Nathalie Roy

Bye-bye Charlotte, bonjour Juliette!

Alors qu'on imagine Charlotte Lavigne passer tout décembre à faire voler des bouchons de champagne et tartiner des bouchées de foie gras lors de fêtes bruyantes avec ses émotifs amis, Nathalie Roy, elle, a plutôt fui au Sud, en solo, pour aller travailler en paix.
C'est dans un hôtel mexicain - plus souvent recluse dans sa chambre qu'en méduse sur la plage - que la romancière, plus raisonnable que son personnage d'animatrice fofolle et épicurienne, est allée fermer une boucle et en former une autre. Elle y a avancé, presque achevé, la première version du premier tome de sa toute nouvelle trilogie aigre-douce. Bye-bye Charlotte, bonjour Juliette!
Après avoir écoulé 60 000 exemplaires de ses histoires farfelues d'amour et de pain frais et exporté en Pologne et en République tchèque ses livres riches en salmis de faisan et en macarons lavande-bleuet, l'auteure de chicklit, originaire de Sherbrooke, a jugé qu'elle avait faim pour un petit goût différent. Ainsi, à la lecture de l'épilogue du quatrième tome de La vie épicée de Charlotte Lavigne, sorti en octobre et dans lequel la trentenaire jongle avec sa nouvelle carrière de relationniste, ses popotes incroyables et son enfant d'un an, les lectrices gourmandes ont appris la fin de la série dont elles se gavaient depuis 2011. Elles ne l'avaient pas vue venir, celle-là...
« Je n'avais pas fait le tour du personnage, mais j'avais fait le tour de sa vie, de ses amis, affirme Nathalie Roy, aussi foodie que son héroïne. Je me suis tout de même assurée de faire plaisir aux lectrices et que tout finisse bien. Charlotte est heureuse, elle a trouvé l'amour, elle a un enfant. »
Grâce à une acrobatie littéraire, qui nous fait sauter vingt ans, « 4603 bouteilles de rouge et 1407 tiramisus plus tard », la série dérivée s'intéressera à la fille de Charlotte et de P-O, l'ex ressorti de la marmite. La sortie du premier tome de La vie sucrée de Juliette Gagnon est prévue en mai.
« Juliette, photographe de 26 ans, est la vraie fille de sa mère. Elle est aussi intense et gaffeuse, mais autrement. Elle est aussi plus baveuse et beaucoup moins efficace aux fourneaux. Juliette ne pouvait pas être une fille qui cuisine. Pas à 26 ans. Mais elle mange. La quantité de sucre qu'elle ingère est phénoménale! Cette trilogie sera beaucoup axée sur l'amitié féminine », avance celle qui écrit aussi des scénarios pour les séries documentaires Fugitifs et SOS à Canal D, des émissions à haute tension où l'héroïne doit survivre à une chute de dix mètres, pas choisir entre un mari pédant et un ex compliqué.
Sa petite entreprise
Les raisons de ce saut d'une génération ne sont pas que créatives. Nathalie Roy admet qu'elles sont surtout pécuniaires. Cette ancienne journaliste et recherchiste pour la télévision aborde sa nouvelle carrière littéraire, entamée à l'âge de 43 ans, comme une petite entreprise. Avec plan d'affaires et étude de marché.
« En tant qu'auteure, je veux que ma PME marche. Mon but est d'en vivre. C'est tellement long, écrire un livre, que si ça ne devient pas rentable, je ne pourrai pas continuer. J'ai analysé que le gros de la clientèle en littérature féminine est âgée de 18 à 25 ans. J'ai voulu me coller plus à leur univers. En même temps, je cours un risque. Celui que les lectrices trouvent Juliette moins fine et s'y attachent moins. Au mois, je l'aurai essayé. »
L'entrepreneure en romans a aussi choisi de faire des livres plus courts. Pour deux raisons : pouvoir en écrire deux par année, la norme pour payer son pain et son beurre en littérature féminine, et pouvoir les vendre moins cher. « Entre un bouquin de 400 pages et un de 300 pages, il y a environ 4 $ qui font une différence dans le prix de vente. »
L'économie représente quand même quelques grammes de foie gras ou un verre de mousseux en plus...
NATHALIE ROY
La vie épicée de
Charlotte Lavigne
T4 : Foie gras au torchon
et popsicle aux cerises
ROMAN
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