait du cinéma, des shows solos... je voulais aborder la profession en jouant sur plusieurs fronts. Parce que mon plaisir, c’est ça. Toucher à différentes choses et aller voir ailleurs si j’y suis. Mais seulement si je sens que j’ai les compétences pour. Parce qu’il y a des trucs que je ne ferais pas. »

Par exemple?  

« J’ai touché à la mise en scène pour divers humoristes et plusieurs me contactent encore pour que je monte leur show. Je ne le fais plus, je ne crois pas être un bon metteur en scène. Dans la vie, au gré des expériences, tu comprends qu’il y a des avenues que tu ne devrais pas emprunter parce que tu n’as pas le talent nécessaire ou les aptitudes requises. »

Reste que. Il ne s’est pas souvent cassé les dents ces dernières années. Sauf peut-être un peu avec sa Curieuse Compagnie, dont les plats cuisinés haut de gamme n’ont pas réussi à trouver leur public. 

« Le problème, c’était peut-être le prix plus élevé de nos produits qui étaient vendus en grande surface. Mon pâté au poulet était beaucoup plus coûteux que celui du Saint-Hubert, par exemple. On a beau expliquer que nos volailles proviennent d’un petit élevage du Québec, que nos ingrédients sont bios, qu’on travaille avec des artisans, à la caisse, c’est le porte-feuille qui parle. Et je le comprends. » 

 Il a donc cessé la production de boulettes et de pâtés. Sur les tablettes des IGA, la bannière avec laquelle il a un partenariat, il ne reste que le Curieux café, qu’il a lancé l’an dernier. 

« Mais je me suis embarqué dans une autre aventure, celle du vin. J’ai sorti en juin le Rouge de Jean-François et le Blanc de Philippe. Avec les Curieux vino, on sent une résonnance plus grande. On est dans des prix plus démocratiques, avec des bouteilles sous la barre des 20 $. La rencontre semble vouloir se passer. » 

Dans ses projets culinaires autant que dans ceux artistiques, la rencontre est un pilier, un essentiel.

« Peu importe ce que je fais, le moteur principal, c’est toujours la rencontre. C’est au cœur du concept de Y’a du monde à messe. Les invités ne sont pas là dans un cadre promotionnel, ils ne viennent pas vendre quelque chose. La discussion et la conversation sont l’ADN de l’émission, dont on me parle beaucoup, d’ailleurs. J’ai l’impression que ça répond à quelque chose, je sens un véritable écho chez le public. »

Autour des mots

C’est aussi le plaisir de la rencontre, celle autour des mots cette fois, qui amène Christian Bégin dans la région cette fin de semaine. Depuis jeudi et jusqu’à dimanche, le porte-parole des 17e Correspondances d’Eastman vit au rythme de l’événement qui se déroule cette année sous le thème du ravissement. Avec l’autrice sherbrookoise Véronique Grenier, il fera dimanche la lecture des lettres qu’ont échangées Albert Camus et Maria Casarès.

« Véronique est une amie, c’est un peu à cause d’elle que je suis aux Correspondances cette année et c’est un grand bonheur de plonger dans cette correspondance amoureuse entre Camus et Casarès. Je ne la connaissais pas, je la découvre, et je capote tant c’est magnifique. On n’écrit plus comme ça. Ce n’est pas de la nostalgie de vieux dinosaure, mais il y a quelque chose de grand dans cette façon de nommer l’amour et de s’adresser à l’être aimé. C’est d’un autre temps, mais c’est vertigineux de beauté. » 

L’idée de la correspondance même ravit le comédien.

« Écrire un texto ou un courriel, ce n’est pas du tout la même chose que signer une lettre. Je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne, recevoir une missive dans ma boîte aux lettres, c’est comme une fête : quelqu’un a pris le temps de m’écrire, au crayon, sur du papier. C’est quelque chose qu’on ne fait plus, ou peu, et je trouve fantastique qu’un festival célèbre cette forme d’écriture pendant quatre jours. » 

À travers les activités qu’il a inscrites à son menu du week-end, il prendra un moment pour faire silence. Le temps d’écrire une lettre ou deux. À la main. Parce que dans le geste d’écrire, il y a aussi une promesse de rencontre.

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Douze ans de Curieux Bégin

Le chiffre étonne encore Christian Bégin. Douze ans à causer cuisine à la télé, ça ne faisait pas partie des chemins qu’il avait envisagés. 

« C’est fou! Je n’ai pas de plan de carrière, je n’en ai jamais eu, mais quand on m’a offert ça, après quelques-unes de mes apparitions à l’émission de Josée di Stasio, je croyais que ça allait durer un an. J’ai eu carte blanche pour monter l’émission dont j’avais envie. Et 12 ans plus tard, on est encore là. Ce que je me fais souvent dire, c’est que les gens ont l’impression de passer la soirée avec nous. Probablement parce que l’idée maîtresse de notre concept, c’est la rencontre. Dans la multitude des émissions culinaires qui existent, ce qui distingue la nôtre, c’est cet aspect convivial. Je ne suis pas un chef, je n’ai pas le bagage des invités qu’on reçoit, j’ai donc toujours dit que Curieux Bégin n’était pas une émission culinaire. La cuisine, en fait, c’est l’accessoire dont on se sert pour créer le liant et le lien entre les gens. »

Christian Bégin

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Un bonheur nommé Fragile

En joignant la distribution de la télésérie Fragile, Christian Bégin a réalisé un autre rêve professionnel. 

« Serge Boucher est le dramaturge québécois qui me touche le plus. Par un merveilleux hasard, le réalisateur Claude Desrosiers m’a offert un rôle dans le nouveau projet de télé qu’ils pilotaient tous les deux. J’ai hérité d’un magnifique personnage dans ce formidable univers mis en forme par un duo d’exception. Leurs séries précédentes, telles que Feux et Aveux, m’ont soufflé. Autant à cause de la qualité du jeu autant que de la qualité des textes. Ce qu’écrit Serge Boucher, ça se dit. Ce n’est pas donné à tout le monde de camper des dialogues aussi forts. Ce projet-là, c’était juste du bonheur. Isabelle Vincent jouait ma conjointe. C’était agréable de se retrouver, on partage une complicité et une amitié depuis tellement longtemps! Sur ce plateau, j’ai également découvert l’extraordinaire Monia Chokri, que je connaissais peu, mais dont je suis devenu un fan inconditionnel », révèle le comédien. La saga familiale réunit aussi les Pier-Luc Funk, Marc-André Grondin, Valérie Blais et Sandrine Bisson. Le tournage est bouclé, la série sera éventuellement diffusée sur les ondes d’ICI Radio-Canada Télé.

Vous voulez y aller?

Correspondance Camus-Casarès
L’amour fou au temps des catastrophes
Cabaret Eastman
Dimanche, 11 août, 14 h 30
Entrée : 28 $
Programmation : www.lescorrespondances.ca