Le troisième concert Plaisirs coupables de l’Orchestre symphonique de Sherbrooke a encore fait mouche, attirant tout près de 1400 personnes hier après-midi à la salle Maurice-O’Bready. L’auditoire a notamment assisté à la création d’Electric Pleasures : Concerto pour guitare électrique et orchestre, op. 90 d’Andrew MacDonald. Le compositeur a d’ailleurs lui-même interprété son œuvre, commandée par le chef Stéphane Laforest.

Bonbons symphoniques savourés

CRITIQUE / La dégustation des douceurs symphoniques offertes pour une troisième année de suite par l’Orchestre symphonique de Sherbrooke (OSS) a encore attiré son lot d’amateurs de friandises musicales. Ils étaient près de 1400 spectateurs à s’être éloignés un moment des élections municipales dimanche après-midi pour s’emplir les oreilles de choses un peu plus mélodieuses.

Et ils furent encore une fois gâtés, non seulement par l’extrême popularité des airs choisis par le chef Stéphane Laforest, mais aussi par l’interprétation des musiciens, qui ont vraiment été sans faille. Alors que quelques égarements sont parfois audibles dans les débuts de concert, cette fois, on était vraiment à un millimètre de la perfection.

Et ce n’était pas parce que c’était techniquement facile. La Danse Bohème extraite de l’opéra Carmen de Bizet a de quoi faire perdre ses propres doigts de vue, surtout dans le prestissimo final. Idem pour le tourbillon terminant Dans l’antre du roi des montagnes de Grieg. À peine la trompette s’est-elle débarrassée d’un chat à la première note de Fanfare for the Common Man de Copland, et c’est tout. Mais des solos magiques, il y en a eu plusieurs, à commencer par celui de la flûtiste Annik Sévigny dans la Sicilienne de Fauré.

En fait, les principales erreurs du concert étaient… dans le programme. Le public ayant voté (il y avait un choix du public, une nouveauté de cette année) pour la cinquième Danse hongroise de Brahms, on comprend le maestro d’avoir retiré la quatrième du menu.

Quant à la Danse slave de Dvorak, il s’agissait non pas de l’opus 46 no 4, mais bien de l’opus 72 no 2, tel que cela avait été annoncé lors du lancement de saison. Une pièce beaucoup plus connue, interprétée avec tout le legato nécessaire, donnant l’impression de voir la mer onduler devant soi.

Du salé dans le sucré

Au milieu de toutes ces sucreries pour l’oreille se trouvait quand même une touche de salé : Electric Pleasures, un concerto pour guitare électrique écrit pour la circonstance par le Sherbrookois Andrew Paul MacDonald. Le compositeur, également professeur de musique à l’Université Bishop’s, a lui-même interprété la première mondiale de sa création, soit une œuvre en un seul mouvement comportant quatre sections.

Beaucoup de choses dans ce concerto, inspiré essentiellement par le jazz, jusque dans le son ouaté de la guitare, loin des hurlements du pop-rock traditionnel. Autant on pouvait entendre Gershwin dans les deux premiers mouvements, autant s’y entremêlait la grande liberté mélodique et harmonique du free jazz moderne. Mais il y avait très certainement aussi du blues, un peu de rock de veine progressive de même que du classique, dans la quatrième partie, alors qu’on percevait les mêmes accents flamencos de Rodrigo.

Quant à l’orchestre, Andrew MacDonald l’a mis à profit le plus qu’il le pouvait, le faisant exploser plusieurs fois, parfois au bord d’enterrer la guitare. Le compositeur a multiplié les effets dramatiques, pendant que lui-même s’appuyait souvent sur de simples mais entraînants motifs mélodiques, jouant plusieurs fois à l’unisson avec les musiciens.

L’accueil du public? La plupart des gens ont offert une ovation à la fin de l’interprétation, mais le soliste n’a pas eu à revenir sur scène pour un deuxième salut. Disons qu’il manquait l’aspect prouesse que procurent souvent les solistes invités. Mais Andrew MacDonald étant d’abord compositeur (une paralysie de la main l’a aussi privé d’une partie de sa virtuosité), il a d’abord conçu une œuvre axée sur la couleur des sons plutôt que sur l’acrobatie technique, même s’il a réussi quelques passages plus corsés.

On le sentait tout de même un peu trop attaché à sa partition, perdant même la synchronie avec l’orchestre à deux reprises. Sans s’étonner, c’est dans la cadence centrale (en solo et en partie improvisée) qu’il a le plus librement brillé.