La chanteuse d’origine brésilienne Bïa fait partie des quatre interprètes qui prêtent leur voix aux mots de Léo Ferré dans le spectacle pluridisciplinaire Corps Amour Anarchie, mis en scène par Pierre-Paul Savoie et créé en 2016 pour souligner le 100e anniversaire de naissance du regretté chanteur.

Bïa chante et danse Ferré

Bïa a découvert Léo Ferré il y a longtemps, lorsqu’elle a emménagé en France, avant de venir s’installer au Québec.

« J’étais jeune et amoureuse d’un Français qui était passionné par l’univers de certains poètes. Je m’y suis intéressée aussi. D’une certaine façon, sa discothèque et sa bibliothèque ont été mon université de la langue française. »

Dans ses préférences, il y avait l’œuvre de Ferré.

« Je n’avais pas beaucoup de références, mais j’étais fascinée par cette poésie si différente de ce qui se faisait au Brésil. Cette façon de chanter en déclamant, ce vocabulaire extraordinairement précieux, très riche, cette manière de s’inscrire dans une tradition de grande poésie française, tout ça me touchait beaucoup. Il y avait dans le répertoire de Ferré un côté grandiloquent et un romantisme qui me fascinaient. Même s’il se disait moderne et anarchiste, à mes oreilles, ce qu’il faisait sonnait comme de grandes idées, de grands idéaux, de grandes définitions du monde et de l’amour. C’était tellement différent de l’approche charnelle et sensuelle de la poésie des chansons brésiliennes. J’étais émue sans savoir pourquoi, parce que les mots, je ne les comprenais pas tous à l’époque. »

Lorsque Pierre-Paul Savoie a lancé cette idée de monter un spectacle autour de l’œuvre du regretté chanteur pour souligner son 100e anniversaire de naissance, en 2016, Bïa a embarqué dans le projet avec bonheur.

« On avait déjà fait le spectacle Danse Lhasa Danse ensemble. J’avais adoré ce concept conjuguant les voix et les corps, cet univers particulier créé grâce au mariage de la danse, de la musique et du chant. Plonger dans les textes de Ferré pour refaire un exercice semblable, c’était formidable! J’étais contente de participer à ce projet, j’ai une confiance aveugle dans le travail et la vision sensible de Pierre-Paul. Et la palette des possibles était large parce que, dans l’œuvre de Ferré, il y a de l’amour, de la mélancolie, de la sagesse, du désespoir, du sarcasme et toutes sortes d’émotions fortes. »

Plusieurs talents sur scène

Salué lors de sa création, coproduit par PPS Danse et Coup de cœur francophone, le spectacle pluridisciplinaire Corps Amour Anarchie est présentement en tournée au Québec et regroupe plusieurs danseurs, cinq musiciens et quatre chanteurs sur une même scène. Catherine Major, Alexandre Désilets et Philippe B. sont les trois autres voix qui portent les mots de Ferré. Des mots triés et choisis parmi les textes qui avaient bien traversé le temps.

« Les chansons qui sont clairement dépassées, ou qui sont liées à certaines anecdotes, au chimpanzé que Ferré avait adopté, par exemple, elles ne sont pas dans le spectacle. On a gardé les intemporelles, celles qui s’écoutent à toutes époques, celles qui transportent des textes beaux, poétiques, qui font rêver. Nous, les chanteurs, on forme la toile de fond. On est l’assiette dans laquelle le plat principal s’exprime. Et ce plat principal, c’est la danse. Les chorégraphies, vraiment, sont très belles. Les danseurs sont magnifiques. Il y a des interprétations plus poétiques, d’autres plus athlétiques, certaines qui se font au sol et d’autres, encore, qui sont plus aériennes. »

En d’autres mots, ce sont deux langages qui se rencontrent. Et une perspective neuve naît de cette fusion.

« Habituellement, nous, on est au centre de la scène. C’est dans nos gestes, dans l’intonation de notre voix, dans notre regard que se fait le film de la chanson. Là, non. On ne se cache pas, mais on est un élément du décor, presque. En même temps, les gestes, le rythme et l’émotion des danseurs sont suspendus à nos lèvres. On est donc vraiment liés dans l’interprétation, connectés dans le mouvement. Ce n’est pas un mode scénique courant, mais c’est une belle invention de Pierre-Paul Savoie. On est des solistes ensemble, on avance l’un vers l’autre sur le même fil d’équilibriste », résume la chanteuse d’origine brésilienne.

Tourner le dos à la danseuse

Celle-ci ne tarit pas d’éloges à propos des artistes avec qui elle partage les planches.

« Qu’elle chante Est-ce ainsi que les hommes vivent? ou Ton style, Catherine Major est extraordinaire dans ce répertoire! C’est comme s’il avait été taillé sur mesure pour sa voix. Et Alexandre Désilets est né pour chanter C’est extra! Tout le monde est formidable, en fait, chacun a son moment. Le mien, celui qui me touche le plus, c’est lorsque j’interprète la chanson Avec le temps, en duo avec la danseuse Anne Plamondon. Je lui tourne le dos tout au long de la chanson, on se retrouve à la fin de celle-ci. J’ai la chair de poule juste d’en parler. Quant à la chanson de Ferré qui me touche entre toutes, c’est La mémoire et la mer. Elle n’arrête pas de m’enchanter, de m’étonner, de m’hypnotiser, en fait, parce qu’elle suscite en moi mille images. Chacun peut l’interpréter comme il le souhaite. »

Hélène Blackburn, Emmanuel Jouthe, Anne Plamondon, David Rancourt et Pierre-Paul Savoie sont les chorégraphes qui signent les différents tableaux dansés par les interprètes Alexandre Carlos, Roxane Duchesne-Roy, Sara Harton, Marilyne Cyr, François Richard et Josua Collin Dufour. La direction musicale et les arrangements sont de Philippe B. et Philippe Brault.

En plus de se promener dans la province, l’originale création suscite de l’intérêt à l’étranger. Une tournée pourrait s’organiser de l’autre côté de l’Atlantique.

« Des diffuseurs européens sont venus voir ce qu’on faisait et ils ont proposé d’acheter le spectacle. Ça devrait se concrétiser l’automne ou l’hiver prochain. »

Vous voulez y aller?

Corps Amour Anarchie
Mercredi 21 mars, 20 h
Salle Maurice-O’Bready
Entrée : 44 $