André Sauvé s’est produit devant une salle quasi pleine vendredi soir à la salle Maurice-O’Bready, où il présentait pour la première fois son nouveau spectacle Ça. Une deuxième représentation est prévue samedi.

Ça, d'André Sauvé : personnellement touchant

SHERBROOKE — Une des retombées de Ça, troisième spectacle solo d’André Sauvé, sera peut-être quelques spectateurs qui, au lendemain d’une représentation, décideront de changer de vie. Un peu ou totalement. Qui sait? Peut-être que l’humoriste en retrouvera un ou une dans la troisième ou quatrième saison de la nouvelle émission Faire œuvre utile.

Toujours est-il que ce nouvel effort du frêle, nerveux et frisé personnage est très certainement son plus personnel. Son plus philosophique aussi, au sens où les éternels questionnements de l’artiste sont cette fois moins stratosphériques et plus terre-à-terre, plus proches de la condition humaine.

Son spectacle le moins drôle? On rit moins, mais on aime plus.

La recette de la réussite de cet opus 3? Beaucoup d’émerveillement, un humour physique qui lui sied toujours bien et une finale touchante parce qu’inspirée en grande partie de sa propre quête existentielle. Le spectacle est ainsi construit tel un entonnoir qui nous mène du rire au bien-être, du grain de folie au poids rassurant de la confiance. Le temps d’une soirée, ce grand inquiet renverse les rôles, disant à chacun que ça va bien aller.

SE SOUVENIR D’ÊTRE BLÉ

On le sait, Sauvé a le don de se poser les questions que personne d’autre ne se pose. Avec ces interrogations infinies vient aussi une fascination hors du commun pour l’univers. Ça s’amorce ainsi, sur cet éblouissement de l’humoriste devant le miracle, la ténacité et la fragilité de la vie. Ces phénomènes mystérieux, il se dépêche de les transposer à l’échelle humaine pour en faire ressortir la drôlerie.

Tel ce grain de blé qui, lorsque planté dans le sol et arrosé après avoir passé 4000 ans dans la tombe d’un pharaon d’Égypte, s’est souvenu de pousser en épi de blé. « Après 4000 ans! Moi, le temps de partir du salon pour aller à la cuisine et j’ai oublié ce que je venais chercher! »

Installé sur un dôme aplati en guise de croûte terrestre, avec de multiples éclairages en arrière-scène représentant les principaux états d’âme du spectacle, Sauvé transfère ensuite son ébahissement vers le monde animal (paon, orignal et saumon verront leur instinctif destin revisité de façon désopilante), avant de s’attarder aux différents types de démarches, un des segments les plus drôles de la soirée. Ç’aurait été décevant de ne pas avoir au moins une petite touche d’humour physique avec ce mec qui habite si bien son corps maigrelet.

UNE MOUCHE VOLER

On retrouve l’André Sauvé qu’on connaît lorsque celui-ci nous décrit les rouages un peu paranoïaques qui peuvent s’enclencher dans sa tête dans une simple conversation ou devant les aléas de la vie. Tout cela nous mène petit à petit vers les « erreurs » de l’existence, erreurs qui, s’emploiera à démontrer Sauvé dans le dernier quart de son spectacle, n’en sont pas vraiment.

C’est là que Ça devient vraiment touchant, l’humoriste, qui a maintes fois raconté les 56 métiers qu’il a faits avant de trouver sa voie, se servant de sa propre expérience pour souligner l’importance d’écouter ce qu’il y a à l’intérieur de soi (le fameux ça), sans devenir lourd, avec le même émerveillement du début. On aurait pu entendre une mouche voler à certains moments.

De cet artiste qui a mis le cap vers une zénitude contagieuse n’émaneront que quelques piques : une envers Occupation double, l’autre envers ceux dont la schmoutte de glumol (cellule) d’origine a cessé d’évoluer un peu trop tôt.

Quand on a trouvé son ça, il est bien plus intéressant d’aider les autres à le trouver à leur tour.