Le séjour en Californie de Carole Facal lui a permis de faire la rencontre de différents créateurs, d’apprivoiser une nouvelle méthode de travail.

Caracol, en toute transparence

Première écoute, pas de doute : le nouveau microalbum de Caracol, Les yeux transparents, donne l’impression d’un petit virage sur l’avenue de l’électropop. Le changement de cap est réel, confirme l’auteure-compositrice-interprète native de Sherbrooke, mais il n’est pas tant un tournant qu’un retour aux sources, un retour à soi.

« Avant d’avoir une carrière d’artiste, j’ai étudié en conception sonore pour être ingénieure de son, rappelle la chanteuse. Tout ce côté technique, qui amène à travailler davantage avec des instruments électroniques et la programmation, j’ai ça en moi. C’est juste que je l’avais moins utilisé au cours des dernières années. »

C’est un voyage à Los Angeles, réalisé grâce à une bourse de création, qui a donné à Carole Facal l’envie d’y revenir.

« Après la sortie de mon second disque solo, Blanc mercredi [2011], j’ai beaucoup tourné. J’étais comme vidée créativement. J’ai écrit pour d’autres, mais pas pour moi. J’attendais de ressentir un élan véritable, authentique », exprime celle qui, ces dernières années, a signé des chansons pour Valérie Carpentier, Stéphanie St-Jean, Ludovick Bourgeois et Vacay (projet de l’acteur-chanteur Levi Randall).

Son séjour en Californie lui a permis de faire la rencontre de différents créateurs, d’apprivoiser une nouvelle méthode de travail.

« J’y ai croisé des réalisateurs qui travaillent à l’américaine, un peu comme ce qui se fait dans différents camps d’écriture où les rencontres en studio avec de purs étrangers débouchent, au terme de la journée, sur une chanson créée à plusieurs mains. Moi, je n’avais jamais vraiment coécrit. C’est quelque chose qui me terrorisait même un peu parce que j’avais un côté très introverti. Mais quand j’ai commencé à avancer sur ce terrain-là, mon cerveau a explosé de créativité, en quelque sorte. Et puis, se retrouver ailleurs, ça amène de l’exotisme, ça nourrit l’inspiration. Los Angeles, où j’ai beaucoup travaillé, c’est une ville assez unique, pleine de contrastes et de paradoxes », explique celle qui s’est d’abord fait connaître au sein du défunt duo DobaCaracol.

En confiance

Plusieurs chansons sont nées dans la foulée. En anglais comme en français. Une partie du travail s’est bouclée au Québec, avec son complice des dernières années, Seb Ruban. Caracol a aussi multiplié les allers-retours à Los Angeles pour plancher en studio avec le réputé Joey Waronker, notamment connu pour être le batteur de Beck.

La collaboration a été riche, porteuse, précieuse. Ça s’entend sur disque autant qu’en entrevue. Caracol le dit et le répète pendant l’entretien : quelque chose s’est déposé en elle. Une confiance, une assurance neuve.

« J’ai longtemps eu le syndrome de l’imposteur et une insécurité par rapport à ma carrière. Ce complexe-là, je ne l’ai plus. C’est drôle, parce que le fait que Joey s’intéresse à mes chansons et qu’on travaille ensemble, ça a suscité de l’intérêt autour de moi. J’ai constaté que ça générait une forme de reconnaissance, une crédibilité. Avec Joey même, je me suis toujours sentie sur un pied d’égalité. Tout ça a fouetté ma confiance en moi. Et puis, il y a aussi le temps qui passe. Je regarde derrière moi maintenant et je vois le chemin parcouru, je constate que j’ai du métier et de l’expérience. Je me sens plus solide. J’ai compris que je faisais la bonne chose dans la vie, j’ai compris quelles sont mes forces. J’en suis au stade où je m’assume comme artiste. Après ça, ça plaît ou pas, mais moi j’ai l’impression de savoir où je m’en vais. »

Après la sortie de son deuxième album Blanc mercredi en 2011, Carole Facal, alias Caracol, a fait beaucoup de tournée et traversé un vide créatif.  « J’ai écrit pour d’autres, mais pas pour moi. J’attendais de ressentir un élan véritable, authentique », exprime celle qui a signé des chansons pour Valérie Carpentier, Stéphanie St-Jean et Ludovick Bourgeois.

Trop de chansons

Portée par ce bon vent créatif, la musicienne a emmagasiné des chansons. Beaucoup de chansons. Trop de chansons pour un seul CD.  

Lancé le 2 février prochain, Les yeux transparents, comportant cinq titres en français, sera suivi, au cours des prochains mois, d’un album entier en anglais.

« Il y a une parenté entre les deux projets, mais le microalbum est plus électropop que le disque en anglais, qui a une teinte musicale plutôt alternative, un peu plus tribale. »

Le contenu de l’un et l’autre est au menu du spectacle qu’elle présentera à la Petite Boîte noire de Sherbrooke, le 9 mars prochain.

