Chantées en français, en anglais et en malinké, les compositions humanistes de Tikeh Jah Fakoly ont trouvé écho en Europe aussi bien qu'ici : l'auteur-compositeur-interprète engagé a joué sur les plus grandes scènes et dans moult festivals.

Changer le monde, un reggae à la fois

La Musique Peut Beaucoup. De Ça, Tiken Jah Fakoly Est Convaincu. Le Populaire Chanteur Reggae Avait 12 Ans Lorsqu'il A Pour La Première Fois Entendu Les Chansons De Bob Marley. Révélation Pour Le Jeune Africain, Qui Découvrait Un Nouveau Style Musical En Même Temps Qu'une Façon De Militer.
«J'ai saisi que ce n'était pas un genre musical comme les autres. C'est une musique de combat qui éveille les consciences.»
Lorsqu'il a embrassé la chanson, Fakoly s'est donc naturellement tourné vers le reggae, parce qu'il voulait donner une voix aux milliers d'Africains qui ne pouvaient pas se faire entendre. Chantées en français, en anglais et en malinké, ses compositions humanistes ont trouvé écho en Europe aussi bien qu'ici : l'auteur-compositeur-interprète engagé a joué sur les plus grandes scènes et dans moult festivals. Ces jours-ci, il entame une nouvelle série de concerts qui l'amènera à Sherbrooke.
«Nous serons douze sur scène, avec des instruments traditionnels comme la kora et le balafon, qui apportent une couleur différente au reggae. Nous interpréterons plusieurs nouvelles chansons tirées de mon plus récent disque, Dernier appel.»
Lancé tout récemment, celui-ci évoque l'urgence d'agir, de se mobiliser, d'être agent de changement.
«Il y a une urgence à l'unité et Dernier appel, c'est un appel à l'unité des Africains. Si les 54 pays africains font front commun, les gens seront bien obligés de nous considérer. L'Afrique est l'un des continents les plus riches, mais paradoxalement, c'est aussi là où les gens sont les plus pauvres. C'est insensé : nous avons tout ce dont les pays occidentaux ont besoin, et nous ne possédons rien.»
Souhaitable, l'unité est un idéal qui n'est pas toujours facile à atteindre. La star du reggae africain le sait.
«Ce ne sera ni facile ni immédiat, mais c'est important qu'on plante la graine et qu'on l'arrose pour que nos enfants et nos petits-enfants en récoltent les fruits. C'est à nous de voir ce qui est bon pour nous. Les États-Unis et le Canada ont aussi traversé des déchirements et des crises avant de s'affranchir. L'Afrique a connu 400 ans d'esclavage et plusieurs années de colonisation. Présentement, nous sommes la première génération libre d'Africains.»
Son discours fait sens, mais il ne plaît pas à tous. Après avoir reçu des menaces de mort, le populaire artiste natif de la Côte d'Ivoire a dû s'exiler au Mali.
«Quand vous menez un combat, vous ne pouvez pas vous attendre à ce qu'il n'y ait pas de remous. Bien sûr, des menaces, ça fait peur. J'ai une famille, des responsabilités, mais comme tous ceux qui ont, avant moi, défendu des valeurs humanistes, je poursuis ma quête. Parce que l'enjeu en vaut la peine. Je ne veux pas me comparer à Martin Luther King, mais c'est grâce à son combat si, aujourd'hui, quelqu'un comme Barack Obama est président des États-Unis. Il faut que l'existence serve à quelque chose.»
Tiken Jah Fakoly
Sherblues & Folk
Grand scène extérieure, rue Wellington Sud
Vendredi, à 20 h
(En cas de pluie, le spectacle aura lieu au Théâtre Granada)
TIKEN JAH FAKOLY
Dernier appel
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Barclay