Jean-François Dupuis

Capteur d'ambiance

Lorsqu'il croque une scène avec sa lentille, le photographe Jean-François Dupuis ne fait pas qu'attraper une image. Il veut avant tout capter une ambiance.
<p>Jean-François Dupuis</p>
« Je pense que c'est ce qui caractérise le plus mon travail : je cherche à imager des ambiances, peut-être parce que je suis très influencé par le cinéma. »
Dans sa plus récente exposition, Urbanité, se trouvent d'ailleurs quelques clichés qui sont des clins d'oeil aux classiques Metropolis et Blade Runner. « Plus jeune, j'aimais beaucoup la science-fiction, probablement parce que c'était un autre monde dans lequel plonger », explique celui qui a découvert la photographie au Cégep de Sherbrooke.
Il a eu la piqûre de l'image à un point tel qu'il est ensuite parti étudier la photographie à Matane.
« Avant de revenir vivre à Sherbrooke, j'ai habité Montréal pendant quelques années. J'y étais assistant de photographes. L'un d'eux travaillait pour L'Actualité. Il fallait trouver des idées rapidement pour réaliser le meilleur portrait possible. Avec lui, j'ai appris à m'adapter à tous les contextes. »
L'expérience sur le terrain a porté ses fruits. Aujourd'hui, Jean-François Dupuis n'essaie pas de créer un décor parfait. Il compose avec la scène qu'il a devant les yeux. Point.
« Je garde ça simple, finalement. Je regarde ce qui est là, je joue beaucoup avec la lumière naturelle et les lieux. Je saisis l'ambiance, encore une fois. »
Les trente-et-une photos qu'il expose au Centre d'art de Richmond ont été prises à New York autant qu'à Montréal, mais elles n'ont rien des clichés touristiques habituellement associés aux grandes villes.
« À New York, je voulais des scènes de pluie, mais il faisait vraiment beau. J'ai créé l'effet voulu en utilisant un plexiglas et de la glycérine. »
Quelques photos viennent aussi de séances faites à Sherbrooke, mais à première vue, ça ne saute pas aux yeux.
« Parce que ça reste des scènes urbaines assez anonymes. On devine parfois des silhouettes, mais on ne reconnaît personne. Pour moi, la ville, c'est un univers riche en ambiances, en couleurs, en odeurs. C'est ce que j'avais envie de faire ressortir », souligne celui qui se considère comme un touche-à-tout.
Différents médiums
De fait, il manie différents médiums. Photos argentiques, numériques et images saisies via iPhone se voisinent dans son expo. C'est sans compter la peinture et l'art fractal (des images informatiques réalisées à partir d'équations mathématiques) qu'il utilise pour donner du corps et de la personnalité à ses prises de vue.
« Jouer avec l'acrylique, ça m'apporte un peu le même plaisir que j'avais à développer en chambre noire. J'expérimente sans me poser de limites », indique Jean-François Dupuis, qui s'amuse aussi avec le pastel, l'encre, le fusain et la peinture industrielle.
Habile dans l'utilisation de diverses techniques, il est aussi polyvalent sur le terrain. En plus de donner des cours de photographie et de réaliser des commandes plus ciblées pour le compte d'organismes tels que Transports Canada, il crée des images pour le portail art.com. Ses photos colorées se retrouvent même dans l'imprimé de robes vendues sur le site européen www.artonfashion.com.
L'infatigable créateur, qui estime à 35 000 le nombre d'images qui portent sa signature, a aussi tiré le portrait de David Goudreault pour la pochette de son prochain album.
« Je suis très fier du résultat. On a fait une séance au studio à Montréal et une autre au Granada de Sherbrooke. Il y a de la texture dans l'image, c'est très créatif. »
Retour au Polaroid
Jamais en panne d'idées, l'artiste sherbrookois cherche quand même à explorer de neufs sentiers. Récemment, il s'est remis au Polaroid. Pour le plaisir de jouer avec l'image.
« La magie de l'instantané m'attirait. Tu ne sais jamais comment la photo va sortir. Il existe des applications dans Photoshop pour créer un effet Polaroid, mais ça ne donne jamais la même texture qu'avec un appareil. »
Avec d'autres photographes, il travaille d'ailleurs sur l'exposition ExPolaroid, qui sera présentée au Centre Pierre-Gobeil de Rock Forest ce printemps et qui regroupera des épreuves prises avec des appareils instantanés. Le projet, inspirant, s'ajoute aux plans pluriels que Dupuis a en tête pour meubler les prochains mois. Jamais en panne d'inspiration, le photographe a encore mille idées à mettre en images.
« J'ai toujours l'oeil en mode images parce que j'ai besoin d'en faire. C'est viscéral. Certains se défoulent dans le sport. Moi, c'est dans la photographie. »
Urbanité
Jean-François Dupuis
Centre d'art de Richmond
Jusqu'au 1er mars