Outre Marina Orsini qui tient le rôle principal, « Une autre histoire » est un téléroman piloté par un trio tout féminin, soit Chantal Cadieux aux textes, Brigitte Couture à la réalisation et Sophie Pellerin à la production.

Chantal Cadieux : une autre histoire... de famille

SHERBROOKE — La nouvelle série imaginée par Chantal Cadieux devrait ravir les téléspectateurs qui se sont délectés des intrigues familiales qu’elle a précédemment signées avec « Providence » et « Mémoires vives ».

« Je patauge encore dans les mêmes grands thèmes qui me sont chers. La famille et ses secrets, les personnages complexes, la mémoire, le passé qui revient nous hanter. Tout ça donne un terreau très riche en possibilités et c’est assez universel, parce que toutes les familles ont leurs drames, leurs mystères », dit l’autrice native de Richmond, en Estrie.  

Cette fois-ci, elle a tissé son histoire autour du personnage d’Anémone, une veuve et mère de famille dans la jeune cinquantaine qui apprend qu’elle est atteinte de la maladie d’Alzheimer. À pareil âge, le diagnostic est évidemment une bombe. Mais le choc est d’autant plus grand pour Anémone qu’elle cache un lourd passé à ses trois enfants. Trois décennies plus tôt, elle a laissé derrière elle son conjoint violent... et les trois jeunes enfants qu’ils avaient ensemble.

Dans sa fuite, elle a changé d’identité et elle a refait sa vie dans la petite municipalité de Belleville, en gardant le silence sur ce qu’elle avait vécu avant. La maladie vient brouiller les cartes. Elle oblige Anémone à déterrer les souvenirs et rend peut-être des retrouvailles nécessaires dans la mesure où son Alzheimer pourrait avoir des racines héréditaires.

« J’aime parler d’une maladie au fil d’une série. Je pense que ça permet de démystifier le quotidien de ceux qui sont aux prises avec. Dans Providence, j’avais touché à la fibrose kystique et dans Mémoires vives, au Parkinson et au cancer, puisque mon personnage central œuvrait dans le milieu médical. L’Alzheimer précoce est un filon que j’avais envie de creuser. Parce que c’est vraiment une maladie terrible qui fait peur et qui est très difficile à vivre pour l’entourage. »

D’épisode en épisode, Chantal Cadieux entend planter des infos et semer des questions qui trouveront réponse plus tard. Dans un dénouement pas toujours attendu.

« La production annuelle nous permet de développer différentes intrigues en brouillant parfois les pistes. On a le temps de le faire. Et c’est l’un des plaisirs d’une série chorale : on campe différents personnages qu’on voit évoluer dans le temps. Au fil des semaines, on va rencontrer les six enfants d’Anémone, on va entrer dans leur vie, voir ce que les secrets de famille dévoilés vont provoquer chez chacun d’eux. Imaginez un peu leur choc d’apprendre qu’ils ont des demi-frères, des demi-sœurs. »

Puisque Anémone est thanatopractrice (embaumeuse, dans le langage courant), une partie des scènes ont été tournées dans un véritable salon funéraire de Varennes.  

« C’est un milieu que l’on connaît peu et que j’ai apprivoisé davantage lorsque mon père est décédé, entre autres grâce à Julien Nault, directeur du salon funéraire de Richmond. Je trouvais intéressant de faire découvrir l’univers de ceux qui sont les derniers à toucher nos proches, ceux qui nous accompagnent dans le deuil. »

Trio féminin de feu

Pour cette nouvelle production qui devrait connaître plusieurs saisons, Chantal Cadieux a retrouvé la complicité de Brigitte Couture, réalisatrice de talent en qui elle a pleine confiance. « Je voulais que ce soit elle qui signe la réalisation d’Une autre histoire. On s’est connues pendant Mémoires vives. J’ai beaucoup d’admiration et de respect pour son travail. Elle sait créer de la complicité, de la camaraderie et du plaisir sur un plateau, mais toujours avec beaucoup de rigueur. Elle connaît mon univers, elle sait comment le magnifier et l’ancrer dans le réalisme. »

Les deux créatrices forment, avec la productrice Sophie Pellerin, un trio féminin fort.

« C’est important d’en parler, de souligner le talent et le travail formidable de celles qui œuvrent en télé. Parce que c’est encore difficile pour les femmes de faire leur chemin dans ce milieu. »

Chantal Cadieux, elle, écrit tous les jours. Beaucoup.

« Mais avec le temps, j’ai appris à prendre du temps pour moi. Il faut être capable de s’arrêter, sans quoi le travail prend toute la place. Lorsqu’on signe les textes, on est à la base de toute la production. Si on s’épuise, tout le monde dans le projet écope. J’ai la chance d’être portée par une équipe formidable, par des diffuseurs qui croient en moi. Ça, combiné aux quinze ans d’expérience que j’ai, ça me donne des ailes. »

L’autrice salue au passage les grandes qui l’ont inspirée, celles qui ont pavé la voie. Janette Bertrand et Lise Payette, entre autres.

