Catherine Durand : chanteuse de braises

Rien de plus inintéressant, pour un artiste, de faire paraître une compilation. Mais quand on se produit soi-même depuis presque quinze ans comme Catherine Durand, on fait les choses à sa manière, c’est-à-dire réenregistrer les chansons phares et les coups de cœur personnels, dans une formule dépouillée. Avec une nouvelle pièce en prime, un duo même, avec Alexandre Desilets.

Ainsi est paru Vingt hier, exactement 20 ans moins un jour après la naissance de Flou, premier opus de cette auteure-compositrice-interprète autodidacte qui avait commencé sa vie professionnelle comme camérawoman à MusiquePlus.

« Ça, c’est loin! commente-t-elle en rigolant. Ça a été en fait mon introduction au monde du showbiz. J’ai connu la belle époque de MusiquePlus, celle où on recevait plein d’artistes en studio, avec des prestations live. Ça m’a aidée à me familiariser avec toute la poutine promotionnelle d’un lancement d’album. Sinon, c’était comme un gros terrain de jeu, où l’on pouvait décider de suspendre les vj par les pieds! C’était à la fois comme une école et une garderie. Je n’ai que de beaux souvenirs, même de Bouge de là! Filmer du monde qui danse sur des tables, j’ai fait ça! »

Mais les premières chansons de la jeune artiste en puissance ont suscité assez d’attention pour lui valoir un contrat chez Warner Canada, où elle a enregistré ses deux premiers albums, sans jamais sacrifier, insiste-telle, sa liberté de création.

« Je pense que c’est la chose qui me rend le plus fière : je n’ai jamais fait de compromis pour plaire. Je me suis toujours fiée à mon instinct, j’ai suivi une ligne que je croyais juste et bonne pour moi. Je ne me suis pas trop laissée influencée par les autres même quand je n’avais aucune expérience. J’ai aussi rencontré des personnes qui me faisaient confiance. Je travaillais avec Iain McNally comme réalisateur. C’était aussi un super guitariste! Je ne me considérais pas alors comme une bonne musicienne, et c’est lui qui m’a dit, en me regardant dans les yeux : "Tu vas jouer toi-même tes guitares acoustiques, parce que personne d’autre n’a ta touche." »

Le moins mais le mieux

Avec la confiance acquise durant ces années, Catherine Durand a pu prendre sa carrière en main lorsque son contrat n’a pas été renouvelé, assumant du même coup un virage sonore vers le folk country qui a mené à l’album Diaporama en 2005, le premier sous sa propre étiquette, KatMusik.

« Je pense avoir réussi à faire mon chemin sans trop me préoccuper de ce qui était à la mode. Pour mes deux premiers disques, j’ai évidemment été influencée par le son de l’époque et c’était naturel pour moi d’écrire avec des accroches radio. Quand j’ai commencé à me produire en 2004, j’ai voulu un album qui faisait fi de tout ça et j’ai gardé les chansons plus proches de ce que j’écoutais. Curieusement, Diaporama a eu moins de résonance à la radio, mais c’est celui qui s’est le mieux vendu. »

Ont suivi trois autres albums qui ne l’ont pas non plus propulsée au sommet, mais l’ont quand même établie comme auteure-compositrice-interprète.

« Je n’ai pas eu de gros boum dans ma carrière, mais j’ai été constante. Je préfère 100 fois ce chemin, d’être encore là 20 ans plus tard, que d’avoir été un feu de paille. Ça m’a permis de gagner une forme de respect. »

Entre autres le respect de ses pairs, qui a donné de bonnes assises à cette chanteuse de braises. Par exemple, les redevances pour sa chanson J’irai jusqu’au bout, figurant sur l’album Tout un jour d’Isabelle Boulay (alors mégastar en France), représentent sa « mise de fonds de son condo ».

« Je débutais alors comme indépendante et ça m’a vraiment aidée. Un beau cadeau d’Isabelle, que j’ai chaleureusement remerciée d’ailleurs à l’époque. »

Mot de passe : simplicité

Vingt est le premier de ses albums que Catherine Durand réalise toute seule. Son mot d’ordre : simplicité.

« C’est tellement facile de s’égarer dans des arrangements trop pesants ou trop touffus. Au départ, je craignais que ce soit trop vide, mais non : ça laisse de la place à la voix, aux mots, à la mélodie. Réenregistrer me permettait aussi de donner une autre vie et une maturité à certaines chansons du début. La façon dont je chante La lune est au ciel et Peu importe sur scène aujourd’hui est tellement éloignée des versions originales! Et les dépouiller me fait revenir à quelque chose de plus organique, absent de mes premiers albums. »

La musicienne s’est même autorisée à réinventer les accords et les mélodies. « Par exemple Le temps presse, une de mes plus up tempo, mais que je ne pouvais pas refaire comme ça. J’ai simplement transposé les accords majeurs en accords mineurs. La vibe est totalement différente. Je me suis aussi acheté un ukulélé. Changer d’instrument est une excellente façon de trouver d’autres couleurs. »

Catherine Durand a même échantillonné un requiem de Tomas Luis de Victoria (1548-1611) pour ajouter des chœurs à sa chanson Coeurs migratoires. « Ça marche super bien! Ça apporte une ampleur émouvante à cette chanson de peine d’amour. »

Participante de la résidence d’écriture de Gilles Vigneault en janvier dernier (avec notamment Mara Tremblay, Philippe Brach, Luc de Larochellière, Stéphanie Boulay et Philippe B), Catherine y a terminé l’ébauche d’une nouvelle chanson, intitulée Le loup.

« J’avais envie de la chanter avec un gars capable d’aller dans les aigus. Et Alexandre Desilets a bien voulu mettre sa magnifique voix là-dessus », dit celle qui se lance bientôt dans une tournée de spectacles, en formule duo. « Après vingt ans de métier, je suis prête à ne plus me cacher derrière un band rock. »

Durand en vingt ans

  • Sept albums
  • Cinq nominations à l’ADISQ
  • Prix de l’auteur-compositeur francophone de l’année au Canadian Folk Music Awards en 2009
  • Prix SOCAN en 2002 pour Peu importe, parmi les dix chansons francophones les plus jouées à la radio
  • Plus de 350 spectacles, dont la première partie d’Alanis Morissette et une tournée avec Francis Cabrel

Discographie

  • 1998    Flou
  • 2001    Catherine Durand
  • 2005    Diaporama
  • 2008    Cœurs migratoires
  • 2012    Les murs blancs du nord
  • 2016    La pluie entre nous
  • 2018    Vingt