Les Zapartistes

Ce n'est qu'un au revoir...

Sujet chaud en 2013, la Charte des valeurs québécoises a créé son lot de divisions dans la population. En bons citoyens, les mordants Zapartistes n'ont pas échappé à la bisbille dans la préparation de leur traditionnelle - mais dernière - revue de l'année, attendue mercredi à la salle Maurice-O'Bready.
« Pour la Charte, autour de la table des Zapartistes, on ne s'entend pas pantoute », lance Nadine Vincent, membre de l'ombre qui participe à la création des textes, mais qu'on ne voit pas sur scène. « On a fait le jeu d'écrire chacun 200 mots sur la Charte et de mettre ça dans une enveloppe. En les ouvrant, c'était difficile de dire qui a écrit quoi », ajoute son collègue Vincent Bolduc.
Il faudrait remonter aux dernières élections fédérales pour trouver un sujet qui a autant polarisé les opinions au sein du groupe de comiques caustiques, ouvertement souverainistes et de gauche : « la vague orange, la descente du Bloc, qui a voté NPD, qui n'a pas voté du tout... » cite Nadine Vincent, qui voit dans ces oppositions un signe de vivacité.
S'ils annoncent que Zap 2013 sera leur dernière revue de l'année - la représentation finale aura lieu à Québec -, les Zapartistes sont donc loin de se laisser mourir. C'est plutôt le contraire : les projets se multiplient sur leur table de travail, si bien que les ans sont devenus trop courts pour les mener à bien en plus de livrer leur habituel bilan.
Nadine Vincent parle d'une mise en scène du texte Québec, printemps 1918 de Jean Provencher, qui traite de la crise de la conscription. Une oeuvre qu'elle juge à-propos en 2014, alors « que Harper va nous casser les pieds et les oreilles avec le 100e anniversaire de la Première Guerre ». En rafale, elle évoque aussi un projet de spectacle en lien avec le référendum en Écosse à l'agenda le 18 septembre 2014 et d'autres sur les religions ou le territoire, un thème dicté par la controverse entourant l'exploitation du gaz de schiste. Et si des élections sont déclenchées au printemps, parions que les Zapartistes reprendront la route pour une tournée préélectorale, une expérience « trippante » tentée en 2012 et qu'ils voudront renouveler.
Labeaume, Marois et cie
Avant de tourner la page, le groupe complété par Christian Vanasse, François Patenaude, Jean-François Nadeau et Brigitte Poupart a plongé dans l'exercice du bilan avec autant d'énergie que par le passé. S'ils ont dû dire au revoir à Jean Charest, les Zapartistes ont trouvé en 2013 quelques nouveaux personnages à se mettre sous la dent : on nous promet notamment un Justin Trudeau « suave et sexy », un rendez-vous avec Vladimir Poutine, et un Philippe Couillard offrant un défi particulièrement corsé à son interprète, Jean-François Nadeau.
« Les personnages lisses, un peu beiges, ça nous pose problème, explique son confrère Vanasse. Dans le traitement humoristique, c'est toujours préférable d'avoir une grosse pogne. Régis [Labeaume], Denis [Coderre], ils offrent de l'ancrage pour partir une caricature. »
L'inévitable Rob Ford sera au menu, même si lui aussi représente un certain casse-tête. « Pour ce qui est d'être drôle, il est autonome, résume Nadeau. Qu'est-ce qu'on peut dire de plus? » Pour revenir sur le drame de Lac-Mégantic, le groupe a choisi pour cible le patron de la compagnie MMA, Ed Burkhardt, décrit comme « le loup qui cache la meute ». Et ce sont finalement les citoyens qui risquent de se retrouver sous les projecteurs dans le segment consacré à la controversée Charte de la laïcité.
« C'est une sorte de tyrannie de la démocratie, note Jean-François Nadeau. C'est rare qu'on voit ça, que toutes les opinions se valent. Que ce soit un intellectuel qui a fait un doctorat en théologie ou mononcle Jean-Paul qui n'en peut plus de telle race, tout était égal. Tout le monde avait un droit de parole équivalent. »
La politique, on s'en doute, prendra la part du lion dans cette dernière revue de l'année. Et malgré la couleur souverainiste revendiquée par les Zapartistes, pas question d'épargner Pauline Marois et son gouvernement. Quitte à provoquer le rire... jaune.
« On ne peut pas dire que c'est comme sous le gouvernement libéral parce que ce n'est pas vrai. Mais ce n'est pas l'espoir et la nouveauté qu'on espérait. Notre public est beaucoup plus touché. Comment va-t-il recevoir les critiques? » se demande Nadine Vincent, qui se défend bien de prôner l'autocensure : « Qu'ils s'arrangent avec leur conscience! Mais on sent que quand on tape sur Pauline, ça se réjouit moins dans la salle que quand on tapait sur Charest... »
Les Zapartistes
Mercredi, à 20 h
Salle Maurice-O'Bready
Billets : 37 $