Dans le cadre des Correspondances d'Eastman, Marie-Thérèse Fortin et Christian Vézina, accompagnés du pianiste Yves Léveillé, ont présenté pour la toute première fois leur spectacle Ils ne demandaient qu'à brûler.

Brillante rencontre entre deux univers

C'est presque inévitable. Si vous placez sur une même scène deux artistes explorant en parallèle deux univers proches parents, les spectateurs auront naturellement tendance à comparer. Et il se peut que l'un des deux ne puisse tenir la comparaison. Mais dans le spectacle Ils ne demandaient qu'à brûler, Marie-Thérèse Fortin et Christian Vézina brillent autant l'un que l'autre.
La comédienne bien connue et le poète renommé ont monté un nouveau spectacle dans lequel ils reprennent des oeuvres écrites ou popularisées par l'ex-ministre Gérald Godin et la chanteuse Pauline Julien, deux des anciennes figures de proue du mouvement indépendantiste qui ont longtemps formé un couple.
Sans surprise, Marie-Thérèse Fortin s'est vu confier la tâche de chanter des oeuvres de Julien tandis que son complice a reçu pour mission de déclamer des poèmes et des écrits divers commis par Godin.
Jeudi soir au Cabaret Eastman, en ouverture de l'édition 2017 des Correspondances d'Eastman, les deux artistes présentaient pour la toute première fois leur nouveau spectacle. À n'en pas douter, ils ont fait mouche devant un public principalement composé de têtes grises qui, de toute évidence, se souvenait encore bien des deux figures mythiques.
Sur scène aussi, jeudi, il y avait le pianiste Yves Léveillé. L'an dernier, Marie-Thérèse Fortin et lui avaient présenté un autre spectacle dans le cadre des Correspondances d'Eastman. « On est vraiment contents d'être de retour tous les deux. Mais, cette fois, on a eu l'idée de s'acoquiner avec Christian Vézina. »
Puisque Godin a écrit une grande partie de son oeuvre alors que le joual québécois était à l'honneur, les spectateurs ont entendu des jurons à profusion pendant la soirée. Mais il faut reconnaître que, par moments, l'utilisation de termes d'église est apparue tout à fait appropriée. Comme lorsque le défunt poète décrit, dans Libertés surveillées, les rafles de la crise d'octobre, qui le firent prisonnier politique.
Si les années 1960 et 1970 étaient d'une certaine façon à l'honneur avec ce spectacle, le contenu de quelques oeuvres avait une résonnance particulière compte tenu des problèmes que vivent nos sociétés occidentales ces années-ci. Ainsi, en interprétant L'Étranger, Marie-Thérèse Fortin ramenait à l'avant-plan la crise des réfugiés en Europe ou l'attaque dévastatrice d'une mosquée à Québec l'hiver dernier.
« Croyez-vous qu'il soit possible d'inventer un monde où il n'y aurait plus d'étrangers? », demande la chanson écrite par Pauline Julien elle-même et mise en musique par Jacques Perron.
Marie-Thérèse Fortin a également interprété d'autres classiques du répertoire de Julien, tels L'âme à la tendresse, Mommy et Les rendez-vous. À divers moments, le public dans la salle a chanté en compagnie de l'artiste, qui a visiblement été épatée par le chant des spectateurs. « On va vous amener en tournée avec nous », leur a-t-elle d'ailleurs lancé.
Toute petite, la salle du Cabaret Eastman était sans doute idéale pour un spectacle semblable, lors duquel artistes et public aspirent à communier ensemble principalement grâce aux mots.
Si l'émotion et l'intensité ont été au rendez-vous, il faut avouer que l'humour s'est aussi taillé une place de choix durant la soirée. La chanson La croqueuse de 222, interprétée joyeusement par Marie-Thérèse Fortin, raconte par exemple la vie d'une femme tout bonnement en amour avec ses pilules. L'interprétation du Voyage à Miami a par surcroît entraîné son lot de rires.