C’est le Cabaret Eastman qui a accueilli samedi soir le premier spectacle de la nouvelle tournée de Catherine Durand. La petite assistance (moins de cent personnes) était parfaite pour cette prestation d’une grande intimité, en formule duo avec le multi-instrumentiste André Lavergne.

Catherine Durand fait tanguer février

CRITIQUE / Comme dans sa pièce Marcher droit (extrait de La pluie entre nous, 2016), Catherine Durand a fait « tanguer février » pour un peu moins d’une centaine de personnes au Cabaret Eastman samedi soir. Mais pas un tangage comme celui qui fait perdre l’équilibre au personnage de sa chanson. Parlons plutôt d’oscillations qui bercent, attendrissent et donnent envie de se laisser porter par la douce voix de l’interprète.

Petite salle, donc, pour accueillir le point de départ de la tournée de l’album Vingt. Mais considérant la facture très intimiste du spectacle, en formule duo, cela n’a causé aucun heurt. Même que le sentiment était plutôt celui d’une rencontre en privé avec cette artiste qui teinte de ses couleurs uniques la scène musicale québécoise depuis maintenant deux décennies.

Telle est d’ailleurs la genèse de ce disque paru en octobre dernier : souligner le cinquième de siècle de carrière et les sept albums de cette auteure-compositrice-interprète. Vingt reprend ainsi une dizaine des chansons préférées de Catherine Durand, réenregistrées dans de nouveaux habits plus légers.

Résultat : la prestation offerte samedi soir était très proche de ce qu’on peut entendre sur l’album, avec huit pièces supplémentaires du répertoire subissant sur scène le même exercice de dépouillement.

Quelques guitares acoustiques et électriques, un clavier, un peu de slide guitar, quelques percussions à pédale et un ukulélé, nouveau meilleur ami de la chanteuse, ont ainsi suffi à Catherine et à son partenaire multi-instrumentiste André Lavergne pour envoûter la salle. Le tandem n’a eu besoin d’une bande sonore qu’une seule fois, pour ramener le chœur grégorien de Cœurs migratoires. La musicienne s’est aussi permis quelques échos ouatés dans le micro comme sur ses albums.

Avec Ginette, Mara et Catherine

Un des grands plaisirs de cette soirée, ce sont les anecdotes que Catherine Durand prend le temps de raconter, de son bac en communications à l’UQAM qui l’a menée d’abord à un emploi de camérawoman à MusiquePlus jusqu’à sa tournée estivale avec la bande du spectacle Toutes les filles, au milieu des années 2000, dans une fourgonnette sans fenêtres avec Mara Tremblay, Ginette et Catherine Major.

Sans oublier son premier contrat de disque qu’elle est allée signer à Toronto en janvier 1998 pendant le grand verglas (son train a été bloqué par des arbres tombés sur la voie). Attendez aussi de savoir dans quelle pièce de la maison de son réalisateur elle a enregistré les voix et les guitares de Flou…

La chanteuse est d’ailleurs douée d’un talent de conteuse assez efficace. Du moins, on la sent très à l’aise dans sa façon de livrer quelques pans de vie. Même proximité au moment où le duo s’est « débranché » pour descendre dans l’auditoire avec ses guitares pour une version totalement acoustique de Peine perdue, convaincant la salle de chanter aussi le refrain. Un très beau moment, que Catherine Durand pourrait diéser d’une deuxième chanson.

Si André Lavergne s’avère être un coéquipier hors pair, osant même quelques harmonies vocales, on a envie de l’encourager à pousser l’audace à assumer la partition d’Alexandre Desilets dans le magnifique duo Le loup. Qui sait? Peut-être qu’un autre duo du répertoire de Catherine, Le bonheur est parfois maladroit avec Louis-Jean Cormier, pourrait s’ajouter au spectacle…

La chanteuse n’a oublié aucune de ses chansons les plus fortes de sa discographie. Peut-être manquait-il juste Les murs blancs du nord. L’Odyssée, qu’elle a bellement réinventée sur Vingt, mériterait aussi sa petite place, ne serait-ce que pour son propos devenu tellement actuel avec les migrations massives de notre époque, tous ces gens « qui ne savent plus où aller ».

En somme, un superbe coup d’envoi à une tournée qu’on l’on souhaite longue et bien fournie.