« Elles ont tracé le chemin. Moi, au départ, je ne me destinais pas du tout à l’écriture. J’avais de la facilité à l’école, j’aimais les sciences, j’envisageais une carrière en médecine. »

Avec Guy et France

Lorsqu’elle a amorcé ses études collégiales, les plans ont changé.

« Avec les Guy Jodoin et France Parent, j’ai découvert l’impro, le théâtre, tout cet univers-là qui était riche et foisonnant au Cégep de Sherbrooke. »

Le coup de cœur a été franc. Et sans détour. Après un an passé sur les bancs de la faculté de droit de l’Université de Sherbrooke, l’Estrienne a manifesté son désir d’étudier l’écriture dramatique à l’École nationale de théâtre.

« Mes parents étaient sûrement un peu inquiets devant ce changement de cap. Mais ils n’ont pas dit non », dit celle qui a depuis fait son chemin et son nom comme scénariste.  

« Aujourd’hui, avec le bagage et l’expérience que j’ai, j’espère pouvoir encourager d’autres jeunes femmes à embrasser ce chemin-là à leur tour. »

VOUS VOULEZ VOIR?

Une autre histoire

Dès le lundi 7 janvier, 20 h

Ici Télé 

Après Providence (2005-2011) et Mémoires vives (2013-2017), Chantal Cadieux signe une troisième dramatique à Ici Télé avec Une autre histoire.

Une autre histoire... et une nouvelle tribu

Lorsque Mémoires vives a pris fin au petit écran, Chantal Cadieux s’est donné trois mois de repos. Des vacances douces pendant lesquelles elle s’est mariée. Au cœur de ces jours sans projets autres que celui de profiter du temps, une question lui était souvent posée. Toujours la même : allait-elle écrire « une autre histoire »? L’envie était là, l’idée aussi. L’autrice a amorcé ce nouveau projet en gardant en tête ce titre. Une autre histoire.

Au moment de distribuer les rôles, elle a pensé à Marina Orsini pour le personnage central. Celle-ci a demandé à lire les textes avant d’endosser le rôle d’Anémone.

« Je ne fais jamais ça, donner les textes avant. Pas pour cacher des trucs, mais pour éviter de créer des attentes. Parce que c’était Marina, j’ai dit oui. »

La comédienne a lu, elle a embarqué dans le projet qui rassemble plusieurs noms de la communauté artistique. Danielle Proulx interprète la grande amie d’Anémone, tandis que Benoit McGinnis, Adam Kosh et Debbie Lynch-White prêtent leurs traits aux trois premiers enfants d’Anémone. Marilou Morin, Mikhaïl Ahooja et Laurence Barrette sont, eux, les trois autres enfants nés de sa seconde union. Sébastien Ricard inquiète en mystérieux collègue qui semble cacher quelques secrets et Stéphane Jacques surprend dans la peau de Suzon, transgenre qui est comme une deuxième mère pour les (premiers) enfants d’Anémone. Vincent Graton incarne, lui, le premier conjoint d’Anémone, Ronald.

« Cet homme-là porte une peine immense, celle de n’avoir pas su réussir sa première vie de famille. Vincent l’incarne avec beaucoup de justesse. Il affiche cette espèce de colère contenue en même temps qu’il insuffle une grande émotivité à son personnage. »  

Les uns et les autres dévoileront de semaine en semaine leurs grandeurs, leurs travers, leurs imperfections. En un mot : leur humanité.

« J’écris avec empathie. J’essaie de ne pas juger les gens ni mes personnages, je tente toujours de raconter des histoires sans moraliser. »

Le monstre, bientôt sur Tou.tv

En même temps qu’elle nouait les fils de sa nouvelle production, Chantal Cadieux signait l’adaptation du récit autobiographique Le monstre, écrit par son amie Ingrid Falaise.

« J’ai connu Ingrid sur le plateau d’Elles étaient cinq, dont je cosignais le scénario. Son livre raconte ce qu’elle a vécu auprès d’un homme violent, alors l’adapter pour le petit écran était très délicat, parce que je ne voulais pas dénaturer son histoire. Je souhaitais être fidèle à sa parole, à son vécu. »

La série est tournée et en cours de montage. « L’histoire d’Ingrid est essentielle, importante. Elle met en lumière ce qu’est une relation avec un manipulateur pervers et narcissique. Ce n’est vraiment pas si simple de sortir de pareille dynamique, ce n’est pas une rupture ordinaire. Tu risques ta vie à vouloir quitter pareil conjoint. »