Devant une salle Maurice-O’Bready quasi comble, Francis Cabrel a donné mardi soir le coup d’envoi d’une tournée d’une dizaine de dates en sol québécois.

Cabrel au ras du sol

CRITIQUE / Était-ce parce qu’il était sur le même continent qui a vu naître ses principales idoles (Dylan, Cohen et Young)? Ou par simple retour aux sources pour cette tournée soulignant ses 40 ans de carrière? Toujours est-il que les chansons de Francis Cabrel n’ont jamais sonné aussi nord-américaines que dans la prestation qu’il a donnée mardi soir à la salle Maurice-O’Bready. Et on en aurait vachement redemandé.

On ne peut que saluer ce spectacle qui, à la fin, emprunte des directions qu’on n’aurait pas soupçonnées. L’anniversaire n’a pas fait succomber le chanteur à l’enfilade de succès, la soirée comportant quand même plusieurs chansons récentes, comme Le fils unique et Des montagnes de tout (2017). Le choix d’ouvrir en solo avec sa toute première chanson, Les murs de poussière, puis son premier succès, L’encre de tes yeux, aurait pu laisser supposer une succession d’anecdotes, de souvenirs et de nostalgie… Tout faux encore.

Une chose est sûre : sieur Cabrel a voulu cette soirée très « terrienne ». D’abord par les arrangements très folk blues qu’ont empruntés plusieurs de ces succès, jusqu’aux plus pop (Tourner les hélicos frise même le bluegrass et Ma place dans le trafic, le cajun). Ensuite en donnant à son fabuleux quatuor de polyvalents musiciens les instruments idoines (violon, mandoline, guitare glissée, seul l’accordéon le reliant à sa patrie d’origine). En mettant aussi le côté acoustique prépondérant. Et en gardant tout ce beau monde, lui inclus, assis pendant la majorité du concert.

Bref, on n’aurait pu être mieux ancré au sol, en dépit du statisme qui vient avec. En même temps, n’est-ce pas la plus belle façon pour Francis Cabrel, dans cette américanisation accentuée de ses chansons, de rappeler à son public québécois qu’il est, comme eux, à la croisée de deux continents?

Dans cette généreuse soirée (plus d’une vingtaine de chansons livrées sans entracte), l’artiste n’a guère oublié d’incontournable… quoique avec un tel répertoire, impossible de satisfaire tous les admirateurs. De Sarbacane à Encore et encore, de Je l’aime à mourir à Petite Marie, d’Octobre à Mademoiselle l’aventure, sans oublier Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerai, le barde d’Astaffort s’est fait très proche, malgré sa naturelle réserve qui le rend avare de mots (on ne se refait pas à 65 ans).

Son truc (outre offrir des moments en solo) : reprendre le refrain avec la salle une fois la chanson terminée. Ces petites bulles de connexion n’ont fait que contribuer au beau crescendo de la soirée et au sentiment que ces 40 années ont vraiment passé trop vite.