La cantatrice Natalie Choquette lançait récemment Colores, nouvel album de chansons originales qui a pour fil conducteur les œuvres de grands peintres qu’elle admire.

Chanter de toutes les couleurs

Rien n’arrête Natalie Choquette. Pas même un pied cassé. À preuve : le rendez-vous téléphonique avec la sympathique soprano a lieu alors qu’elle se trouve en Allemagne pour une série de concerts, deux semaines seulement après une mauvaise chute sur la glace.

« C’était une de ces journées où la température change en deux heures. Je suis sortie le matin et tout était beau. En repartant un peu plus tard, j’ai bêtement glissé. J’ai manqué les quatre premiers spectacles de la tournée, mais après l’opération, et grâce à quelques petits aménagements sur scène, j’ai pu prendre part aux représentations, comme prévu. On a ajouté des lumières de Noël sur l’espèce de botte rigide que je dois porter en permanence. C’est rigolo », raconte-t-elle avec un sourire dans la voix.

Ça tombe bien parce que, faire rire, elle aime beaucoup ça. C’est d’ailleurs son « premier outil de communication », assure-t-elle.

« Ça vient même avant la musique. Lorsque je suis sur une scène, il faut que je fasse rire les gens d’abord, sinon, je me demande ce que je fais là », raconte la cantatrice qui a récemment lancé Colores, nouvel album de chansons originales. 

« C’est un disque qui a les arts visuels comme fil conducteur. Les chansons sont inspirées par différents peintres dont l’œuvre résonne pour moi. »

L’idée de ce concept mariant images et mélodies est venue de son agent Vincent Beaulieu, qui trouvait qu’il était temps qu’elle entre en studio pour un album plus « adulte ».

« J’ai beaucoup créé pour les enfants ces derniers temps, mais je n’avais rien proposé sur disque depuis plusieurs années déjà. Quand j’ai parlé de ce projet avec ma fille Florence, elle a tout de suite capoté sur ce filon. On a écouté les chansons qui existent déjà sur ce grand thème avant qu’elle ne me propose d’écrire pour moi. »

Le compositeur Osvaldo Montes, ainsi que les musiciens Larry Mancini et Hany Khoriaty ont aussi mis leur touche sur la galette de onze titres.

Marc-Aurèle Fortin, Frida Kahlo, Gustav Klimt, Andy Warhol, Vincent Van Gogh, Katsushika Hokusai, Michelangelo sont quelques-uns des artistes à qui la diva rend hommage au fil des chansons qui embrassent une vaste palette de teintes musicales. 

« C’était difficile de choisir, il y a tellement de chefs-d’œuvre! On est allé une chanson à la fois. C’est pour ça que chacune est comme un petit tableau en soi, avec son registre propre, sa couleur. »

En famille

L’interprète de renom ose notamment la pop-opéra, la berceuse piano-voix, les airs péruviens, les sonorités asiatiques et celles aux éclats plus hispaniques. Tout ça dans un écrin de grande douceur. Pour se mouler aux univers de chaque composition, elle chante autant en français qu’en anglais, en italien et en espagnol. Et parfois avec ses filles, Florence K et Éléonore et Ariane Lagacé.

« J’ai la chance d’avoir trois oiseaux : mes filles chantent tellement bien toutes les trois! Et puis elles ont le sens de l’harmonie. On a vraiment eu du plaisir ensemble en studio. Ça s’est fait dans la légèreté, dans la bonne humeur. C’est un grand bonheur de pouvoir concrétiser un projet comme celui-là en famille. »

Une tournée devrait suivre en 2020. 

« Puisque les chœurs ont une grande importance sur ce disque, on souhaite impliquer les chorales des villes qu’on visite pour ajouter une couleur locale à nos représentations », souligne Natalie Choquette.  

Celle-ci a déjà une petite idée de la façon dont elle fera vivre Colores sur scène puisqu’une première mouture a déjà été présentée au Festival Classica de Saint-Lambert. Cette avant-première a amené la chanteuse à s’avancer sur une nouvelle avenue créative.  

« On n’avait pas de décors et on voulait montrer les œuvres dont on parle, mais bon, obtenir les droits, c’était impossible. J’ai pensé faire les tableaux, même si je n’avais pas touché à des pinceaux depuis la maternelle. J’ai posé quelques questions chez De Serres et j’ai plongé. Pendant un mois, j’ai créé sans arrêt. J’en oubliais de manger, de boire, de me coucher. C’est quelque chose qui m’a traversée, qui m’a transportée. J’ai eu tellement de bonheur à faire ça. »

Treize tableaux, toutes des reproductions, sont nés au cours de ce marathon créatif. La plupart ont été réalisés à l’acrylique, « le média qui pardonne », précise Natalie Choquette en riant. 

« J’ai vraiment réalisé, de l’intérieur, à quel point la signature et le style de chaque artiste sont précis et imprégnés dans l’imaginaire collectif. Comme on sait qu’une pièce est de Mozart ou de Beethoven en l’écoutant, on reconnaît aussi un Van Gogh ou un Klimt au premier coup d’œil », résume celle qui se dit particulièrement sensible aux œuvres des premiers humains.  

« L’art préhistorique me touche d’une façon très particulière parce que, en voyant ces grandes fresques, je pense à tout ce qui a existé avant nous. Si ce n’était pas de l’art, on ne pourrait pas savoir comment vivaient les gens autrefois. Depuis la nuit des temps, l’humain ressent ce réel besoin de s’exprimer, de représenter ses émotions. Après ça, l’art naïf et tout ce qui rappelle les cartoons me plaisent aussi. Et les œuvres de Warhol, avec toutes leurs couleurs vives. Ce ne sont pas des toiles qui me feraient pleurer tellement elles m’émeuvent, mais je savoure leur impact dynamisant. Pour moi, elles ont un peu l’effet d’une vitamine. » 

Chanter, peindre et... écrire?

La chanteuse remettra le cap sur le Québec juste à temps pour les Fêtes. Après ça, elle entend profiter de son temps de repos pour, peut-être, boucler ce projet de livre sur lequel elle travaille depuis deux ans.

« J’aime écrire, j’ai signé des livres chez Dominique et compagnie et j’ai toujours rêvé d’être écrivaine à temps plein, mais je n’ai jamais le temps, révèle-t-elle en riant. J’ai recommencé cinq fois cette histoire pour enfant sans arriver à la terminer. Je me demandais ce que ça allait prendre pour que j’y parvienne. Peut-être que c’était un pied cassé, finalement! »