« Le mariage des deux projets donne un bel hybride, auquel j’ajoute aussi quelques-unes de mes anciennes chansons. C’est un spectacle qui a un côté électro, mais aussi une belle dimension organique. Comme j’ai obtenu une bourse du CALQ pour monter le tout, j’ai pu concevoir une signature visuelle, avec des projections. Sherbrooke sera l’un des premiers endroits où on présentera notre concept », explique celle qui vient aussi de signer avec une maison d’édition musicale française.

« On est en train de réfléchir à un passage là-bas le printemps prochain, mais il n’y a rien de confirmé encore. »

Avec Vigneault et Plamondon

Il y a un an, avec une poignée d’autres créateurs de chansons, Caracol passait une semaine avec Gilles Vigneault. Sept jours intenses où l’écriture de chansons prenait toute la place. Le camp créatif a porté ses fruits. La bricoleuse de chansons est revenue de Saint-Placide avec quelques pépites dans son panier. La chanson Tout ce que je veux, notamment, qui figure sur son microalbum.

« Elle était alors en format guitare-voix. Je l’ai laissée dormir quelque temps. »

Jusqu’à ce que se profile une autre résidence artistique, cette fois avec nul autre que Luc Plamondon.

« Pour celle-ci, il fallait interpréter une chanson. J’ai ressorti Tout ce que je veux. Il m’a dit : "Ouin. C’est bien... mais le refrain est monotone." Ça m’a un peu saisie, mais j’ai réalisé ensuite qu’il avait vraiment raison. J’ai réécrit le refrain pendant la semaine et je suis parvenue à un résultat dont je suis fière. »

Comme de toutes les autres chansons qui se retrouvent sur son disque, d’ailleurs.

« Je ne veux pas dire que c’est meilleur qu’avant, parce que ça, c’est une question de goût. Sauf que moi, personnellement, je trouve que cette musique-là, faite les deux dernières années, est la plus en phase avec mon vrai moi. Dans la vie, on fait des détours, on expérimente, on apprend, on a des périodes d’un genre ou d’un autre. À travers toutes les phases de ma carrière, j’ai toujours été contente, j’ai toujours fait du mieux que je pouvais, en allant au bout de mes idées. Mais là, j’ai vraiment l’impression d’avoir trouvé le créneau dans lequel je peux être le plus moi-même et exprimer les forces que j’ai pu développer au fil des ans, en laissant beaucoup de place aux mélodies et aux rythmes. J’ai le sentiment de montrer la somme de toute l’expérience acquise jusqu’à maintenant. »

Les thèmes qu’elle creuse ont en commun de s’ancrer au riche terreau de l’expérience humaine.  

« Je touche souvent aux émotions, à l’amour, à des trucs assez universels. Sur cet album-là, je pense qu’on sent un peu le sentiment d’une transformation. Probablement parce que j’ai moi-même l’impression d’avoir trouvé une voie qui me correspond. C’est présent dans mes textes. Ils ont aussi un côté plus sensuel, peut-être parce que j’ai mis beaucoup de barrières de côté, j’ai laissé la gêne au vestiaire. Avant, je me posais beaucoup de questions, j’avais une espèce de pudeur. Je me suis débarrassée de ça, j’écris maintenant sans retenue. Assurément parce que j’ai beaucoup moins peur de la critique. »

Un microalbum dans votre boîte courriel

Ce sera une première pour Caracol. Une expérience nouvelle, une façon de joindre autrement le public qui la suit. En lieu et place d’un lancement de disque, la chanteuse distillera son microalbum sur le web, en le partageant en pièces détachées. Chaque jour, du 2 au 6 février, elle enverra une chanson par courriel à ceux et celles qui se seront inscrits au préalable.   Les abonnés à cette liste de diffusion nouveau genre recevront gratuitement les nouveautés musicales signées Caracol, mais aussi quelques suppléments.

« Il y aura des vidéos exclusives, les paroles des chansons, des textes sur mes inspirations et d’autres trucs du genre, pour faire un tour guidé du projet, en quelque sorte. L’idée, c’est qu’en 2018, la musique ne se monnaie plus, de toute façon. On a un certain détachement, on perd l’expérience de l’album, on n’écoute plus quelque chose avec attention du début à la fin en essayant de comprendre la démarche artistique derrière. Moi, j’adore enfiler les singles sur Spotify, je ne chiale pas contre ça, j’embrasse totalement là où on est rendu musicalement, mais j’aime encore plonger à fond dans le projet musical d’un artiste. C’est ce que j’ai envie d’offrir à travers cette expérience. Le disque sera sur toutes les plates-formes, mais ceux qui ont le goût de se tremper davantage dans mon univers pourront le faire. »
Intéressés? www.caracolmusique.com

Les yeux transparents

Caracol
ÉLECTRO POP FRANCO
Indica


Vous voulez y aller
Caracol
Vendredi 9 mars, 21 h
La Petite Boîte noire
Entrée : 13,45 $