Alpha Blondy

Chanter la paix... bien chaussé

La paix, le respect de l'autre, l'engagement politique et la spiritualité ont toujours fait partie des chansons d'Alpha Blondy, qui ouvre ce soir le Festival des rythmes d'Afrique. Depuis que sa carrière s'est amorcée il y a une trentaine d'années, le père du reggae ivoirien, qui a vendu plus de 20 millions d'albums dans le monde, ne cesse de chanter la fin des conflits et la réconciliation. Sauf que l'artiste a longtemps été cordonnier mal chaussé, une rivalité notoire l'opposant à son compatriote Tiken Jah Fakoly.
C'est aujourd'hui chose du passé. Non seulement les deux artistes sont pleinement rabibochés, mais chacun a collaboré à l'album de l'autre. Ils ont même fait ensemble, en 2012, une grande « Caravane de réconciliation » : une tournée de concerts dans leur Côte-d'Ivoire adorée, qui émergeait enfin d'une décennie de guerre civile.
« Oui, le président nous a bel et bien demandé de nous réconcilier pour donner l'exemple, mais nous nous étions alors déjà assis ensemble pour nous parler, et nous nous sommes compris. Je lui ai demandé de participer à ma chanson Réconciliation, et il m'a ensuite fait l'honneur de me solliciter pour sa chanson Diaspora. »
Cette mésentente ouverte entre les deux musiciens tenait davantage de la manipulation, affirme-t-il aujourd'hui. « Il y a des gens que cette rivalité arrangeait. Certains racontaient des choses sur Alpha Blondy, d'autres sur Tiken Jah... On divisait pour régner. »
Aujourd'hui, le musicien a bon espoir que le président Alassane Ouattara ramène son pays sur la bonne voie. « La Côte-d'Ivoire est convalescente. La tâche est monumentale et le chantier est vaste, mais les blessures se cicatrisent », commente le musicien de 61 ans. « Mon plus grand espoir pour l'Afrique est cette nouvelle génération de politiciens qui savent ce qu'est la démocratie et qui pourront redresser le continent. Malheureusement, comme 80 pour cent des présidents actuels sont arrivés en poste par coup d'État, comment parler de démocratie? »
Aimer tout le monde
De son vrai nom Seydou Koné, Alpha Blondy est né d'un père musulman et d'une mère chrétienne. Il a grandi avec une grand-mère qui lui a appris à aimer tout le monde. Surnommé Elvis Blondy par ses amis de classe (Blondy est ici une déformation de bandit, c'est-à-dire un jeune garnement), il réussit en 1976 à partir pour les États-Unis. Quatre années d'un rêve américain qui n'aboutira pas, malgré plusieurs tentatives. C'est plutôt à son retour en Côte-d'Ivoire qu'il réussit à lancer son premier album, en 1981. Il adopte alors le prénom Alpha, pour exprimer ce nouveau commencement dans sa vie.
« Même si mon rêve américain s'est transformé en cauchemar américain, ce fut une grande école de vie. Je me suis découvert moi-même. »
« Même si mon rêve américain s'est transformé en cauchemar américain, ce fut une grande école de vie. Je me suis découvert moi-même. J'ai raffermi ma foi en Dieu. J'ai aussi connu le chanteur reggae jamaïcain Burning Spear et toutes ses chansons qui glorifiaient l'Afrique. Son accent pâteux sonnait comme un patois africain. J'ai alors voulu faire cette musique à la fois sociopolitique et rituelle. »
Dans son spectacle, le rasta ivoirien chantera ses plus grands succès ainsi que quelques pièces de son plus récent disque, Mystic Power (2013). Malheureusement, sa version de Travailler, c'est trop dur de Zachary Richard, qu'il a endisquée en 1985, n'est pas au programme. Dans sa relecture, au lieu de prendre son violon et son archet, le chanteur prend son cheval, sa vieille selle, sa Bible, sa Torah et son Coran, puis fonce chercher sa belle Hélène à Saint-Félix.
« En fait, j'ai emprunté cette chanson à mon ami Julien Clerc, en pensant qu'elle était de lui. Julien m'a alors fait découvrir ce chanteur cajun. J'y mentionne les trois livres saints pour y mettre une dimension spirituelle. »
Car pour Alpha Blondy, la spiritualité est un élément capital. « Tout autour de moi m'inspire Dieu : ma venue au monde, le jour où je partirai, les gens que je rencontre, les choses que je fais. Je ne crois pas au hasard. »