Brel, comme s'il était là

Deux ans après avoir clôturé le festival Montréal en lumière, Ne me quitte pas, le spectacle hommage à Jacques Brel, prend la route. En 20 jours, la dizaine d'artistes qui interprètent les chansons du grand Brel donneront 16 représentations, dont une à Drummondville et une à Sherbrooke.
«L'intérêt pour une tournée était là dès le départ, on y pensait déjà il y a deux ans, mais il fallait ouvrir les agendas et trouver un moment qui convenait à tout le monde», explique Luc de Larochellière.
En plus d'être l'un des interprètes présents sur scène, ce dernier signe la mise en scène du spectacle qui réunit Isabelle Boulay, Paul Piché, Pierre Flynn, Marc Hervieux, Bïa, Bruno Pelletier, Danielle Oddera, Marie-Élaine Thibert et Diane Tell. À cette imposante brochette de grandes voix, il faut ajouter le pianiste Benoit Sarrasin, seul musicien de l'équipée.
«On aurait facilement pu multiplier les orchestrations, mais j'avais le souci de respecter une certaine sobriété. Les chansons de Brel transportent un univers très dense. Je voulais qu'il y ait le moins de distractions possible. J'avais aussi le souvenir de Brel seul au micro, en formule piano-voix, que je regardais dans ma télé en noir et blanc, lorsque j'étais jeune. J'avais envie de reproduire ça. C'est donc un spectacle en presque noir et blanc.»
Pour autant, ce noir et blanc voulu n'est pas synonyme d'un manque d'éclat et de couleurs.
«C'est un show très vivant, très vibrant. Les reprises de chacun sont projetées sur grand écran, mais seulement pour permettre au public de partout dans la salle de voir les interprètes et de sentir comment la chanson les habite. L'univers du grand Jacques est tel qu'on n'a pas besoin de beaucoup d'artifices pour en faire ressortir toute la richesse.»
Eux chantent, Brel parle
Parlons richesse, justement. Le répertoire de celui que Brassens surnommait l'abbé Brel est à ce point garni qu'il devait rendre ardue la sélection des chansons, non?
«Les artistes ont chacun choisi deux titres qu'ils avaient envie de reprendre. Il y a bien eu quelques doublés, mais on a réussi à trancher et à bâtir un beau tour de chant.»
Pour lier l'univers des chansons interprétées par les uns et les autres, de Larochellière a eu la bonne idée de virtuellement amener Jacques sur scène. Des extraits de l'entretien Brel parle sont en effet diffusés sur scène pendant la soirée.
«J'ai visionné plusieurs entrevues avant de revenir à celle-ci. Elle a été captée dans le restaurant d'un de ses amis. Il y apparaît très décontracté, verre à la main et cigarette au bec. Il n'avait pas trop la langue de bois, il parle de l'amitié, de l'amour et des Belges sans censure. J'aimais le ton particulièrement sympathique de cette vidéo.»
Luc de Larochellière, qui sera le mentor d'Isabelle Boulay à La Voix, se souvient du jour où le chanteur belge est décédé d'un cancer, en 1978. Il était à l'école primaire. Son enseignante était bouleversée. Aux élèves intrigués, elle avait expliqué que le grand Jacques Brel était mort.
«Ça m'avait marqué. Je ne savais pas trop qui il était, alors, mais je réalisais qu'il se passait quelque chose de marquant», note de Larochellière, qui avait déjà entendu quelques chansons signées Brel dans son salon.
«Mes parents étaient de grands amateurs d'opéra et de musique classique, il n'y avait pas beaucoup d'autres genres musicaux à la maison. Mais il y avait des disques de Brel.»
Probablement parce que l'oeuvre de celui-ci nichait dans une classe à part.
«Encore aujourd'hui, c'est un incontournable du répertoire français. Il maîtrisait l'art de faire des chansons riches qui plaisaient aux gens. Ses compositions n'étaient pas opaques, elles étaient accessibles à tous.»
Marcher dans les pas de pareil parolier le temps de plusieurs spectacles laisse évidemment une empreinte dans le coeur des interprètes.
«Tous, on admirait déjà l'artiste. On a appris à comprendre qui il était, à le connaître mieux. On a l'impression de s'en être fait un ami, on n'admire plus seulement le chanteur, mais aussi l'homme qu'il était.»
Dossier complet dans le cahier des arts de La Tribune de samedi.