Une vingtaine de personnes atteintes de la maladie pulmonaire obstructive chronique (emphysème) ont participé à un projet de recherche des plus originaux : ils ont appris à chanter pour améliorer leur fonction respiratoire.

Chanter malgré sa maladie pulmonaire

SHERBROOKE — Les personnes qui souffrent de maladie pulmonaire obstructive chronique sévère, mieux connue sous le nom d’emphysème, ont une qualité de vie grandement diminuée : ils sont essoufflés au moindre effort, ils toussent, ils peuvent difficilement vaquer à leurs occupations quotidiennes. Cette maladie touche près de 20 % des Québécois de plus de 65 ans. Et si le chant choral pouvait améliorer leur souffle et donc leur qualité de vie?

Une idée étonnante? Oui, c’en est une, et cette idée étonnante est celle d’une doctorante en gérontologie de l’Université de Sherbrooke, Louise Drouin. Son idée a porté ses fruits : un projet de recherche a été mis en place et les résultats, bien mesurés scientifiquement, seront connus d’ici quelques mois.

Le projet, sous la direction de Nicole Marquis, professeure-chercheure au programme de physiothérapie à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke (UdeS), a été mis en place pour des Sherbrookois de plus de 50 ans souffrant de maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC). À raison de deux séances de deux heures chaque semaine pendant 12 semaines, la vingtaine de patients a appris à chanter. La chorale a présenté un concert de 45 minutes jeudi devant un parterre de résidents du CHSLD d’Youville.

Et l’impact, à première vue, est impressionnant.

Il fallait par exemple entendre Raymond Baron, qui a réussi à chanter Come prima de Dalida à son épouse Jeannine avec qui il est marié depuis 42 ans. « J’avais appris cette chanson à 16 ans. Et pour lui chanter la pomme, je lui avais chanté cette chanson lors de notre première rencontre », a-t-il rappelé avant de susurrer ces mots doux à celle qui lui donne tant de joie.

Pour bien mesurer l’impact, les patients ont subi plusieurs examens avant le début du projet afin de mesurer leur capacité pulmonaire et ils s’apprêtent à les subir de nouveau afin de bien évaluer l’amélioration de leur condition de santé à la suite de leurs cours de chant.

« L’idée derrière le projet de recherche, c’est de voir si le chant choral améliore la tolérance à l’effort des patients sans ajouter de médicament ni d’inhalateur. L’hypothèse, c’est qu’on pense que le chant choral aurait un effet comparable à celui de l’exercice physique », soutient le pneumologue Pierre Larivée, qui est aussi chercheur et professeur au Centre de recherche du CHUS et à l’UdeS.

Chanter est bon pour la santé, donc. Il est aussi bon pour briser l’isolement. Il permet aussi d’améliorer l’attention, la concentration, les fonctions cognitives, notamment en apprenant les partitions et les paroles. « En sollicitant leur mécanique respiratoire, c’est un peu comme si les patients faisaient de la physiothérapie respiratoire », ajoute le Dr Larivée.

En effet, le chant choral améliorerait le contrôle respiratoire et la posture, ce qui permet aux participants de ressentir moins d’essoufflement à l’effort. La respiration diaphragmatique et les longues inspirations permettent une meilleure maîtrise de son souffle. L’apprentissage de techniques respiratoires par le chant aiderait les participants dans leur quotidien tout en leur permettant de réaliser une activité de groupe, d’éprouver du plaisir à chanter et à partager leurs conseils en se soutenant dans leur maladie.

« Le paramètre le plus important, c’est d’améliorer la qualité de vie des participants, car c’est là qu’on veut agir », ajoute le pneumologue.

« Devant des résultats positifs qu’on espère, on pourrait exporter cette nouvelle stratégie médicale de loisirs, de diversistement, à toute la population du Québec. On pense que ce serait une façon pour les patients de se rattacher à la vie, de briser l’isolement », ajoute-t-il.

Lorsqu’il a été approché par Louise Drouin et Nicole Marquis pour assurer la direction médicale du projet, le pneumologue Pierre Larivée a d’abord été sceptique. La musique allait-elle vraiment changer quelque chose à la condition de ses patients? « La qualité des bons chercheurs, c’est qu’ils arrivent avec des idées originales, qu’ils sont capables de sortir des sentiers battus pour aller au bout de leurs idées, et c’est ce que Louise Drouin et Nicole Marquis ont fait dans ce dossier. Faire une telle recherche avec une très bonne méthodologie scientifique, ce n’est pas si simple, ça demande une grande rigueur », souligne le médecin.