Cette île où tout s'arrête

Sara A. Tremblay a passé 88 jours sur l'île de Gotland, en Suède. Presque trois mois pendant lesquels elle a eu le luxe de se mettre « hors du temps et de la course ». Dans sa valise, elle a rapporté ce qui compose aujourd'hui Île du vent, une collection d'images, de vidéos et d'objets présentée au Centre culturel Yvonne L. Bombardier jusqu'au 19 avril.
<p>Sara A. Tremblay</p>
« Le but au retour était de transmettre cet esprit de liberté, de pause. Un temps d'arrêt qu'on ne se permet pas, jamais. En tout cas, moi à Montréal, ça n'existe pas », avoue la jeune artiste. Première récipiendaire de la Bourse d'études supérieures en arts visuels Yvonne-L.-Bombardier, l'artiste a pris le temps de souffler avant de revenir en territoire montréalais. Mais au retour, il lui a fallu choisir la représentation parfaite de cette île du vent.
« C'est un long processus. Des 300 photographies prises là-bas, il y en avait au moins 200-250 images utilisables », explique-t-elle. De ces images, 88 ont été exposées à Montréal. La sélection pour Valcourt s'est faite à partir de cette première sélection, toute en noir et blanc.
« Pendant la maîtrise, j'ai eu une période de refus de la photographie. J'ai plutôt fait du dessin, de la performance et de la vidéo. Choisir le noir et blanc, c'était ma façon de retourner à la photographie sans retourner à la photographie couleur », raconte-t-elle. Et pour celui qui porte un regard neuf sur ces images, c'est comme si le noir et blanc encrait véritablement dans le temps ces clichés de vie, capturés sur cette île située à trois heures de bateau de Stockholm.
365 jours, 365 « boules »
On retrouve aussi dans Île du vent deux « tableaux vivants », une façon de parler des deux vidéos qui s'ajoutent aux images captées par l'appareil grand format de l'artiste montréalaise. Dans ces vidéos, il y a quelque chose dans l'image qui bouge, qui attire l'oeil, mais le cadre est fixe.
Puis enfin, il y a les boules faites de béton, que Sara A. Trembay appelle tout simplement les « boules ». Il s'en trouve 277 empilées au deuxième étage du Centre culturel Yvonne L. Bombardier. Mais en contemplant cette pile, il faut penser aux autres boules de béton qu'elle a laissées sur l'île de Gotland, au nombre de 88.
« Celles-là, je les ai données à une amie en Suède. Je lui ai fait promettre de ne pas les déplacer et de laisser le gazon pousser à travers elles », comme un signe de son passage sur cette île qui laisse doucement s'écouler le temps. « L'idée, c'est qu'au total dans le monde, il y a 365 de ces boules, comme l'année qui a 365 jours ».
Île du vent
Exposition de
Sara A. Tremblay
Centre culturel
Yvonne L. Bombardier
Jusqu'au 19 avril